SCÈNE VI DE AIORNANG, puis MARIE
DE MORNANG, seul.
Le mari sorti... les beaux-parents pas arrivés... C'est le moment d'engager le fer. Commençons par du sentiment... après ça, on verra.
MAlilE, rentrant.
Et maintenant, cher monsieur, que je vous remercie encore. Si, comme je l'espère, notre soirée est réussie, c'est à vous qu'en reviendra tout l'honneur.
DE MORNANG.
.le suis content de vous faire plaisir... à vous.
MARIE
A moi... et à mon mari.
DE MORNANG.
Et à votre mari... D'abord, que je vous dise : j'espère que nous aurons Yvonnette Gibert.
MARIE
Ah 1 tant mieux ! ça, c'est un clou !
DE MORNANG.
Elle nous chanterait a Ousqu'est la casse ? n et le « Petit haricot blanc ». J'ai rendez-vous tout à l'heure avec elle pour avoir sa réponse définitive. Nous aurons aussi Euphémie Buttet avec les vrais
chanteurs des cours. On jettera de vrais sous et ils seront pour les vrais pauvres.
MARIE
Ce sera charmant. A propos, Belloir est venu dresser l'estrade. Vous viendrez voir si c'est bien ainsi.
DE MORNANG.
A vos ordres.
MARIE
Et le cotillon ?
DE MORNANG.
Une mer veille, le dernier cri. Le cotillon parlementaire!... Il y a quarante-quatre figures. « Le banc des ministrables 1 » a Le petit l^cal » « Le fauteuil présidentiel 1 » Il faudra que je vous explique le jeu des accessoires.
MARIE
Bon; au premier moment de liberté.
DE MORNANG.
Si vous saviez combien je suis heureux de l'honneur que vous m'avez fait en me permettant de me mettre ainsi à votre disposition.
MARIE
C'est tout simple... Vous êtes un trésor pour une maîtresse de maison.
DE MORNANG.
Mais votre mari n'a pas vu d'inconvénient à...
MARIE
A quoi ?
DE MORNANG.
A mes visites un peu fréquentes en ce moment.
MARIE
Pourquoi en verrait-il ?
DE MORNANG.
Je ne sais pas, mais il me semble que si j'avais le boniieur d'être votre mari, je serais si jaloux.
MARIE
Pourquoi ?
DE MORNANG.
Je VOUS aimerais tant !
MARIE
Mais... vous n'êtes pas mon mari.
DE MORNANG.
Et croyez-vous que cela m'empêche de vous aimer ?
MARIE
Gomment ?
DE MORNANG.
Si VOUS saviez combien je pense à vous, et depuis quel temps ?
MARIE
Ah ! non, cher monsieur, je vous en prie, pas de ces plaisanteries-là. Pié.-ervez vos belles phrases pour celles qui les aiment. Vous ne serez pas embarrassé du placement.
DE MORNANG.
C'est bon, je me tais. Je tiens trop à ne pas vous déplaire.
MARIE
A la bonne heure !
DE MORNANG.
Je ne vous demanderai jamais rien.
MARIE
Alors on peut s'entendre.
DE MORNANG.
Je sais que vous êtes une honnête femme... Que vous aimez votre mari...
MARIE
Oui.
DE MORNANG.
Aussi en échange de cet amour, je ne réclame que votre amitié... de la simple amitié... (il lui tend la main.) Au milieu de ces papotages mondains où je vis par habitude, mais dont je sens si bien tout le vide, j'ai tant besoin d'une affection pure!... Frère et sœur, voulez-vous ?
MARIE, à part.
Allons ! c'est une vocation 1 (Haut.) Danseur, simplement.
DE MORNANG.
Vous me désespérez.
MARIE
Allons, cher monsieur, trêve de plaisanterie et occupons-nous de choses sérieuses. Allez voir si mademoiselle Yvonnette Gibert veut bien être des nôtres.
DE MORNANG.
Alors, à tantôt?