CHAPITRE TROISIÈME
calomnié , outragé , menacé ; il ne savait pas si quelque officier des gardes, ou quelqu'un des insensés que tenait dans ses mains Mme Chevreuse, ne lui réservait pas le sort du maréchal d'Ancre. A la fin du mois de juin, dans une lettre à son ami le cardinal Bichy, il lui parle comme il se parle à lui-même dans les carnets. « Chacun voit, dit-il, que je n'épargne aucune fatigue, et que cette couronne n'a pas de serviteur plus zélé, plus fidèle, plus désintéressé; et pourtant je songe toujours à retourner dans mon pays, quand je pourrai le faire sans me manquer à moi-même, à mes devoirs et à la France; car, bien que tous mes desseins soient bons, bien que je me rende ce témoignage que je n'en ai pas un qui n'ait pour objet la gloire de Sa Majesté , je ne laisse pas de rencontrer mille oppositions et d'en prévoir de plus grandes encore dans l'avenir, les Français n'ayant point de sérieux attachement à l'intérêt de l'État, et prenant en aversion tous ceux qui le mettent audessus des intérêts particuliers. Aussi, je le confie à Votre Éminence, je passe la vie la plus malheureuse, et sans la bonté de la reine, qui me donne mille preuves d'affection, je n'y tiendrois pas1. »
Rien n'était changé à la fin de juillet et dans les premiers jours du mois d'août 1643, ou plutôt tout s'était aggravé ; la violence des Importants
1. Bibliothèque Mazarine, Lettres italiennes de Mazarin, fol. 181 : « 30 giugno 1643. »
croissait chaque jour; la reine défendait son ministre, mais elle ménageait aussi ses ennemis ; elle hésitait à prendre l'attitude décidée que lui demandait Mazarin , non-seulement dans son intérêt particulier, mais dans celui du gouvernement. Tout à coup un incident, fort insignifiant en apparence, mais qui grandit peu à peu, fit éclater la crise inévitable, força la reine à se déclarer et M",e de Ghevreuse à s'enfoncer davantage dans l'entreprise funeste qui déjà était entrée dans sa pensée : nous voulons parler de la querelle de Mmc 'de Montbazon et de Mmo de Longueville.
Nous avons ailleurs raconté en détail 1 cette querelle, et l'on connaît l'une et l'autre dame. Rappelons seulement que la duchesse de Montbazon, par son mariage avec le père de Mme de Ghevreuse , se trouvait la belle-mère de Marie de Rohan , quoiqu'elle fût plus jeune qu'elle, que le duc de Beaufort lui était publiquement une sorte de cavalier servant, que le duc de Guise lui faisait une cour très-bien accueillie , et qu'ainsi de tous côtés elle appartenait aux Importants. Parmi ses nombreux amants , elle avait compté le duc de Longueville, qu'elle aurait bien voulu retenir, et qui venait de lui échapper en épousant Mllu de Bourbon. Ge mariage avait fort irrité la vaine et intéressée duchesse; elle détestait
4. Voyez la jeunesse de Mmf>- de longueville , cfcap» tu, p. 225, etc.