CHAPITRE QUATRIÈME
lement n'ayant pas abouti faute de preuves , Cam- |)ion n'imaginait pas que Mazarin eût jamais su « les circonstances du complot , ni ceux qui en savoient le fond et qui y étoient employés. » 11 dit aussi « qu'à présent que le cardinal est mort il n'y a plus à craindre de nuire à personne en disant les choses comme elles sont. » Il ne se défend donc pas ; il se croit à l'abri de toute recherche, il écrit seulement pour soulager sa conscience. Or, ce qu'il dit, c'est précisément, sans qu'il s'en doute, ce que Mazarin, de son côté , avait tiré de ses diverses informations. Nous avons vu quelle importance Mazarin attachait à l'arrestation d'Avancourt et de Brassy, et quel art il mit à répandre le bruit que dans leurs interrogatoires ils ne disaient rien, pour ôter toute inquiétude à ceux qu'ils auraient pu compromettre, et par là les attirer à Paris, où ils n'auraient pas manqué d'être pris. Henri de Campion nous apprend qu'il s'agit ici particulièrement de lui, et il semble qu'il traduise en français l'un des passages italiens des carnets : « On mena , dit-il , à la Bastille Avancourt et Brassy, où ils déposèrent que je les avois fait assembler plusieurs fois , de la part du duc de Beaufort , pour les intérêts de Mme de Montbazon , à ce que je leur avois dit. Gela ne donnoit pas motif d'interroger le duc, puisqu'ils avouoient qu'il ne leur avoit pas parlé ; ainsi il n'eût pas manqué de nier d'avoir donné les ordres que je leur avois portés de sa part ; on
196 LA DUCHESSE DE CllEVREUSE.
connut alors que l'on ne pou voit travailler à son procès avant de me prendre, afin de trouver matière à l'interroger d'après mes propres dépositions, et de nous si bien embarrasser tous deux que l'on pût découvrir la trace de l'affaire. La preuve de cette conspiration importoit essentiellement au cardinal , qui, ne faisant que de s'établir dans le gouvernement et affectant de le faire par la douceur, a voit été assez malheureux d'être contraint, en débutant, de faire une violence contre un des plus grands du royaume, pour son intérêt particulier, sans qu'il parût une conviction qui l'obligeât à traiter le duc avec cette rigueur. Le cardinal , désespéré de ne pouvoir persuader les autres de ce dont il étoit entièrement assuré, a voit un grand désir de m' avoir entre ses mains. Il jugea néanmoins qu'il falloit me donner le temps de me rassurer afin de me prendre avec plus de facilité. » Nous pourrions ajouter à tout cela qu'Henri de Campion , recherché et serré de près dans sa retraite d'Ane chez le duc de Vendôme, s' étant enfui de France et ayant été retrouver à Rome son ami le comte de Beaupuis, rend compte des efforts opiniâtres que fit Mazarin pour obtenir l'extradition de celui-ci , la résistance du pape Innocent X , les égards qu'on eut pour Beaupuis lorsqu'on fut bien forcé de le mettre au château Saint-Ange ; toutes choses qui, se rencontrant également dans les carnets et les lettres de Mazarin et dans les mémoires d'Henri de Gampion, mettent hors de