SCÈNE PREMIÈRE
BARBE, domestique.
(Au lever du rideau, elle est assise près de la fenêtre, pour raccommoder du linge. Mais elle a interrompu son ouvrage, et elle parle en se délirant les bras.)
Mon Dieu! mon Dieu. Comme je m’ennuie 1 [Jamais... non, jamais de ma vie, je n’ai été dans une maison si triste ! Ce serait plus gai dans un tombeau ! (On entend faire des exercices sur un piano dans la chambre à droite du spectateur.) Ah ! comme il y a longtemps que j’aurais pris ma volée, si je n’étais pas honnêtement payée !...
oui... payée, mais pas pour entendre du... (Grinçant des dents.) piano 1 pas pour repriser des bas au son du... (Grinçant des dents.) piano. (Elle place la table b ouvrage an fond à gauche.) Je me ferai augmenter, moi, pour ça... Toute ma consolation, c’est la fenêtre par où je vois une allée du Luxembourg. (Le piano s’arrête ) De temps en temps je distingue un bout d’uniforme... mais si loin! Ici personne à voirl deux ou trois petites dindes, des élèves du... (Grinçant des dents.) piano, et c'est tout! Jamais le visage d’un homme! (On entend sonner violemment. Elle s'élance vers la porte de droite, renversant sa chaise pour aller ouvrir, et s'écriant.) Je crois pourtant qu’en v’ià un ! (On entend de nouveau lo piano. Laissant ta scène un instant vide, Barbe ramène madame Griois.)