‹ Madame AgnèsChapitre 131 sur 189 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

n'avais trouvé qu'amertume et désillusion. Et, si, quand vous avez commencé à mo dire de ces choses douces, je vous ai laissé parler, c'était malgré moi, inconsciemment. Grâce à vous, je me reprenais à espérer. Je n'avais plus dans Pâme cette tristesse, cette complète indifférence à tout. — Enfin, je recommençais à vivre. J'avais une amitié. Et voici que vous voulez partir maintenant et je vais rester seule... car avec mon mari, je suis toute

seule. Il ne m'est rien.

Elle pleure.

MORNANG, tristement.

J'ai mal de vous voir pleurer. Et cependant, il

faut que je parte... et qu'on le sache... (Après un

temps.) ou qu'on le croie...

MARIE

Que voulez-vous dire ?

MORNANG.

Rien.

MARIE

Mais parlez donc I

MORNANG.

C'est une folie... mon rêve de tantôt qui continue... ce coin discret que je vous ai décrit tout à l'heure et connu de nous deux seuls maintenant.... Pendant tout le temps que serait censé durer mon voyage, je n'en sortirais pas. Et vous, bonne, charitable, vous viendriez parfois rendre visite au pauvre prisonnier, adoucir par votre présence sa captivité.

Taisez-vous ! Taisez-vous !

MORNANG.

Je VOUS aime. Vous m'aimez ! Vous ne voulez pas que je m'éloigne. C'est le seul moyen, pourtant 1

MARIE

Non ! non I

MORNANG.

Eh bien, moi, je dis oui. (se rapprochant d'elle et lui parlant dans le cou.) Il faut que vous veniez me retrouver là-bas. Il le faut... parce que nous nous aimons et que ce serait folie de sacrifier notre amour à la jalousie et à la curiosité du monde. Il lui embrasse les mains.

MARIE

Je ne sais plus, moi !

On entend la voix d'Henri.

MORNANG.

Votre mari. Vite... répondez I

MARIE

Oh 1 je deviens folle !

MORNANG.

Alors, c'est adieu pour toujours? Je dois partir?

MARIE, éperdue.

Non 1

MORNANG.

Ah ! comme je vous aime. (Bas.) Votre mari... (saluant cérémonieusement.) Madame...

11 salue Henri qui arrive avec Glaire : Henri le salue également et l'accompagne sans dire un mot.

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