COMMENCÉE LE 13 SEPTEMBRE
Pour me servir de règle dans la conduite que je dois garder envers les sœurs de la Communauté, et les vertus que je dois pratiquer.
Mes résolutions, auxquelles j'espère d'être fidèle par l'entremise et le mérite de la naissance, de la mort et de la résurrection de Notre-Seigneur, et par l'intercession de la sainte Vierge , de tous les saints et saintes mes protecteurs.
A l'égard de la Communauté.
Je la regarderai comme l'œuvre de Dieu, dont il m'a chargée par l'ordre de sa Providence et dont il me demandera un compte spécial. Il veut que je la gouverne selon sa volonté et son esprit, et non selon le mien ; et pour cela je dois demander les ordres et les conseils de mon supérieur, et les suivre ponctuellement comme si c'était Notre-Seigneur en personne qui me les eût donnés. Lorsque j'aurai manqué en chose importante, le lui dire humblement ; mais pour obtenir les choses qui me sont nécessaires, tous les jours je dirai un VeniSancte, un Salve Re g ina, le Pater et le Credo, l'antienne de sainte Geneviève et une petite litanie de mes saints protecteurs et protectrices, et ferai un acte d'humilité devant Dieu, de reconnaissance de mon indignité pour conduire
cette œuvre, et un de confiance en la bonté de mon Seigneur et mon Dieu.
Je ne rechercherai, avec la grâce de Notre- Seigneur, que sa seule et unique gloire et le bien spirituel de mes chères sœurs; et pour moi, je n'y désire que d'accomplir sa sainte volonté, et qu'il la fasse en moi et par moi, et je reconnaîtrai que s'il s'y fait quelque chose de bon, ce sera lui tout seul qui le fera.
I. Je les aimerai toutes également en Dieu et pour Dieu, ne témoignant pas plus d'amitié aux unes qu'aux autres sans nécessité.
II. Je serai fidèle à parler tous les trois mois au moins à nos sœurs, à chacune en particulier, et plus souvent quand elles le souhaiteront, ce que je tacherai de faire, avec la grâce de Notre-Seigneur, d'une manière douce, tendre, honnête, civile, et même respectueuse.
III. Toutes les fois que je parlerai à une sœur pour son intérieur, je demanderai à Dieu par Notre- Seigneur, qu'il me donne toutes ses dispositions, et que ce ne soit point mon esprit qui agisse, mais le sien.
IV. Je leur donnerai tout le temps de me dire tout ce qu'elles voudront sans témoigner être pressée, et ne leur marquerai aucun mépris de leurs peines, mais bien quelquefois je leur dirai qu'elles mêmes elles les doivent mépriser, et cela selon les choses, niais pour moi je ferai cas de tout.
Y. Je ne ferai point voir à nos soMirs que j'entends
ce qu'elles veulent me dire, devant qu'elles aient tout dit , mais je leur donnerai tout le temps de s'expliquer entièrement, et cependant je me donnerai à Dieu pour leur répondre, et quand je verrais tout d'un coup ce que je leur dois dire, je ne le ferai pas, afin de les laisser se contenter et me dire leurs peines et voir que je les écoute; cela me sera utile pour pratiquer la patience et la charité.
VI. En quelque temps que mes sœurs m'abordent, et pendant que je serai avec elles, je me donnerai de garde, avec la. même grâce de Notre-Seigneur, de me laisser aller à mon naturel , qui est un air fier, haut, impérieux, un ton suffisant et superbe; toutes ces choses ressentent plutôt la personne humaine et mondaine que l'épouse de Jésus-Christ anéantie et pleine de charité.
VII. Je les traiterai fort civilement et honnêtement , je les saluerai quand elles entrent ou sortent, quand elles passent devant moi ou quand elles m'aborderont; quand j'entrerai ou sortirai, où elles seront je leur ferai la révérence.
VIII. Je leur parlerai avec des termes doux et civils, qui ressentent plutôt la dépendance que l'indépendance.
IX. Quand je désirerai quelque chose d'elles, je leur dirai : Je vous supplie, ma chère sœur, de vouloir telle ou telle chose.
X. Quand elles m'auront fait quelque chose, je les remercierai de même.
XI. Je ne les souffrirai pointa genoux et à terre, je les ferai toujours asseoir sur des chaises.
Xlï. Je me familiariserai avec elles, leur donnant toute liberté.
XIII. Je leur accorderai de bonne grâce ce qu'elles me demanderont quand je croirai le pouvoir, sinon je leur en témoignerai ma peine et leur en dirai quelques raisons.
XIV. Je les préviendrai, je les supporterai dans leurs peines et faiblesses, et les encouragerai dans leurs tentations.
XV. Si je suis obligée de les avertir en particulier ou en public, je ferai de mon mieux pour ne les pas décourager et ne les pas laisser longtemps dans l'abattement, surtout quand j'aurai été obligée de le faire fortement, ce que je tâcherai de ne jamais faire que je ne m'y sois préparée devant Dieu . et que je n'ai pris conseil de mon supérieur, ou au moins de nos sœurs conseillères, quand ce sera chose qui sera connue.
XVI. Je ferai ce que je pourrai pour obtenir l'esprit de Dieu pour les reprendre selon cet esprit dans les chapitres, aux obéissances et conférences, et même journellement, si cela est nécessaire.
XVII. Je ferai' ce que je pou irai pour leur faire connaître le fond de mon cœur plein d'amitié et de charité pour elles.
XVIII J'aurai grand Boin d'elles dans les maladies et infirmités, pour que nen ne leur manque, je les \ isiterai avec soii el application.
XIX. J'aurai en tout temps soin qu'elles aient leur nécessaire pour le temporel.
XX. Je ne leur témoignerai aucune impatience de leurs fautes et dispositions intérieures ou de leur manière de parler; mais seulement je leur témoignerai de la douleur et compassion, je les exciterai a prier, et je le ferai pour elles.
XXL Je ferai mon possible pour réparer leurs fautes envers Dieu par des actes de vertus, me persuadant que je ne guérirai pas un mal par un autre mal, mais par un bien.
XXII. Je ne leur dirai jamais, avec le secours de la grâce, des paroles dures, offensantes ou piquantes, et ne leur ferai point de raillerie qui les puisse fâcher.
XXIII. Je n'affligerai point celles qui le sont déjà, mais je tâcherai de les soutenir.
XXIV. Je les porterai à une grande union entre elles , civilité et honnêteté , et à se porter respect, surtout envers les officières et celles que je verrai fidèles aux grâces de Dieu ; je me donnerai à Notre- Seigneur pour pouvoir les aider à aller aussi loin qu'il le désire.
XXV. Je m'abstiendrai de reprendre en particulier nos sœurs aussi souvent que je l'ai fait jusqu'à ce jour; je ne leur ferai que rarement des corrections, et ne leur donnerai des avertissements que lorsque je croirai la chose fort importante ; leur parler peu, et lorsqu'elles me presseront, je ne leur dirai les choses qu'à demi, leur disant de petits mots
qui marquent le désir que j'ai de leur salut, les laissant faire réflexion sur ce qu'elles ont tort de se défier de la bonté de Dieu; je le supplierai instamment de les éclairer; quelque chose qu'elles me puissent dire, il me faut tenir devant Notre-Seigneur sans m'en étonner ni m'en peiner, mais les lui recommander; il faut que je m'occupe de la manière dont Notre-Seigneur a agi avec ses apôtre:*, pour faire de même avec nos sœurs, agir comme le bon Pasteur.
XXVI. Si les paroles d'une sœur me surprennent ou contrarient mon humeur, recourir promptement à Notre-Seigneur, premier supérieur de cette maison, et si je fais quelque faute, tâcher delà réparer promptement.
XXVII. J'avoue que tout cela m'est impossible sans une grâce puissante et victorieuse, je l'attends de mon divin maître, de la présence duquel j'ai un grand besoin pour me retenir et ne pas agir selon moi, Dl'élever a lui en humilité, charité et obéissauce.
XXVIII. J'accepterai les petites et grandes contradictions et mépris de nos sœurs.
XXIX. J'assemblerai nos sœurs conseillères tous les quinze jours, et suivrai leurs avis, quoiqu'ils soient contre le mien , sans leur en témoigner de la peine.
\\\. Je ne ferai rien de nouveau sans permission de mon supérieur, et je lui demanderai ses avis pour les choses un peu de conséquence de cette com-
munauté, pour le général et le particulier, et je le suivrai.
XXXI. Je me dépouillerai de tous mes avis et inclinations, pour me soumettre de tout mon cœur à l'obéissance.
XXXII. Devant Dieu, je me regarderai au dessous des pieds de toutes nos sœurs, avouant que je suis plus indigne de grâces de Dieu que la moindre d'elles, par mes péchés et mes grandes infidélités; je les prierai souvent de prier Dieu pour moi, et je redoublerai les miennes pour celles qui me feront le plus de peine.
XXXIII. Si je vois ou apprends que quelque sœur ait de la peine contre moi, que ma conduite lui déplaise et qu'elle en ait du mépris, j'avouerai devant Dieu et devant les créatures qu'elle a raison ; je ferai de mon mieux pour servir cette sœur et tâcherai de lui faire plaisir. Je ferai de même s'il m'arrivait quelque opposition naturelle contre quelqu'une, ce que je ne sens pas à présent, grâce à Dieu; jamais je ne trouverai mauvais qu'elles aient de la peine contre moi, et, si elles me le disent, je leur témoignerai de la reconnaissance de leur confidence, et je ne témoignerai point en être surprise ni peinée pour quelque chose que ce puisse être, et ne leur en parlerai jamais, si elles-mêmes ne le font.
XXXIV. Je préviendrai nos sœurs dans leurs peines intérieures et extérieures, et dans celles qu'elles auront de leur famille. Je ne les presserai point de me dire leurs peines, quand je croirai
qu'elles ne désirent pas me les dire, et ne leur en témoignerai rien, ne prenant nulle jalousie, quand elles voudront parler à quelques personnes plus éclairées que moi; et quand j'y croirai quelque nécessité, je les exciterai à le faire.
Lettre de Mme de Miramion à M. Jolly.
(( Je suis aveugle de naissance, et, parconséquent, « plus difficile à guérir. Le mal est invétéré, puisci qu'il y a cinquante années qu'il commence, et « qu'il s'est toujours fortifié. Cette pensée me « donne quelque peine dans la crainte de ne pas « changer. Mais j'ai vu que ce qui m'était imposée sible ne Tétait point à la grâce si je voulais y être a fidèle. Je ne puis m'empècher de vous dire que « j'en sens un désir ardent dans mon cœur, qui me « donne un grand sujet d'humiliation, voyant qu'il « y a si longtemps que Xotre-Seigneur me presse q inutilement. S'il ne tenait qu'à me faire sœur de « Charité pour avoir leur vertu, je demanderais 8 cette grâce dès aujourd'hui. Je parle tres-since- <( rement; car je ne vois de bien que cela. El pour « moi, je ne me soucie point par quel chemin j'\ « arrive, pourvu que j \ parvienne. Il ne m'importe « qui je sois ni ce que je fasse, pourvu que je « fasse la volonté de mon Maître. Sœur de Chante, a sœur converse dana un petit couvent hors de
« Paris , pour obéir et pratiquer la vertu d'humilia- (( tion et d'abaissement, serait, selon le mouvement « de mon cœur, le mieux et le plus sûr.
(( Marie Bonneau de Miramion. »
Sainte-Geneviève, le 24 octobre 1679.
Lettre de M. Jolly à Mme de Miramion.
« Je crois que vous avez bien fait, Madame, de « préférer l'assistance du prochain à la consolation « que vous auriez eue, faisant la retraite que vous « vous étiez proposée. Si vous avez quelque temps « de libre pour vaquer plus à vous-même selon « votre désir, jouissez-en; mais si Dieu veut que « vous le serviez en autre chose, obéissez-lui.
« L'inspiration de s'humilier est toujours bonne; « il faut néanmoins garder des mesures pour les
« humiliations extérieures; si vous voulez faire au « Chapitre quelque chose qui soit extraordinaire , « vous le pouvez faire; comme aussi demander à « deux ou trois de vos filles si elles ont remarqué « quelque chose à reprendre en vous.
ce Je ne crois pas que vous soyez en état d'aller « laver la vaisselle ni de servir à table; conservez « votre santé pour l'exercice de la charité, qui est la « reine des vertus, et n'interrompez pas votre som- <a meil de la nuit.
« Ne réservez rien que vous n'offriez à Dieu en
« sacrifice , laissez-le disposer librement de vous « et de ce qui vous appartient, et recevez avec joie « et actions de grâces tout ce qu'il en ordonnera ; a je vous aiderai de ma part, autant que je le pource rai, à vous détacher de toute créature et de vous- « même, afin que vous soyez parfaitement unie à « lui.
« Demandez-lui, s'il vous plait, ma conversion a en ce saint temps, et que je profite des grâces a qu'il vous fait et de vos bons exemples dans le « temps qui me reste. »
Lettre de Mme de Mirarnion à une religieuse qui n'était pas tranquille sur sa vocation.
ce Puisque vous le voulez , ma chère sœur, je « vous écrirai quelque chose de ce que nous avons
dit ensemble, quoique j'en sois très-indigne et incapable. Toute chrétienne est obligée de tendre à la perfection, et particulièrement une religieuse. A qui plus sera donné, plus sera demandé; mettez-vous dans l'esprit, ma chère sœur, qu'il n'\ a que deux voies pour aller à Dieu, l'innocence et la pénitence; si vous avez perdu la première, recourez à la seconde; bien loin de la fuir, il la faut embrasser et la chérir en esprit de foi, de confiance et d'amour de Dieu. Dieu vous a retirée du lieu où vous elle/, comme il a retiré SOU peuple de l'Egypte, pour tous mettre en liberté de le Ber-
« vir; il vous a parlé au cœur, il vous a ouvert les « yeux, il vous a guérie de votre lèpre, et il a chassé « de vous un démon qui vous possédait ; mais pre~ « nez garde que ce démon ne fasse comme il est a dit dans l'Évangile, qu'il n'en prenne sept plus « méchants que lui, et qu'il ne vienne habiter en « vous; l'on se convertit plutôt d'un péché qui « donne de l'horreur, que de plusieurs qui ne paa raissent pas si grands, et qui déplaisent d'autant « plus à Dieu , qu'ils sont spirituels, et que l'on a « reçu de lui les lumières et les grâces nécessaires « pour s'en défaire.
« Le Fils de l'homme n'avait pas où reposer sa « tête, il ne s'en est jamais plaint; il vous est per- (( mis, ma chère mère, de demander vos besoins (( avec humilité et douceur; si on vous les donne, « soyez-en reconnaissante, et si l'on ne vous les « donne pas , parce qu'on n'y est pas obligé , ne « vous en plaignez pas et portez ces petites priva- « tions en paix, les offrant à Notre Seigneur pour lui être plus conforme; puisque vous avez tant de peine d'être à charge à la maison où vous êtes, n'ajoutez pas à la charge qu'elles ont une seconde peine, qui est de les mal édifier et de vous voir mécontente et recevoir de mauvaise grâce la charité qu'elle vous font et dont vous profitez si peu; faites maintenant le contraire avec la grâce de Notre- Seigneur; recom pensez-les par votre re- (( connaissance, par votre bon exemple et par la » pratique des vertus.
a Soyez fidèle tous les jours à faire votre oraison, « comme Dieu le demande de vous, c'est-à-dire « n'y allez pas pour vous contenter, mais cherchez « seulement à y plaire à Dieu et à y pratiquer ce « que vous voudriez méditer, qui est la mortification u et l'humiliation; ne vous contentez pas d'être de « corps devant Dieu, soyez-y de cœur; faites quan- « tité d'actes dans la journée, de foi, d'espérance, « de charité, d'humilité, de contrition, d'abandon « et de soumission à Dieu.
c( Tâchez de ne rien dire aux sœurs d'aigre ni de « piquant, mais, au contraire, ne leur parlez qu'avez ce honnêteté, charité, humilité et douceur; et s'il vous ce arrive de le faire à votre ordinaire , ne vous couce chez pas que vous n'en ayez fait pénitence, et que a vous ne vous en soyez humiliée très-profondément; « si la faute s'est faite devant plusieurs, demandezcc en pardon à l'abhesse et à la sœur particulière, et ce cela avec intention de vous corriger et de satiscc faire à Dieu et à votre prochain que vous avez <( offensé et scandalisé ; c'est le seul moyen de faire a mourir votre orgueil et de chasser de vous le a démon, qui fera tout son possible pour vous u détourner de cette pratique.
« Souvenez-vous que si vous avez honte de foire « quelque chose pour Jésus, il rougira de vous reeon- 0 Daître pour sienne devant son Père; Dieu résiste « aux superbes, el il dit qu'il confondra l'orgueil-
« leux; celui qui s' humiliera sera élevé; toul le monde
- aime les personnes humbles, ei l'on a de l'opposi-
ce tion pour les superbes ; cependant Ton ne saurait n souffrir l'humiliation, mais on ne saurait être « humble sans la pratiquer actuellement. Je ne « doute nullement, ma chère mère, que Dieu ne « veuille de vous une très-grande et profonde humi- « liation, que vous soyez contente d'être obligée par « toutes les créatures, d'être comptée pour rien; « souvenez- vous qu'à rien rien n'est dû; cet état est a une voie et un moyen d'une grande perfection, si « vous en savez profiter. Quand vous vous serez « mise dans l'état de correspondance à cette grande « grâce avec fidélité, peut-être que Dieu fera quelce que chose pour votre temporel; mais jusqu'à ce « que vous soyez parvenue à ce qu'il désire de vous, « vous n'aurez pas ce que vous souhaitez : Dieu « prévoit peut-être que vous seriez insupportable, « tant vous auriez de gloire et de joie de n'être « plus à charge, et que Ton aurait peine à vous con- « tenter; peut-être que cela ne vous paraît pas à « présent, mais Dieu sait bien ce qu'il en est; il est ce plus sage et meilleur pour vous-même que vous « ne l'êtes; cherchez le royaume de Dieu, et toutes « choses vous seront données.
« Prenez Notre-Seigneur pour votre modèle en
a toutes choses pour parler, penser et agir, il a fait
(( tout ce que vous faites tous les jours , hors le pé-
(c ché, c'est pourquoi regardez-le continuellement
« comme un peintre regarde une personne qu'il
« veut tirer; quand vous priez, regardez comme il
« prie; quand vous conversez, regardez comme il a
« conversé, de même pour le manger, dormir, pour « le silence et le travail; quand vous êtes dans la « tentation, regardez-le dans la tentation comment « il a fait pour la surmonter; quand vous êtes ma- ( lade, voyez comment il a fait dans la Passion ; « quand vous avez de la peine d'être si pauvre, re- « gardez-le dans la crèche et encore dans le saint « Sacrement de l'autel; quand vous croyez être <( méprisée, regardez Jésus travaillant dans la bou- « tique de saint Joseph, traîné dans les rues de Jéru- (( salem comme un scélérat, et enfin crucifié entre « deux larrons.
« Il ne vous a créée, ma chère mère, que pour « le connaître, l'aimer, le servir et l'imiter en sa « vie; trop est avare à qui Dieu ne suffit; faites en « sorte que la grâce surmonte en vous la nature.
« Ne faites rien dont il faille vous repentir et a faire pénitence en ce monde ou en l'autre. »
Testament olographe de M™" de Miramion.
au nom du Père, du Fils, el du Saint-Esprit, très-sainte el adorable Trinité.
Je soussignée, Marie Bonneaii , veuve de feu messire Jean -Jacques de Beauharnais, Beigneur de
Miramion, conseiller de la cour du parlemenl de Paiis; j'ai l'ail el fais mon teslamenl , ainsi qu'il suit.
Je veux de tout mon cœur, avec le secours de la grâce de Dieu et l'assistance des prières de la sainte Vierge, mourir en vraie chrétienne, fille de l'Église catholique, apostolique et romaine, à laquelle je me soumets entièrement, et me veux soumettre jusqu'au dernier moment de ma vie.
Prosternée devant la majesté de mon Dieu, je confesse devant le ciel et la terre être une trèsgrande pécheresse, ayant grièvement offensé la souveraine bonté, par un grand nombre de péchés et abus de ses grâces, dont je lui demande de tout mon cœur pardon, et le supplie par les mérites du précieux sang et de la mort de Notre - Seigneur Jésus -Ghrist, par les intercessions de la sainte Vierge, des apôtres saint Pierre et saint Paul, saint Joseph, sainte Geneviève, mon bon ange, et tous les saints et saintes, et par l'intercession de la sainte Église, de me pardonner et de détourner ses yeux de mes iniquités.
Je désire passer le reste de ma vie dans une véritable pénitence et douleur de mes péchés, et je désire et veux, avec les mêmes secours, que les derniers moments de ma vie soient remplis d'une véritable foi , d'une forte espérance et d'une parfaite charité , qui me fasse mourir pour l'amour, dans l'amour et par l'amour de Dieu seul, comme aussi dans une véritable charité pour mon prochain et anéantissement de moi-même.
Je demande et supplie l'infinie bonté de Jésus- Chrisl de ne me pas abandonner à l'heure de ma
mort, de mettre ses souffrances entre la justice de Dieu son Père, et mon jugement, et je supplie la bienheureuse Vierge de me présenter à son Fils, en ce jour si redoutable.
Je désire mourir munie de tous les sacrements.
Je demande, de tout mon cœur, pardon à ceux et celles que j'ai offensés, comme aussi je pardonne de toute mon affection.
Je demande aussi pardon à M. le président de Nesmond, mon très-cher gendre, et à ma très-chère fdle de toutes les peines que je leur ai données, comme aussi à mes très- chers frères et à toute ma famille.
Je supplie toutes mes chères et très-aiméfcs sœurs de notre communauté de Sainte-Geneviève de ne se point ressouvenir, et de me pardonner aussi toutes les peines que je leur ai données, tant en particulier qu'en général.
Munissant au dernier moment à la mort de mon Seigneur et mon Dieu, je lui fais le sacrifice de ma vie, et remets mon âme entre ses mains, et le supplie de la recevoir avec miséricorde; je lui offre par cette petite disposition une partie des biens qu'il m'a donnés.
Je veux que toutes chacunes de mes dettes soient payées, torts faits, si aucuns se trouvent, réparés.
Je désire que mon corps soit enterré dans le cimetière avec nos sœurs, et tout comme elles, sans autre cérémonie, sans tenture que ce que l'on a
accoutumé de mettre à la porte de la communauté, marqué dans nos constitutions, les chandeliers de bois et pas plus de luminaire, et une bière de bois, et portée par des pauvres de la paroisse, vraiment pauvres, à qui l'on donnera de quoi s'habiller, comme aussi aux enfants pauvres qui porteront les chandeliers et flambeaux ; ils seront de la paroisse.
L'on dira trois annuels, pendant trois ans; c'està-dire une messe chaque jour, à notre chapelle de Saint-Nicolas, à l'heure que nos sœurs vont à l'église pour l'entendre, pour demander pardon à Dieu, par ce saint sacrifice, de tous mes péchés, et surtout du peu de fidélité à ses grâces, et pour réparer tous mes manquements à l'égard du très-saint Sacrement.
Je supplie MM. de la communauté de Saint- Nicolas de dire pour le repos de mon âme , et aussi pour toutes celles qui sont en ^purgatoire , mille messes; ma fille leur donnera mille livres; je remercie cette sainte communauté des bontés quelle a toujours eues pour moi; je la supplie de les continuer à nos chères sœurs de Sainte -Geneviève, et je lui demande de se souvenir de mes misères devant Dieu.
Je donne à ladite communauté de Saint-Nicolas quinze cents livres pour la bourse cléricale; ma fille en paiera la rente autant qu'elle voudra.
Je donne à nos pauvres honteux de notre paroisse cinq cents livres pour être distribuées en lits, pour
séparer les enfants et pour faire travailler quelquesuns, et pour avoir quelques chemises, el du pain et habits. Je donne encore pour cela cinq cents livres; ces deux articles se distribueront selon Taxi- de M. le curé et de ma fille; petit à petit selon la nécessité présente, les cinq cents livres après ma mort.
Je donne à nos pauvres malades trois cents livres une fois payées.
Je donne à l'œuvre de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, notre paroisse, six mille livres, pour lui aider à rembourser les religieuses ursulines de Sainte-Avoie, auxquelles l'Œuvre doit douze mille livres par contrat, en date de juillet 1666, auquel contrat je me suis obligée par un écrit particulier, passé et reconnu par Simonet, notaire, et ledit écrit est. demeuré entre les mains des susdites religieuses, pour sûreté de leur dû, sans quoi elles n'auraient point prêté cette somme, qui était absolument nécessaire pour achever l'église, qui aurait péri sans cela, et Ton ne délivrera point le présent legs de -i\ mille livres, que l'on ne retire mon écrit desdites religieuses.
Je donne au grand Hôpital quatre cents livres, et ;m Refuge trois cents livres, et aux Enfants -Trouvés trois cents livres
Je donne à M" Chevalier, pour lea pauvres des provinces, trois cents livres, el pour la collation de L'Hôtel -Dieu cent cinquante li\ res,
Je donne ;i nos chére> Meurs de la Chanté, \ i>-à-
vis Saint-Lazare, trois cents livres; je les estime et respecte leur humilité et charité.
Je donne à la communauté des Missions-Étrangères, pour les missions, soixante- quinze livres de rente rachetable , quand ma fille voudra de quinze cents livres; j'aime et respecte cette OEuvre.
Je donne à l'Avé -Maria, aux filles de la Madeleine et aux Capucines, cinquante livres à chacun de ces trois couvents , pour avoir part à leurs prières ; je voudrais pouvoir leur donner davantage.
Je donne pour les pauvres prisonniers deux cents livres; ma chère fille fera cette charité par elle-même, s'il lui plaît.
Je donne à nos sœurs de la communauté des filles de Sainte-Geneviève, pour aider à l'apothicairerie, cent livres de rente rachetable de deux mille livres; je prie ma fille de ne pas racheter cette petite rente de longtemps.
Je donne encore à nos susdites sœurs cinquante livres de rente , pour aider à la retraite des pauvres de Noël ; je voudrais bien en fonder une au moins, mais je n'oserais tant charger ma chère fille.
Je donne encore à la susdite communauté cinquante livres de rente, pour aider à faire subsister la chambre de travail de notre paroisse; je n'oserais, par la même raison que dessus, leur donner davantage.
Je prie instamment ma très -chère fille d'avoir
soin, autant qu'elle pourra, de ces trois Œuvres cidessus, qui me sont très-chères, parce que Dieu en est honoré, et le prochain aidé spirituellement et temporellement.
Je donne à nos très -chères sœurs de la Providence de Dieu, faubourg Saint -Marceau, soixantequinze livres de rente rachetable de quinze cents livres; je les estime beaucoup pour le bien, et negrand bien qu'elles font; je les prie de prier Dieu pour moi , et leur demande pardon du mauvais exemple que je leur ai donné, et de la peine que je leur ai aussi donnée, soit en général et en particulier; je les conjure, par Jésus-Christ, de demeurer toujours vives et appliquées à l'œuvre que Dieu leur a commis, qui est très -grand pour la gloire de Dieu.
J'ai oublié de prier ma tille, dans le commencement de ce testament , de me faire la charité de distribuer mille messes, où elle jugera à propos, et cela le plus tôt qu'elle pourra après ma mort: elle en donnera à la Providence et aux religieuses ursulines, qui n'ont point de messes, et à des chics de mon frère de Pu mon en Poitou, qui sont pauvres.
Je donne au cocher qui sera à moi lors de ma mort, autant de fois cinquante francs qu'il y aura d'années qu'il sera à mon service, et autant à mon laquais; et, au lieu de les habiller de deuil, l'on leur donnera cent livres chacun , cela leur sera plus utile.
J'ai déjà donné et je donne encore, autant que besoin serait, par ce présent testament, tous mes meubles meublants , linges qui sont et seront dans la communauté , et qui sont en petite quantité , excepté quelques tableaux que je pourrai donner.
Je supplie cette très -chère communauté, que j'aime tendrement, de demander à Dieu qull me fasse miséricorde, et me pardonne toutes mes négligences; si Dieu me fait la grâce de le posséder, je le prierai pour elles en général et en particulier; je les supplie d'offrir à Dieu leurs prières et bonnes œuvres, pour satisfaire à ce que je n'ai pas fait, ou que je n'ai fait que négligemment; je prie cette chère communauté de demeurer toujours dans l'esprit d'une véritable et parfaite charité et union entre elles , comme elles sont, s'il se peut; quand elles seront bien unies, le monde et l'enfer ne leur pourra nuire, surtout si cette vertu est accompagnée d'une vraie humilité et amour de l'anéantissement; si elles veulent s'élever et paraître, il est à craindre que Dieu ne retire ses grâces , qu'il a versées avec tant d'abondance. Je les prie , par toute la tendresse de mon cœur, d'être fidèles à leurs constitutions et exercices journaliers , surtout à l'oraison; je leur recommande l'obéissance, sans quoi elles ne peuvent être agréables à Dieu , et je les assure qu'elle est l'âme de la communauté, sans quoi elle ne peut subsister : la charité est l'esprit qui doit animer cette communauté, elle en est la source et le fondement. Je les supplie de reprendre de nouvelles
forces en Dieu après ma mort , pour mieux faire que pendant ma vie; ce que je dis pour les animer, parce que j'ai tout sujet de me louer d'elles; je les supplie encore d'entretenir toutes les fins de cette communauté, autant qu'elles pourront; si elles ne peuvent pas tout faire pour panser les pauvres, et pour les retraites des pauvres, au moins qu'elles le fassent un peu sans discontinuer, Dieu leur donnera grâce dans la suite de pouvoir faire plus; je les conjure d'avoir toujours grande affection pour les écoles, qui font des biens que l'on ne saurait exprimer, lorsqu'elles sont faites aussi chrétiennement que l'on les fait à la communauté. Elles n'oublieront pas aussi d'être dans la disposition d'aller à la campagne, lorsque l'on le jugera à propos; c'est un grand bien. Enfin, mes très -chères sœurs, soyez fidèles à Dieu, et il ne vous manquera pas, il vous donnera ses bénédictions en abondance; c'est dont je le supplie instamment; je les prie de ne point cesser d'être fidèles à aller à la paroisse, et de donner tout l'exemple possible.
Je supplie M. le président de Nesmond et ma trèsch< re fille d'avoir toujours de la bonté pour cette chère communauté, de L'aimer et de la servir eo toute rencontre, les aidant de leurs avis et protection, même de le- secourir pour le temporel , si elles en ont besoin, et de leur payer les rentes que je pourrai leur devoir du reste de ce que je leut ai donné; cette bonne œuvre attirera de grandes hé-
nédi< lions BUT l'un et sur l'autre; je les conjure de In
regarder comme leur communauté où l'on offrira à Dieu ties vœux continuels pour eux.
Je prie M. le président de Nesmond, mon trèscher gendre et ma très -chère fille, d'exécuter ce présent testament, les nommant pour cet effet; je les prie d'avoir ces dispositions agréables et de me faire cette dernière charité avec la même affection et amour de cœur qu'ils m'ont toujours témoigné pendant ma vie; ce que faisant, comme je l'espère de leur amitié et vertu, ils en auront la récompense et de grandes bénédictions de Dieu, que je leur souhaite abondantes; ils savent que ce bien n'est pas perdu pour eux, et, au contraire, qu'il leur profitera pour l'autre vie, et même pour celle-ci.
Je ne puis m 'empêcher de témoigner ma reconnaissance à Dieu de m'avoir donné M. le président de Nesmond pour gendre , qui a eu pour moi toutes les bontés au delà de tout ce que j'aurais pu souhaiter; je l'en remercie de tout mon cœur.
Pour ma très -chère et unique fille, je n'ai jamais reçu aucun mécontentement d'elle, mais, au contraire, une sincère amitié, complaisance, cherchant toujours ce qui me pouvait plaire; je ne finirais pas si je disais tout ce que je sens : je prie Dieu de tout mon cœur qu'il le leur rende à l'un et à l'autre en ce monde et en l'autre vie, et je demande à Dieu mille et mille bénédictions pour eux , et je les lui demanderai sans cesse, s'il me fait miséricorde; je leur donne ma bénédiction de toute l'étendue de mon âme.
Je ne dis rien à ma chère fille de ce qu'elle a à
faire pour sa conduite, soit pour le spirituel ou pour le temporel, Dieu lui a fait faire pour l'un et pour l'autre tout ce que l'on pourrait souhaiter; je prie la divine bonté de lui continuer ses grâces, et je la prie d'être toujours fidèle à Dieu , comme Dieu lui a fait la grâce d'être toujours jusqu'à présent, et cette fidélité lui obtiendra les grâces nécessaires pour persévérer et augmenter pour le spirituel; je la prie de prier Dieu pour moi ; je le ferai pour elle , si je suis trouvée digne de miséricorde. Je supplie mes très-chers frères de me pardonner toutes les fautes que j'ai faites à leur égard; je leur en demande de tout mon cœur pardon; je les assure que je mourrai remplie dune sincère amitié pour eux deux , puisque je l'ai toujours eue pendant ma vie, et, par cette même tendresse d'affection et d'amitié, je leur demande de s'occuper sérieusement de leur salut, puisqu'ils rendront à Dieu un compte très-exact, à l'heure de leur mort, de toute leur vie ; c'est la plus grande et la plus importante de toutes leurs affaires; je les supplie de prendre tous les jours un quart d'heure pour penser à cette terrible affaire de bien mourir; l'âme leur doit être plus chère que le corps, et l'éternité plus que cette vie, Je les remercie de toutes les bontés qu'ils ont eues pour moi; je prierai le Seigneur pour eux, s'il a pitié de moi. Je les conjure de vivre dans une parfaite intelligence et amitié ensemble, et avec M. le président de Nesmond et ma chère tille, avec mes nièces et De veux, que j'aime aussi très- tendrement ,
et à qui je souhaite tous biens temporels, mais bien plus les éternels; ce qui passe n'est pas considérable. Je leur demande ce que je demande ci -dessus à mes chers frères.
Ma chère fille trouvera dans un mémoire plusieurs choses que je dois; je la prie de payer, s'il n'est point déchargé à côté de chaque article.
Je supplie le Seigneur d'avoir agréables ces dispositions, pour sa gloire et mon salut, et celui de M. de Nesmond et de ma fille, et de toute la famille morte et vivante; je les offre à Dieu à cette intention. Je fais mes excuses à ma chère fille, si je ne lui laisse pas grand'chose; si elle avait eu famille, j'aurais eu des considérations; mais Dieu ne lui en ayant point donné, j'ai cru qu'elle ne les désapprouverait pas, et que Dieu demandait cela de moi, tant pour ces petites dispositions que pour ce que j'ai fait pendant ma vie.
Je renonce à tous autres testaments et dernières volontés, désirant que ce soit celui-ci qui ait lieu, et je me rapporte de toutes choses à ma chère fille, ma volonté étant la sienne; je sais qu'elle m'aime.
Fait à Goubron, ce 1er août 1688.
Ainsi signé : Marie Bonneau de Miramion.
Et plus bas est écrit, signé et paraphé, suivant l'acte de dépôt de ce jourd'hui, 2 janvier 1687.
Signé : Marie de Beauharnais de Nesmond , et Torinon.