SCÈNE XVIII
FRÉDÉRIC, puU ADELINE.
FRÉDÉRIC, «cul.
Mariez-vous donc, à la mairie du treizième, aux sons de la flûte et du tambour !... Je m'en souviens... c’était au arc d’Asnières... à une fête de nuit... Ça brûlait... çaflamait !... Et voilà les suites d’un feu... d’artifice... (Adeline entre par la gauche.) Ciel !... Adeline !...
ADELINE, à paO. ‘ *
Pourvu que grand’maman ne se réveille pas !.. .
Ah! mademoiselle... croyez bien... Si vous saviez !
ADELINE
Je sais tout... Je sais qu’au moment où il s’agissait de nôtre mariage, vous étiez déjà. . . marié !
* Frédéric, 1® Capitaine, Tocandine.
32 MADAME ÊIJOU.
FRÉDÉRIC
Marié? ' •
ADELINE
Sans doute... il n’y a qu'un mari qui puisse donner son nom à une femme.
FRÉDÉRIC
Mademoiselle Adeline... si vous consentiez à m'entendre... à me comprendre à demi-mot... .. , •->.
ADELINE
Je ne vous comprendrais pas.
FRÉDÉRIC
Essayez!... On comprend tant de choses... avec un bon cœur!
ADELINE
Je n’ai plus de cœur... vous l'avez blessé... il en est mort.
Écoutez-moi. (a pan.) Ce n’est point facile !... (mot.) 11 y a des hommes... très-intelligents... qui sont fort bêtes, jusqu'à un certain âge... ils n'ont pas même l’esprit de penser au bonheur!
ADELINE
A quoi pensent-ils donc?
FRÉDÉRIC
Ils pensent à s’ennuyer... en s'amusant. Ils s’amusent à dépenser leur temps et leur argent, à rêver qu’ils aiment, à croire peut-être qu’ils sont aimés. Il y en a. . . les plus bêtes !.. . Il y en a qui finissent par croire à l’amour de quelque Tocandine... le soir de l’ouverture du parc d’Asnières!
ADELINE
Le parc d'Asnières?
FRÉDÉRIC
Un joli endroit... où l’on chasse... au filet! On y trouve beaucoup de Colombes... et beaucoup de pigeons... Ce fut là que Tocandine me trouva.
ADELINE
Et... ensuite?
FRÉDÉRIC
Ensuite... On revient d'Asnières à Paris en chantant un duo stupide... Et voilà une grande sottise qui commence : elle devait durer trois jours... elle dure trois ans ! Pendant trois ans, on joue au ménage, sans y songer... et quand on y songe, il est trop tard. Les voisins, les fournisseurs, les créanciers, vous croient mariés... sans croire tout à fait à votre mariage. 11 n'y a plus au logis que monsieur et madame... madame surtout. Quelquefois, madame s’avise d'un scrupule... elle veut se donner le semblant d'un mari... Oui,
elle a l'ambition de porter le nom d'un honnête homme... elle le prend malgré lui... elle le porte... elle le garde... et un beau jour, aujourd'hui par exemple, je m'aperçois que mademoiselle Tocandine continue à se faire appeler madame Bijou!
ADELINE
Je vous le disais bien... je ne comprends pas! Je ne veux pas comprendre!... Adieu, monsieur Frédéric... Je suis venue vous rendre votre parole; vous êtes libre... du moins avec moi.
FRÉDÉRIC
Mais, je suis doncun misérable? Comment, mademoiselle.. . pour si peu!...
ADELINE
Que voulez-vous?... il me semble que vous êtes marié!... (Mouvement de Frédéric.) Laissez-moi!... grand'maman n'aurait qu'à me surprendre... elle est furieuse!... sortez...
FRÉDÉRIC
Je ferai mieux que de sortir, mademoiselle... je partirai. (Il fait quelques pas et hésite à sortir. Adeline tourne la tête vers lui.)
ADELINE
Adieu!
FRÉDÉRIC
Adieu!...
(D sort par le fond et disparait à droite, après avoir envoyé un baiser è Adeline, qui le regardait et qui baisse vivement les yeux.) ADELINE, seule.
Il me quitte bien désolé... je l’ai vu! A qui la faute?... Une femme qui porte son nom!... c’est horrible!... O madame
Bijou! madame Bijou!... (On entend la voix de Tocsndine, qui entre par le fond avec Dandin, en venant de la gauche.) C'est elle!... (Elle s« retire A l'écart.)