CHAPITRE PREMIER
n'est déjà pas assez beau dans cette affaire pour se complaire à l'enlaidir encore. Mme de Chevreuse, il est vrai, se trouva mal en apprenant la nouvelle de l'assassinat de Buckingham. Rien de plus naturel : elle perdait en lui un ami éprouvé, le confident de ses premières amours, le chef et l'espoir des ennemis de Richelieu. Aux propos hasardés de Retz, il faut opposer le récit clair et bien lié de La Rochefoucauld, surtout le silence de Tallemant, qui n'aurait pas manqué d'ajouter ce trait à sa chronique scandaleuse1, s'il en avait jamais entendu parler. Ainsi, sans avoir la prétention de voir clair en de pareilles choses, surtout après deux siècles, mais en suivant nos habitudes de n'admettre rien que sur des témoignages certains, nous inclinons à penser qu'on doit rayer le duc de Buckingham de la liste, encore bien nombreuse, des amants de Mme de Ghevreuse, et qu'au beau comte de Holland a succédé immédiatement le beau Ghalais dans le cœur de la belle duchesse.
Sans faire de la conspiration de Chalais, comme le veut Richelieu, « la plus effroyable conspiration dont jamais les histoires aient fait mention 2 », on ne peut se refuser à admettre qu'elle n'était pas si peu de chose que l'a dit Chalais, tremblant pour sa tête. La cour de Monsieur était déjà un foyer d'intrigues