‹ Madame de Chevreuse et Madame de hautefortChapitre 158 sur 215 · Hauterire · texte numérisé non relu

Hauterire

240 APPENDICE. CHAPITRE Ie'.

le mieux qu'on put faire estoit de l'y faire revenir, mais qu'il n'oscroit en parler au Roy. Le cardinal lui tesmoigna approuver son advis, et dit qu'il en parleroit bien, mais qu'il falloit un peu attendre.

Le lendemain le dit garde des sceaux reparla encore de cette affaire au cardinal. Sur quoi le cardinal lui disant : Mais quelle sûreté Puylaurens pourroit-il donner de lui? Il lui respondit : elle consisteroit en deux choses, à marier Monsieur à une autre personne que la princesse de Lorraine, et à ce que Puylauiens espousat une des fdles du baron de Pontchasteau. Sur quoi le cardinal respondit que cette sûreté estoit bien maigre, et qu'il ne voudroit pas y penser de peur de donner le moindre ombrage au Roy, à qui il devoit tout.

Est à noter que le mesme jour le garde des sceaux dit au cardinal qu'il avait une prière à lui faire, qui estoit d'agréer que sa nièce de Chasteauneuf, qui avoit dix mille livres en fonds de terre et cinquante mille escus comptant, espousat quelqu'un de ses parens, tel qu'il voudroit, pour que par ce moyen il entrast en son alliance, et qu'il seroit très aise qu'il la voulût donner au fils du baron de Pontchasteau. Sur quoi le cardinal lui respondit qu'il se sentoit obligé de cette offre, mais qu'il feroit bien mieux de donner sa nièce à Leuville ou au fils de Mme de Vaucelas, comme il avoit ouï dire qu'il l'avoit projeté, qu'aussi bien le fils du baron de Pontchasteau estoit-il aucunement engagé avec la fille du baron de Quervenau. A cela le garde des sceaux répliqua que Leuville et cette fille se haïssoient, qu'il ne la vouloit point donner à son neveu de Vaucelas, et qu'il désiroit grandement cet honneur. Puis adjousta : Y a il contract ou articles passés entre le fils de Pontchasteau et la fille de Quervenau? Le cardinal respondit : Non. Sur quoi il dit : Il n'y a donc rien qui empesche cette affaire. Sur quoi le cardinal se voyant pressé lui dit : Je sçaurai de M. et de Mme de Pontchasteau comme cette affaire va.

Est à noter le discours que Leuville a fait à Roquemont allant en Italie, le priant de favoriser le sieur de Toiras ; ce que M. le premier * a sçu de Roquemont et Ta dit au Roy de qui je l'ai appris.

Est à noter que le garde des sceaux a fait cognoistre aux jésuites qu'il ne tenoit pas à lui qu'il ne les favorisast en l'affaire du collège du Mans, se déchargeant tacitement sur le cardinal; ce que j'ai appris du père Maillan.

Est à noter ce que Servien escrit que Toiras a dit ouvertement

1. Le premier président du Parlement était alors Nicolas Le Jay.

avoir sçu les résolutions portées par Gagnot, et qui plus est celles qu'un courrier porta à M. Servien pour faire avancer les régimens de Saulx et d'Aiguebonne ; ce qui fut fait pendant que le cardinal estoit encore en Brouage, sans qu'autres personnes en eussent cognoissance que le ministère.

Est à noter les paroles de mépris que le chevalier de Toiras a dites au jeune Bouthillier du Roy, ce qui tesmoigne l'impression qu'il y a en cette maison.

Est à noter la découverte qui a esté faite chez l'ambassadeur d'Espagne d'un homme qui doimoit des advis, laquelle est arrivée ainsi qu'il s'en suit. La Reyne envoya quérir Navas * et lui dit : Prenez garde à vous; je suis assurée qu'il y a quelqu'un chez vous qui advertit de ce qui s'y passe. Navas parla le soir à G. ( Châteauneuf ) et lui dit : Il n'y a que vous et moi qui ayons cognoissance des despesches; la Reyne m'a dit qu'on découvre ce qui se passe. G. l'assura de sa fidélité. La Reyne donna cet advis en un temps que le cardinal 2 avoit rapporté deux ou trois choses découvertes des malices de Mirabel 3, disant qu'elles estoient mandées par M. de Barrault; mais il se souvient qu'on pouvoit soubçonner qu'elles ne vinssent pas de si loin. Il disoit que M. de Barrault les découvroit en Espagne par un espion, mais la nature des choses pouvoit faire cognoistre que l'espion estoit en France, et de fait il a esté si bien soubçonné que la Reyne en a eu l'advis. Tels advis n'ont jamais esté rapportés au Roy que devant le garde des sceaux, le maréchal de Schomberg, et Bouthillier. Le secret du Roy, de Schomberg, de Bouthillier et du cardinal k sont à l'espreuve. L'affaire de Moyenvic fait cognoistre par expérience qui ne reçoit point île réplique que le garde des sceaux donne des advis d'importance à la Reyne. La conjecture tombe donc toute entière sur lui par la règle : semel malus semper presumitur.

« Desroches, neveu de Chanleci, a dit le 30 janvier 1633 à M. de Fossé qu'un nommé La Forest, maître d'hôtel de Puylaurens, qui fut tué au combat de Castelnaudary, a esté une partie de l'hiver passé à Paris et voyoit les nuits M. le garde de sceaux.

« M. de Guron m'a dit que M. de Lorraine lui a dit que lorsque le Roy

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