Mémoires, t. III, p
château de Dampierre, fut réduite à aller chercher un asile sur une terre étrangère. Aussi, dit Richelieu, « elle fut transportée de fureur. » Elle s'emporta jusqu'à dire « qu'on ne la connoissoit pas, qu'on pensoit qu'elle n'avoit d'esprit qu'à des coquetteries, qu'elle feroit bien voir, avec le temps, qu'elle étoit bonne à autre chose, qu'il n'y avoit rien qu'elle ne fît pour se venger, et qu'elle s'abandonneroit plutôt à un soldat des gardes qu'elle ne tirât raison de ses ennemis. » Elle voulait aller en Angleterre, où elle était sûre de l'appui de Holland, de Buckingham et de Charles Ier lui-même. Cette permission ne lui fut pas accordée ; on voulait même l'enfermer, et son mari eut de la peine à obtenir qu'elle se retirât en Lorraine.
On sait qu'au lieu d'un refuge, elle y trouva le plus éclatant triomphe. Elle éblouit, séduisit, entraîna l'impétueux et aventureux Charles IV 1. Elle n'a pas été, comme le dit La Rochefoucauld et comme on l'a tant répété, la première cause des malheurs de ce prince; non : la vraie cause des malheurs de Charles IV était dans son caractère, dans son ambition présomptueuse, ouverte à toutes
1. Ici, et sur toute la première partie de la vie de Mme de Ghevreuse, nous renvoyons le lecteur à l'ouvrage de M. le comte d'Haussonville, Histoire de la réunion de la Lorraine à la France, avec notes, pièces justificatives et documents historiques entièrement inédits, ouvrage dont nous ferions un éloge plus étendu , si des juges bien compétents ne nous avaient prévenu, et mis en lumière le savoir, l'esprit et l'agrément qui brillent dans ce livre remarquable.