‹ Madame Andre comedie en un acteChapitre 16 sur 79 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

MATHIEU

Oh! bon enfant, la crème des hommes... l’es pas changé, hein? pourtant on dirait que t’as quelque chose... est-ce que je t’intimide?

andré.

Toi?

MATHIEU

Mets-toi à ton aise, mon vieux; viens donc là, sans façon à côté de moi... où il y a de la gêne, il n’y a pas de... comme on dit parcheux nous... Ah ça, est- ce qu’on ne pourrait pas bien prendre quelque chose? (Monlrant une cave surla cheminée.) V’ià la boite à malices... hein? qu’est-ce qu’on pourrait ben l’offrir?

(André va chercher un flacon d’eau-de-vie, Mathieu verse à boire.) Par ainsi,

te v’ià content, heureux et satisfait?

ANDRÉ

Complètement.

MATHIEU

Et pas de marmaille?

ANDRÉ

Il n’y a que ça qui manque.

MATHIEU

Tant mieux, c’est gênant; et puis d’ailleurs, as-tu pas là ta nièce, la petite Louise?

ANDRÉ

Ah! Louise!... tu te rappelles?...

MATHIEU

La v’ià en âge de s’établir...

ANDRÉ, à part.

Ah! mon Dieu! viendrait-il me reparler...

MATHIEU

Ça te fera une famille, et comme je t’ai dit dans le temps...

ANDRÉ, A part.

Nous y voilà.

Tu sais, quand tu es venu la quérir au pays après le décès de ses parents... il y a deux ans... le mieux pour elle et pour toi, ça sera de lui faire choix d’un bon garçon... pas un mirliflor qui te grugerait, qui te mangerait tout ce que tu as gagné, mais un homme sûr, un ami.

ANDRÉ

Très-bien, mais....

MATHIEU

Et pas un ami de la capitale... non... un pays... un camarade, un parent, avec qui qu’on a été à l’école ensemble, et joué aux quilles ensemble, avec qui qu’on s’est cogné, et flanqué des trépignées comme nous.. .ça ne s’oublie pas ça...

ANDRÉ, riant.

Non, même que j’ai encore là une dent que tu m’as cassée.

MATHIEU

Vrai?... tu l’as encore?... ce bon André, c’est-il gentil de la

part de la garder en souvenir de not’ amitié, quand tu pouvais, avec ta fortune, t’en donner une plus belle... et môme deux... de c’te façon-là, vois-tu, tu seras sûr du mari que tu choisiras à ta nièce.

andré.

Comment? tu y penses encore, à présent qu’elle est dans un pensionnat?

De quoi? un pensionnat?... est-ce que ta femme n’y a pas été tout comme elle? et loi, est-eé que t’étais pas tout comme moi? 'f

ANDRÉ

Oui, mais...

MATHIEU

Tu m’as promis de parler en temps et lieu à c’te jeunesse.

ANDRÉ

Sans doute.

MATHIEU

Eli bien ! les temps et lieu sont arrivés.

ANDRÉ

C’est bon ; j’en causerai avec ma femme.

MATHIEU

Ta femme... ta femme n’a rien à voir là-dedans... Louise est ta nièce, à toi, c’est de ton côté...

a«dr4.'

Bien sûr; mais...

MATHIEU

André, t’as donné ta parole ; es-tu un honnête homme, oui-z-ou non? es-tu le maître chez toi, non-z-ou oui?

8 ANDRÉ

Certainement, mais... " : " !;

Mais, mais... si tu Tes, prôuve-le une bonne fois, montre ta dignité d’homme, et ne caponne pas.

ANDRÉ, se levant.

Caponner, moi?

MATHIEU

Oui, et je ne te cacherai pas que moi, ton ami, quand on m’a dit ça tantôt à la halle, ça m’a humilié.

andM,

Ça, quoi?

MATHIEU, se levant.

Sais-tu ce qui t’arrivera?

• . ANDRÉ

Non ; quoi? voyons... parle donc clairement à la fin !

MATHIBU.

Eh bien, ta femme s’ingérera tant et si bien, petit à petit, dans toutes tes affaires, que tu n’y verras plus que du brouillard. jhuVc .

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