‹ Madame de Charrière et ses amis d'après de nombreux documents inéditsChapitre 6 sur 70 · AVANT-PROPOS XI · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS XI

neuchâtelois et suisses. C'est pour eux que nous avons multiplié les traits d'histoire et de vie locales. Il le fallait, si nous voulions faire œuvre vraiment utile, en sauvant de la destruction ou de l'oubli une foule de renseignements, de traditions, d'anecdotes qui ont leur prix pour ceux qu'ils concernent directement.

Ainsi compris, notre ouvrage paraîtra terriblement touffu aux lecteurs étrangers : c'est d'eux surtout que nous attendons cette bienveillance qui incline le lecteur à entrer patiemment dans la pensée et les intentions de l'écrivain. Mais nous ne croyons pas avoir mis dans ces pages un seul détail, une seule miette d'histoire qui n'ait de valeur pour personne. Que chacun veuille bien y chercher ce qui devra lui plaire et l'instruire.

Enfin, nous nous rassurons en songeant que cet ouvrage est celui de Mme de Charrière elle-même : c'est elle qui va raconter sa vie, peindre son entourage, évoquer son temps, puisque ses lettres — la plupart inédites — forment la trame de notre récit.

Et quelles lettres ! — Le lecteur dira s'il est possible de rencontrer un esprit plus vif, plus indépendant et plus ferme, une distinction plus rare, un charme de naturel plus séduisant. Peut-être jugera-t-il avec nous que Mme de Charrière mériterait d'occuper une place à part dans la galerie des femmes célèbres du i8me siècle et parmi les étrangers qui ont le mieux écrit notre langue. Celle-ci était alors répandue partout où régnait quelque politesse ; la France portait dans toute l'Europe, sur les ailes de la prose de Voltaire, son esprit, ses idées et son sourire ; et les pays voisins lui restituaient parfois, dans des œuvres originales et neuves, une part de ce qu'ils avaient reçu d'elle. Les écrits de Mmc de Charrière attestent cette « universalité » de notre langue, cette expansion de la culture française hors de France. Il nous plaît de mettre, une fois de plus, ce phénomène en lumière, et d'ériger en même temps, à l'occasion du centième anniversaire de sa mort, un monument à celle qui, Hollandaise par sa naissance et Suisse par son ma-

riage, fut si Française par la langue et largement humaine par l'étendue de son libre esprit.

Yoëns, près Neuchàtel, septembre igo5.

Philippe Godet.

Nous devons au lecteur un certain nombre d'explications et de renseignements. Et d'abord, il nous a été impossible d'indiquer, pour chaque document cité, s'il est inédit ou s'il a été déjà utilisé par Sainte-Beuve, Gaullieur ou d'autres. Il eût fallu pour cela hérisser notre livre de notes qui rebuteraient le lecteur et dont la rédaction eût été difficile, car bon nombre des lettres que nous réimprimons sont inédites en ce sens, que nous en restituons le texte authentique, librement modifié par nos prédécesseurs. Nous parlons ici des lettres de M"" de Charrière insérées par Gaullieur dans la Revue Suisse, la Bibliothèque universelle et de celles de Benjamin Constant citées par Sainte-Beuve dans la Revue des Deux Mondes. En outre, si la plupart des documents que nous publions sont inédits, il en est, dans le nombre, que nous avons déjà utilisés en tout ou partie pour des articles de revue. Indiquer tout ce détail serait vraiment aussi superflu et fastidieux que compliqué. Il suffit de dire que la part faite aux documents nouveaux demeure de beaucoup la plus considérable.

Nous avons unifié sans scrupule et modernisé les orthographes diverses où se jouait la libre fantaisie d'autrefois; si le pittoresque y perd un peu, la lecture en est rendue moins fatigante.

Il nous reste à adresser des remerciements spéciaux à notre collègue M. Ch. Robert, professeur à la faculté des lettres de Neuchàtel, et à M. Gaspard Vallette, notre confrère de Genève : ces deux amis ont pris la peine de relire tout notre manuscrit et nous ont suggéré nombre de retouches. Nous exprimons aussi notre gratitude à M. Eugène Burnand, peintre, qui a bien voulu nous donner aide et conseils pour l'illustration de l'ouvrage.

Il importe, à ce propos, de prévenir le lecteur que notre intention n'a pas été de donner à ce livre une valeur proprement artistique : comme on peut s'en convaincre au premier coup d'ceil, nous avons dû nous interdire toute velléité de luxe dans l'impression du texte et l'exécution des gravures ; c'est l'intérêt documentaire de l'ouvrage qui nous a surtout préoccupé, et nous avons cherché, l'éditeur et moi, à l'offrir au public sous une forme convenable et simple.

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