ACTE DEUXIÈME 5l
BUTTERFLY
Oh ! du coup qui me terrasse, En mon cœur, c'est trop) souffrir !
(Elle chancelle. Sharpless la soutient.)
Ce n'est rien ! rien ! j'ai cru d'abord mourir! Et puis ça passe, Comme sur mer s'envolent les nuages î Ah 1 il m'oublie !
(Elle court dans la chambre à gauche, et revient, portant triomphalement son enfant sur l'épaule.) Et cet autre ! ... cet autre?... de grâce, Se pourra-t-il qu'il l'abandonne?
SHARPLESS, ému
C'est son fils ?
BUTTERFLY
Vit-on Jamais, au Japon, Ces lèvres et cette blonde Chevelure?
SHARPLESS
Pour sûr !
Et Pinkt rton le sait ?
BUTTERFLY
Non! non! à peine Fut-il en route, que l'enfant vint au monde! . . . Mais vous, écrivez-lui : qu'il apprenne Qu'un fils attend son père ! . . . Et pouvez-vous douter QuMl ne s'empresse par la terre et par l'onde? (yl V enfant, V embrassant tendrement.) Ce seigneur, sais-tu ce quUl fallait à l'écouter ?
Que ta mère,
T'emportant dans ses bras, de la misère
Reprît encor le dur chemin,
Et par les froids d'hiver, et sous la pluie,
Bravant les refus qu'on essuie,
Pour son enfant tendît la main !
.. . Faut-il, la mort dans 1 a, ne
E\ des sanglots dans la voix,
Reprendre, pauvre femme,
Pour subsister, le métier d'autrefois ?
... Et Butterfly, jouet des destins barbares,
Il revoit Geisha !
Aux accents des guitares
Et des tambours, la Geisha chantera ;
lit le joyeux refrain qu elle dira
Dans un sanglot s'achèvera !
. . . Oh ! non ! non 1 pas cela !
Pas ce métier que la honte escorte !
Morte ! Morte !
Mais point Geisha !
Plutôt cent fois je voudrais être morte !
SHARPLESS
Quelle pitié!... C'est l'heure! je me retire, Pardonnez-moi!
BUTTERFLY lui serre la main, puis à l'enfant,
A toi, donne ta main!
SHARPLESS le prenant dans ses bras.
Les beaux cheveux blonds 1 Comme est-ce Qu'on t'appelle?