SCÈNE VIII
GEORGES, seul, accablé.
Je suis le fils d’une courtisane! d’une courtisane... et de qui?... Quel est mon père?... M. Berlin m’a dit qu’il était mort... mais c’était peut-être un de ces mensonges que la pitié lui dictait... Mon père existe peut-être, peut-être sans'savoir qu’il a un fils, et moi, je peux le rencontrer, le blesser, l’outrager, sans savoir que cet homme c’est... Ah! Dieu fasse que M. Berlin ait dit la vérité, car... Mais où en suis-je donc! qu'est-ce que je dis? (S’arrêtant brusquement.) Je désire que mon père soit mort? (u tombe assis sur le canapé à gauche ; après un silence, et comme si des clartés lui arrivaient une k une.) Et cette fortune 1... qui est la mienne? la mienne! quelle honte!... La tienne, misérable! c’est à loi, le luxe où tu as vécu? tandis que tant d’enfants de mères honnêtes et de pères laborieux travaillaient déjà et vivaient à peinet... Rien n’est à toi! pas même les habits que lu portes, pas même lo pain dont lu te nourris, pas même, I éducation que tu as reçuel Tout cela est volé... (Frappé d’uno idée nouvelle.) Oui, volé! car au collège, à côte
de moi, ilyavait un pauvre enfant qui y était pour rien,par faveur ! Armand I C’était le Gis d'un homme que ta mère a ruiné... et tu jouissais de sa fortune... toi, toi, déjà envié, considéré! fétéf (Retenant à gauche.) Il est vrai que tu étais bon pour lui, uui, oui ! tu le protégeais, tu lui faisais l’aumône... avec son argent!... AhI c’est épouvantable !... Je souffre tant 1... que je ne pense plus à Jeanne! (Arec tristesse.) Jeanne!... mais je me sens si misérable, si abaissé, si peu !... que je fais bien de n’y plus penser, car, la voilà perdue pour moil perdue à jamais !.. Ah! que je souffre! (n tombe assis an milieu, à droite du guéridon. Après un silence.) Et au fond de ma misère, on dirait... on dirait qu’un souille frais passe sur mon cœur meurtri!... J’ai une mèrel II y a une femme qui vit en pensantà moi, qui m’aime... — oh! je la trouverai I... — unefemmeà qui je vais pouvoir dire : « Ma mère! »