Sa sortie du royaume
vous sçaurois faire de remerciments assez dignes pour tant de grâces que je reçois de vous, je puis si bien répondre de ma reconnaissance que cette volonté justifie la confiance que j'ai en vous, et que j'ai témoignée fort particulièrement au sieur Boispille i; l'ayant chargé de vous faire entendre mes sentiments ainsi que vous m'avez fait sçavoir l'avoir agréable, ma plus forte passion estant de me monstrer par mes services ce que je vous supplie de croire que je serai toujours,
« Monsieur,
« Votre très humble et très affectionnée servante,
« M. DE ROHAN
« Mémoire 2 de ce que madame de Chevreuse a donné charge au sieur de Boispille de dire à Monseigneur le cardinal.
« Ce qui la fit résoudre à partir, après l'avis qu'elle reçut, ce fut qu'elle n'eut point de lettre de M. Du Dorât, et qu'elle fit réflexion sur les choses- dont M. d'Auxerre l'a voit enquise, et sur le mémoire qu'elle avoit vu 3 qui portoit sçavoir d'elle : s'il n'estoit pas vrai qu'elle avoit escrit pour empêcher M. le duc de Lorraine de quitter le service du Roy d'Espagne, et que si elle répondoit que non, comme l'on croyoit qu'elle feroit, qu'elle dispensast à l'avenir son Éminence de s'entremettre entre le Roy et elle, et que l'avouant il l'avoit bien tirée de plus grandes affaires, et que son Éminence lui demandoit cela comme son ami, sachant la chose assurément par lettres interceptées d'un courrier en Luxembourg, avec les paroles de M. le grand Maistre4 et ce qui se passa ensuite comme elle escrivit n'avoir promis ce que M. le grand Maistre avoit dit; la dite légation de MM. d'Auxerre et Du Dorât, et le dit avis, le tout mit son esprit dans les troubles que l'on peut juger, ayant peur que l'on crut qu'elle fut obligée ailleurs, ayant refusé de faire ce que mon dit seigneur de La Meilleraie désiroit. C'est donc ce qui l'étonna, disant avoir vécu, mesme s'estre corrigée de tou-
1. Les copies de Cclbert et le père Griffet qui les a suivies mettent partout Boispilé; mais dans ses lettres autographes conservées au Supplément français il écrit et signe toujours Boispille.
2. Manuscrits de Colbert, fol. 8; manque dans le Suppl. franc.
3. Le mémoire ou les instructions dressées par Richelieu lui-même pour interroger Mme de Chevreuse. Voyez chapitre 1er, p. 57.
4. Le maréchal La Meilleraye, grand maître de l'artillerie, qui vit à Tours Mme cle Chevreuse.
302 APPENDICE. CHAPITRE IIe.
tes choses, et étudiée pendant son séjour à Tours à ne rien faire particulièrement qui put déplaire à M. le cardinal, depuis l'obligation qu'elle lui avoit pour l'affaire de M. de Chasteauneuf ; voulant avec le temps et sa façon de vivre et comportement lui faire perdre entièrement le souvenir de cette action qu'elle avoit faite. Et après cela voyant qu'on s'enqueroit de choses à quoi elle n'avoit jamais pensé, et lui dire que l'on en avoit en main la vérité, cela lui fit imaginer que l'on la vouloit perdre. Voilà les points sur lesquels elle a fait toutes ces reflexions.
« Pour son retour elle le désire si fort, pourvu qu'elle ait les bonnes grâces de son Éminence, qu'elle ne conditionne point le lieu de sa retraite; ce sera où il lui plaira et pour faire tout ce qu'il lui commandera.
« Elle ne s'est obligée à rien du tout en Espagne ni en Angleterre; ne se trouvera pas qu'elle ait pris un teston fors les bonnes chères et traitements; et pour le témoigner, les dernières paroles que lui dit le Roy d'Espagne, furent de faire ses recommandations en Angleterre, et que si elle alloit en France, comme il espéroit, qu'elle assurast la Reyne sa bonne sœur de ses bonnes volontés qui ne diminueront point pour estre '...
« Elle supplie que son Éminence dise qu'elle a oublié cette créance du duc de Lorraine, disant que depuis l'avis que l'on en avoit eu il ne s'est pas trouvé tel , ou telle autre chose qu'il plaira à son Éminence, s'offrant de sa part qu'après son retour, si on le peut vérifier, qu'elle se soumet à punition2.
« Représenter qu'elle a escrit quatre fois d'Espagne , la première du fort de Sistam (?), première place de garnison d'Espagne; la seconde de Saragoce; la troisième de Madrid, et la dernière fois une lettre seule à Boispille du dit Madrid dont elle n'a reçu aucune nouvelle, et que le courrier, à qui elle avoit donné la dite dernière lettre, a dit à son retour l'avoir donnée au dit Boispille et lui en avoir demandé réponse, et celui-ci lui avoir répondu : nous ne faisons point de réponse en Espagne.
« Elle a parlé comme elle devoit en Espagne, et croit que c'est une des choses qui l'a le plus fait estimer du comte Duc, lequel, elle croit, n'aura pas rabatu de l'estime qu'il faisoit de son Éminence. Qu'à son