BERTIN, MADAME AUBERT, MADAME GRIOIS
MADAME GRIOIS.
Quoi donc, Berlin?... C’est vou3 qui agissez de la sorte avec madame!... cela ressembleà un affront dont j’ai ma part!...
BERTIN, sa récriant.
Vous!
MADAME GRIOIS.
EnGn, que signifie cela?...
BERTIN
Demandez-le à madame elle-même... (En se retournant vers madame Anbert, madame Griois la voit tombée à genou.)
MADAME GRIOIS.
Que vois-je! (La redressant.) J’ai peur de comprendre... (Comme frappée de la vérité.) Ah! celte ressemblance... ce n’était donc pas une ressemblance ! Cette femme' qui tantôt pâlissait en m’écoutant... c’était donc... c'est...
BERTIN
C’est... c’est Floral
MADAME GRIOIS.
La mère... de Georges I...
BE RT IN, animé.
Floral dont le fils est venu troubler le cœur de mon enfant... Flora, chez moi!... dans ma famille!... Flora! que ma 611e allait embrasser!...
MADAME GRIOIS, après avoir longuement regardé madame Aubert.
Mon ami, j’ai appris tantôt chez madame... j’ai appris à n’en pas douter, que Flora était morte... Mon ami, il faut pardonner au* morts.
MADAME AUBERT, se levant.
Laissez, madame!... laissez monsieur me repousser, me chasser
s’il le veut, c’est son droit, c’est peut-être son devoir?... (a Berlin.) Mais vous venez tard, monsieur !... Il n’y a plus de place dans mon âme pour une nouvelle douleurl... Je me suis dépouillée de tout; j’ai perdu ma santé, ma place partout, et tout en travaillant... j’ai connu la misère... J’avais un fils! par respect pour lui, par honte de moi-même, je renonce à ses embrassements et je m’apprête à mourir dans l’isolement, dans l’abandon, dans l’horreur de ma vie perdue... Est-ce assez?.,. Non! Dieu ne le veut pas!
MADAME GRIOIS.
Calmez- vous! calmez-vous!
MADAME A U B E H T, s'animant.
Aujourd’hui, je le revois, mon fils je le revois... pour l’aimer,
l’admirer, l’adorer pendant un instant... un instant d’extase, de larmes pures, de paradis!... il m’échappe!... et sans doute, je ne l’embrasserai plus jamais!... (Bertin ta regarde.) Vais-je mourir alors?... Est-ce assez?. .. Non ! J’apprends qu’en sortant de mes bras, il est allé risquer sa vie ; et je vais peut-être lui survivre, moil... moi, lui survivrel... Est-ce assez?... Non! Celui qui m’apporte cette terreur, c’est le- père de Georges ! et c’est avec son fils à lui que le mien va se battre!...
MADAME GRIOIS et BERTIN.
Dieu!...
MADAME AUBERT, sans s’arrêter.
Et il est trop tard pour l’empêcher I Et en ce moment même, pendant que nous sommes là, anxieux et impuissants! le frère tue le frère peut-être 1
BERTIN, éperdu. ;
Ce n’est pas possible !...
MADAME AUBERT, allant toujours.
Oui, oui!... en ce moment! (Reprenant avec désespoir en se tonrnan vars Bertin.) Eh bien, monsieur! est-ce assez ! Inventez donc mieux que cela pour me punir... je vous en défie!... Vous n’atteindrez jamais aux expiations qui sortent de la faute même! Vous ne frapperez jamais aussi fort que la vie.