‹ Madame Aubert, drame en quatre actes, en proseChapitre 6 sur 88 · ACTE PREMIER î · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER î

ARMAND

Ah! oui I... tu aimes tous ces gens- là, toi. .

GEORGES

D’abord, cher ami, dans ces gens-là il y a ton père, et tu sais si je l’aime el si je l’honore! j’aime aussi et je n’honore pas moins maître Berlin, qui a été un notaire... paternel pour moi, pauvre orphelin confié à sa surveillance... Comment n’aimerais-je pas madame Berlin , la belle créole, à la nonchalance pleine de charmes, à la fierté... pleine de clémence!

ARMAND, voyant que Jeanne u’esl pas là.

Et mademoiselle Jeanne Berlin?

GEORGES

J'aime aussi... non ! j’adore madameGriois, la respectable aïeule de la belle notaresse, la bisaïeule de mademoiselle Jeanne; une ancêtre! plus jeune, en vérité! de coeur et de tête, que toute la tablée qu’il y avait là I et dont les défauts sont des grâces originales à soixante-quinze ans !...

ARMAND, allant au piano el s’y asseyant.

Qui vas-tu aimer encore? le banquier Duport, peut-être? ..

GEORGES, se récriant.

Nonl ohl... non! il me déplaît ce million-là! (D’an ton pins sérieux.) Revenons à toi, Armand ; je l’ai irouvé plus triste encore que maussade aujourd'hui!... (Plus bas, après un regard pour s’assurer qu’ils sont seuls.) Est-ce que tu aurais fait quelque petite perte au jeu? (Armand se lève.) N’oublie pas que ma bourse est à toi, et qu’en y puisant lu m’obliges. . On va faire un whist tout à l’heure, si tu...

ARMAND, se levant.

Tais-toi ! merci I quand il m'est arrivé de jouer, je n’ai été que stupide; maintenant que je l’ai compris, je serais déloyal en recommençant. Non I c’est assez... je ne te ferai plus payer mes dettes de jeu; mais sois tranquille, je ne jouerai pas ma montre... et pour Cause! (il va s’asseoir snr te canapé à gauche.)

GEORGES

Tiens, Armand. tu me caches quelque chose! Est-ce que... (s’arrêtant et h part.) Je n’ose pas lui demander s’il aime Jeanne!.. . (Haut.) Tu attristes mon amitié!

ARMAND, assis.

Bah !... il n’y a d’amitié qu’entre égaux.

GEORGES

Eh! monsieur le comte, je ne connais pas mes parents... mais qui saitl je suis peut-être aussi noble que vous.

ARMAND, se levant.

Eh! quelle égalité peut-il y avoir entre toi et moi? Tu e3 riche et je suis si pauvre!... que pour faire mes études à Sainte-Barbe, il a fallu que mon père m’obtînt par ses relations une bourse entière.. La vio t’est facile à toi, les chemins fleurissent devant tes pas, tandis que moi... (tl passe A droite.)

GEORGES, l’arrêtant.

Quelle injustice I Tu as connu ta mère, tu as pu recevoir la bénédiction de sa dernière heure... Ton père est là... tu as trouvé au collège ton meilleur ami, car je te défie d’en trouver un plus dévoué que moi...

ARMAND, lui prenant la main.

Georges!

GEORGES

Ah ! tu me rends trop lourds quelques écus. . dont je suis tout honteux quand tu parles de tes misères!... Allons, je t’ai dit que ton père t’attendait... val (il fait passer Armand à gauche.) et sautelui au cou pour lui demander pardon d’avoir cru son fils plus malheureux qu’un pauvre abandonné comme moi !

ARMAND, il serre la main de Georges arec émotion et se dirige vers la gauche d’un pas indécis. Revenant brusquement à Georges.

Je suis un ingrat, pardonne-moi.

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