SCÈNE IV
Les Mêmes, ROUBLARD.
FRÉDÉRIC, au garçon*.
Dites-nous, bonhomme?... on s'amuse dans cette chambre?
ROUBLARD
Du matin au soir... et même plus tard!
FRÉDÉRIC
Quels sont ces joyeux malades? •
ROUBLARD
Des petits messieurs... et une petite dame qui se portent bien.
MADAME DELTEF. .
On appelle ça une dame !
ROUBLARD, allant A madame Del Uf**.
Oh! une vraie femme!... Des robes à trente-six volants... des chapeaux suspendus qui s’en vont toujours du côté des moulins... le verre de champagne à la main, la cigarette à la bouche... et une minel La frimousse d'un écureuil!...
MADAME DELTEF, à part.
Un écureuil qui boit et qui fume!... Voilà donc le portrait d'une femme l
* Adeline, madame Deltef, Frédéric, Roublard.
** Adeline, madame Deltef, Roublard, Frédéric.
FRÉDÉRIC
Savez-vous le nom de cette dame?
ROUBLARD
Oh ! un joli nom qui a été lait tout exprès pour elle... un nom reluisant... Elle se nomme madame Bijou!
FRÉDÉRIC
MADAME DELTEF.
Comment... Madame Bijou?
ADELINE, ae levant. *
FRÉDÉRIC, troublé et passant pré* de madame Dellef.
Eh! mon Dieu!,., le hasard... Cela se voit tous les jours... le même nom pour bien des gens qui ne se connaissent pas... qui ne se connaîtront jamais...
MADAME DELTEF.
C'est vrai...
ADELINE
Quel ennui! un nom qui va être le mien... Une pareille femme aura le droit de le porter !
REPRISE DU CHOEUR, dans la chambre de droite,
Allons,
Vidons,
Coupes et flacons, etc.
MADAME DELTEF, allant à Roublard. **
Encore!... (au garçou.) Mon ami, allez dire à la dame du n" 3 qu’il y a ici de chastes oreilles...
FRÉDÉRIC
Et qu’on la prie de s’amuser un peu moins haut... Et surtout, de chanter un peu plus bas!
ROUBLARD
J’y vais, (a part.) Plus souvent qu’elle voudra se taire, cette fauvette !
(Il sort par la porte de droite.) FRÉDÉRIC, à part.***
Je me trompe sans doute... (s’es«uput le front.) Saperlotte!... 11 me pousse des perles...
(Rires dans la chambre de droite.)
* Adeline, madame Deltef, Frédéric.
** Adeline, Frédéric, madame Deltef, Roublard.
*** Adeline, Frédéric, madame Deltef.
ADELINE
N'est-ce pas extraordinaire? quelqu'un qui se nomme déjà madame Bijou!...
MADAME DELTEF.
i je -suis sûre qu'elle va nous répondre en se remettant à chanter!...
FRÉDÉRIC
Oui, un peu plus fort. (Voyant Roublard qui rentre.) Ah!... le garçon... En bien? (il va à lui.)
ROUBLARD, un verre de champagne A la nlain.
Monsieur, voici la réponse... Un verre de champagne ; la jolie dame vous prie de boire cette mousse à sa saute...
... ; MADAME DELTEF.
Tudieu! quelle gaillarde ! Allons, Centrons, Frédéric.
FRÉDÉRIC
J’irai vous rejoindre, grand'-Tnaman-. Je veux voir cette femme!...
MADAME DELTEF.
Comment?
FRÉDÉRIC
Je ne dois pas souffrir que près de vous, près d’Adeline... C’est d’une inconvenance !...
MADAME DELTEF.
Soyez prudent, Frédéric.
FRÉDÉRIC
Ne craignez rien.
ADELINE
'À bientôt... ' .
FRÉDÉRIC
A bientôt!... .
(Madame Deltef et Adeline entrent dans la chambre de gauche. Frédéric les reconduit jusqu’à la porte, et, en revenant en scène, il trouve devant lui Roublard, qui lui présente le verre de champagne.)
FRÉDÉRIC, brusquement.
Qu'est-ce que vous me voulez encore?...
ROUBLARD, préaeotanl le verre.
C’est la mousse de cette dame...
FRÉDÉRIC, comme frappé <1 une idée.
Voyons donc...
(Il prend le verre, le boit et le rend à Roublard, qui sort par la porte du fond.)
* Adeline, madame Deltef, Frédéric, Roublard.
MADAME BIJOU. ff
- 1 SCÈNE Yi . ! • i, .
FBÉBÉRIC, «ff,
DÛ clftÿaotî... te vita favori de tocdridine!... Elfe est la !...
(Frédéric ae dirige vers le n°jî^la porte s'ouvre «t Tocandîn»
SCÊNÉ ŸL
FRÉDÉRIC, TOCANDINE.
Frédéric!
Tocaodlne!
TOCANDINE.
FRÉDÉRIC
TOCANDINE.
Comment !... c'est vous qui m'avez fait dire?...
FRÉDÉRIC
Comment !... c’est vous qui m'avez fait répondre ?...
(11 regarde avec inquiétude ver» la gauche.)
TOC ANDIN F.
Etf bféfr! é*est aiM $uô vous nié recevëÉ?... (ju'ést-ce que vous regardez là, datas cét appartëtoenf, avec un petit air bête?
FRÉDÉRIC
Moi?... Rien...
Vous n’êtes pis seul, peut-être?... Monsieur est deux i
FRÉDÉRIC
Je suis un... absolument comme le jour où nous nous sommes séparés, en nous disant toutes nos petites vérités.
TOCANDINE.
itaOrf^! a ^ eUX an8 ’***®* j’avais été sensible, j'en serais
« - ritètaÉatô. : <t / : u ....
Jè connais la mesure de votre sensibilité... delà ne pouvait pas vous tuer.
• . ^ TOCANBINE.
Déjà deux ans ! M’*s-tu assez lèebée, hein ?...
V .. FRÉDÉRIC
Auswv,. oui;. . mai# pas trop !
TOCANDINE.
fit le lendemain, m’avez-vous écrit une Ixinhé lettre...* monsieur de Sévigné!... des phrasés sur l’avenir..., des conseils... des amitiés... des grimaces!... Voilà une letfe qhe
l’on a tirée à des millions d’exemplaires!... Elle est dans l’armoire à glace de toutes les femmes qu’on a quittées!... j’ai dit bien des horreurs sur vous, allez !... mais je vous ai pardonné!... Vous voilà... c'est une chance !... Nous allons nous amuser... On s’ennuie à pleurer ici!...
FRÉDÉRIC
11 n’y paraît guère... Vous chantiez, il y a un instant, des chansons qui ne pleuraient pas.
TOCAND1NE.
Dame! il faut bien s'étourdir !
FRÉDÉRIC
Oui, mais sans étourdir les autres.
TOCAKDINE.
Je cherche toujours à vous oublier l r ,.» a y immuioü
FRÉDÉRIC
C’est gentil, ce que vous me dites là... Mais vous savez que je n’en crois pas un mot?... ; , g
TOCANDINE..
U ne croit plus !... Vous ne me demandez seulement pas ce que je suis devenue depuis... depuis vous?...
FRÉDÉRIC
Ce serait trop long.
TOCANDINE.
Eh bien ! je vais VOUS le (lire... (MouYemenl de Frédéric.) en abrégé!... J’ai couru le monde, à cheval, en voiture, le plus souvent à pied... J’ai fait des voyages de découvertes...
■' • ' FRÉDÉRIC
Et vous avez découvert?
TOCANDINE.
Un petit architecte!... Figurez-vous que j'habitais rue de Navarin une vieille maison, qui péchait par la base. Par malheur, mon propriétaire était avare, et son Louvre mena-
S it ruine. On appela un architecte, qui dut renvoyer tous 3 locataires, sous peine d’éboulement. Jugez de mon embarras: pas de domicile!... L'architecte me comprit tout de suite... et il daigna m’offrir un petit entre-sol, à côté du sien, dans une habitation solide. J’acceptai, par force majeure... Et depuis ce jour, monsieur Joseph Dandin me promet... le mariage... et un appartement au premier étage, dpus une maison neuve... J’y arriverai... l’escalier est fait,..
FRÉDÉRIC
. Est-il bien bâti ?
L'escalier?
TOCANDINE.
FRÉDÉRIC
Non... l'architecte?
TOCANDINE.
d'hui! on con ®h’ u it si économiquement aujour-
FRÉDÉRIC
Vous le nommez George Dandin ?
. TOCANDINE.
Joseph Dandin.
FRÉDÉRIC
Air : de Madame Favart.
Si Joseph, par un mariage,
Avec vous veut faire une fin,
Un seul prénom, dans son ménage,
Doit convenir à ce Dandin.
Tous les Dandins, depuis Molière,
Se nomment George... et c’est ainsi Qu’il faudra le nommer, ma chère.
Pour compléter votre mari .
Avec ce prénom-là, ma chère,
Complétez donc votre mari !
Est-il jaloux?...
TOCANDINE.
Comme vous l'étiez autrefois... avant la lettre !... Et vous, mon bijou, qu’avez-vous fait depuis deux ans ?
FRÉDÉRIC
Je vous ai pleurée !
TOCANDINE.
Essuyez vos larmes... et passons!...
FRÉDÉRIC
J’ai acheté une étude d’avoué à Moulins.
TOCANDINE.
Quelle charge !
FRÉDÉRIC
La charge de monsieur Godard.
TOCANDINB, riant.
Un avoué!... J’ai adoré un procureur !... Encore une grappe qui tombe de la vigne de mes illusions !... Ah ! bijou, mon ami, vous me dégrisez! (Elle rit anx éclata.)