CHAPITRE QUATRIEME
la France, afin qu'i^fût légalement jugé. Non-seulement il en fit faire la demande officielle par M. de Grémonville, alors accrédité auprès du saint-siége, mais il en écrivit lui-même à tout ce qu'il avait d'amis sûrs, au cardinal Grimaldi, à son beau-frère Vincent Martinozzi, à Paul Macarani, à Zongo Ondedei 1 ; il les presse de faire tout ce qui sera en eu\ pour obtenir l'extradition de Beaupuis ; il leur suggère les raisons les plus fortes, qu'il les charge de faire valoir auprès du saint -père : que Beaupuis était le principal confident de Beaufort, qu'il était le lien entre Beaufort et les autres accusés; que ce lien supprimé, la justice ne peut plus avoir son cours ; qu'il s'agit d'un crime qui doit particulièrement toucher le sacré collège et le saint-père, un assassinat tenté sur la personne d'un cardinal ; que c'est la reine elle-même qui réclame Beaupuis ; qu'il est question d'un de ses domestiques, Beaupuis étant enseigne dans une compagnie des gardes à cheval, emploi de confiance , qui oblige à un surcroît de fidélité ; que Beaupuis ne sera pas livré à ses ennemis, comme on le prétendait , mais au parlement , dont l'indépen-
1. Lettres italiennes de Mazarin,\. I, lettre à Ondedei, du 25 mars 1645, fol. 226, verso; ibid., lettre du 8 mai à Vincenzo Martinozzi, fol. 240, verso; ibid., lettre du 26 mai à Paolo Macarani, fol. 246; ibid.y lettre du 2 juin au cardinal Grimaldi, fol. 248; ibid., lettre à Ondedei, du même jour; ibid., lettre au cardinal Grimaldi, du 15 juillet, et à Ondedei, du 5 septembre; au cardinal Grimaldi, 2 juin 1645, fol. 248; à Ondedei, 2 juin 1645; au cardinal Grimaldi, 15 juillet 1645; à Ondedei, 5 septembre 1645. Voyez I'Appendice.
dance était bien connue. Le pape ne put d'abord s'empêcher, au moins pour la forme, de faire mettre Beaupuis au château Saint-Ange. Mais on l'en fit bientôt sortir, et on lui donna un logement particulier où il pouvait recevoir à peu près tout le monde. Mazarin se plaint très vivement d'une telle indulgence. «On s'arrange, dit-il, pour qu'au besoin il puisse s'échapper, ou bien on fournit au duc de Vendôme toute facilité de le faire empoisonner, afin qu'avec Beaupuis soit anéantie la principale preuve de la trahison de son fils. Si tout cela se passoit en Barbarie, on en seroit indigné. Et cela se passe à Borne, dans la capitale de la chrétienté, sous les yeux et par l'ordre d'un pape! » Mazarin avait envoyé à Borne un agent dévoué, nommé Gueffier, qui devait recevoir Beaupuis des mains du saint-père, et prendre tous les moyens imaginables pour ne pas se laisser enlever son prisonnier sur la route de Borne à Civita-Vecchia, le mettre sur un vaisseau français et le conduire en France. Il va même jusqu'à menacer les protecteurs de Beaupuis de la vengeance du jeune roi, « qui, pour n'avoir que sept ans, n'en a pas moins les bras fort longs. » Mazarin ne cessa ses poursuites qu'à la fin de l'année 1645, lorsqu'il eut bien reconnu que le nouveau pape, Innocent X, qui avait succédé à Urbain YIII , le cardinal-neveu Pamphile et le secrétaire d'État Pancirolle, appartenaient entièrement au parti espagnol, et que la France n'avait