CHAPITRE QUATRIEME
août 1643.
Conspiration de Mme de Chevreuse et de Beaufort contre Mazarin. — La Rochefoucauld et Retz nient cette conspiration. — Plan et détails de toute l'affaire d'après les carnets et les lettres du cardinal, et les mémoires d'Henri de Campion.
Ne nous étonnons pas trop d'une semblable entreprise de la part de deux femmes et d'un petit-fils de Henri IV. A cette grande époque de notre histoire, entre la Ligue et la Fronde , l'énergie et la force étaient les traits distinctifs de l'aristocratie française. La vie de cour et une molle opulence ne l'avaient pas encore énervée. Tout alors était extrême, le vice comme la vertu. On attaquait et l'on se défendait avec les mêmes armes. On avait massacré le maréchal d'Ancre; plus d'une fois on avait voulu assassiner Richelieu ; lui, de son côté, ne se faisait pas faute de dresser des échafauds. La condamnation du maréchal de Marillac sans preuves sérieuses, son procès instruit à Ruel même, sous les yeux du cardinal, et son impitoyable exécution en place de Grève, est-ce donc là autre chose qu'un coup de main juridique? Corneille exprime ces mœurs du temps. Son Emilie entre aussi dans un assassinat, et elle n'est pas
moins représentée comme une parfaite héroïne. MlnCde Chevreuse était depuis longtemps accoutumée aux conspirations ; elle était audacieuse et sans scrupule ; elle ne s'était pas entourée de Beaupuis, de Saint- Ybar, de Varicarville, de Gampion, pour passer son temps en discours inutiles. Elle n'était pas restée étrangère aux desseins qu'ils avaient autrefois tramés contre Richelieu; en 1643, elle fomenta, comme nous l'avons vu, leur exaltation et leur dévouement; et c'est avec raison, selon nous, que Mazarin lui attribue la première pensée du projet que devait accomplir Beaufort.
Bien entendu, les Importants et leurs héritiers les Frondeurs nient ce projet et le donnent pour une invention du cardinal. Ce point est de la dernière importance et mérite un sérieux examen. Gomme cette conspiration, imaginaire ou réelle, a décidé entre Mme de Chevreuse et Mazarin, l'histoire, à moins de s'arrêter à la figure extérieure des événements et de consentir à ignorer leurs ressorts véritables, est tenue de rechercher avec soin si Mazarin doit en effet toute sa carrière et le grand avenir qui s'ouvrit alors devant lui à un mensonge habilement imaginé et audacieusement soutenu ; ou si c'est M""' de Chevreuse et les Importants qui, après avoir tout essayé contre lui, et, en voulant le détruire à main armée, se sont eux-mêmes détruits et ont été les instruments de son triomphe. Pour nous, nous sommes con-