‹ Madame de Chevreuse et Madame de hautefortChapitre 183 sur 215 · Voir la lettre précédente · texte numérisé non relu

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3. Manuscrits de Colbert, fol. 27; manque dans le Sttppl. fane.

4. Manuscrits de Colbert, fol. 25. L'original, signé de Du Dorât et de Boispille est au Suppl. franc.

322 APPENDICE. CHAPITRE IIe.

revenir en France pour amender le passé par l'avenir, en découvrant tout ce qu'elle sçaura qui puisse servir au bien des affaires de Sa Majesté, ce qu'elle ne peut faire si elle n'est secourue dans la nécessité et incommodité où elle se trouve; son Éminence nous a mis entre les mains la somme de dix-huit mille livres pour donner moyen à la dite dame de s'en revenir et accomplir les bonnes intentions qu'elle a pour le service du Roy; laquelle somme de dix-huit mil livres nous promettons à son Éminence d'employer aux fins que dessus.

« Fait à Ruel ce 19 mai 1639.

« DU DORAT, BOISPILLE. »

26 mai 1639 à Cirque. M. le duc Charles de Lorraine à Mme de Chevreuse i.

« Madame, estant certain du dessin qu'a fait M. le cardinal de Richelieu de vous offrir toutes choses imaginables pour vous obliger de retourner en France, et aussitôt vous faire périr malheureusement, le marquis de Vil, qui a parlé à lui et à M. de Chavigny, vous en pourra rendre plus sçavante, comme l'ayant oui lui-même. Je l'attends à toute heure, et si je croyois pouvoir assez sur votre esprit pour vous divertir de prendre cette résolution, je m'en irois me jetter à vos pieds pour vous faire connoistre votre perte absolue, et vous convier, par tout ce qui vous peut estre au monde de plus cher, d'éviter ce malheur, trop cruel à toute la terre, mais à moi plus insupportable qu'à tout le reste du monde , vous protestant , Madame , que si ma perte pouvoit vous procurer votre repos , j'estimerois cette occasion très heureuse qui me la procureroit, et que rien autre me fait vous écrire ces lignes que votre seule conservation, estant pour jamais, Madame,

« Votre très affectionné serviteur,

« Ch. de Lorraine. »

« A Cirque, ce 26 mai 1639. »

1. Manuscrits de Colbert, fol. 27. Dans le Suppl. franc, est la copie de la main de Boispille.

5 juin 1639, Boispille à monseigneur le cardinal '.

« A MONSEIGNEUR

« Monseigneur,

« Je puis avec vérité assurer votre Éminence qu'estant ici de retour il y a aujourd'hui huit jours, j'y ai trouvé Mme de Chevreuse m'y attendant avec de grandes impatiences pour donner ordre à ses affaires, et y régler le jour de son départ. A l'heure même que je fus arrivé, elle le fut dire à la Reyne de la Grande-Bretagne pour demander congé ; laquelle, pour conclusion, lui dit qu'elle n'auroit point de vaisseau de quinze jours. Il fallut promettre ces quinze jours, et son partement fut arrêté au 13 de ce mois pour aller à Douvres s'embarquer, avec résolution même que nous avons prise ensemble, que s'il n'y avoit un vaisseau du Roy de la Grande-Bretagne, d'en prendre un marchand. Le lendemain Madame fit sa dépêche au Roy de la Grande-Bretagne, pour ses remerciements et son adieu; laquelle dépêche j'ai vue et estoit bien faite. Enfin, Monseigneur, tout est ainsi arrêté. (Elle) a écrit à monseigneur son mari lui envoyer carrosse et chevaux à Dieppe, et à M. Du Dorât l'y venir trouver. Nous sommes donc en cet état, et moi j'ai trouvé que de vérité elle doit plus que je ne croyois, ayant vécu toute cette année d'emprunt, n'ayant ■voulu prendre l'argent qu'on lui a offert pour s'acquitter, et a donné des pierreries en gage et nantissement. Elle vivoit contente en cette résolution jusques à hier au soir, qu'elle reçut la lettre de laquelle j'envoie copie à votre Éminence, la dite lettre écrite et signée de la main de celui qui l'écrit. Tout aussi tôt elle me fît chercher pour me la communiquer, et je la trouvai dans des peines extrêmes et des apréhensions non imaginables. Je lui ai dit toutes les raisons que je sçais et qu'elle même connoist parfaitement pour lui ôter ces inquiétudes. Ce faisant elle m'a dit que je lui faisois plaisir, et qu'elle même croyoit plutôt le bien que le mal. Toutefois, Monseigneur, ce pauvre esprit travaille tant que cela est pitoyable. A même temps que nous eûmes lu cette lettre ensemble, il arriva compagnie, entr'autres M. Digby qui fut cause qu'elle me laissa la lettre quelque temps entre les mains, laquelle secrètement je copiai promptement, et ai cru vous devoir faire promptement cette dépèche secrète et sans son sçu par cet homme exprès. Votre Éminence verra, comme

1. Manuscrits île Colbert, fol. 28. L'original est au Suppl. franc.

3U APPENDICE. CHAPITRE IIe.

celui qui écrit promet que le sieur de Ville la doit, ce semble, voir; c'est pourquoi elle a quelque opinion qu'il sera ici dans quatre ou cinq jours; qui fait que je n'ai pas voulu quitter, ni faire semblant d'avoir aucune alarme; car sans cela je fusse allé moi-même. Votre Éminence aura, s'il lui plaist, pitié de cet esprit à qui on donne tant de peines, lequel elle peut guérir et consoler si par charité et bonté elle avoit agréable de lui faire un mot de sa main, ou à moi me mander et commander ce qu'il lui plaira pour l'ôter de ces peines et inquiétudes, pour partir avec contentement : car quoi qu'elle soit entièrement résolue et assez courageusement pour son retour en France , nonobstant tous les autres écrits et avis, il lui est impossible de ne faire de grandes réflexions sur celui-ci si positif, ainsi que votre Éminence le verra. Si ce porteur est promptement dépêché, il sera ici bientôt de retour, et au temps qu'elle croit que le sieur de Ville y sera. Je détournerai plus facilement ces méchants et pernicieux conseils et avis, et votre Éminence fera un œuvre grandement charitable et officieux, et (elle) lui sera déplus en plus obligée.

« Pour les nouvelles d'ici, le Roy de la Grande-Bretagne est à présent à Neufchastel avec 20,000 hommes de pied et 3,000 chevaux et 10,000 volontaires qui se doivent rendre bientôt auprès de lui. C'est ce que j'entendis dire hier au soir à la Reyne à la promenade dans le parc de Saint-James, faisant ce rapport sur des lettres qu'elle venoit de recevoir. Elle dit aussi qu'elle prenoitbon augure, parce que quelqu'un s'estoit avancé vers les Écossois avec dix hommes de cheval, et en avoit fait fuir et battre trente, dont un fut tué; dit que M. le comte de Holand estoit entré jusques à dix mille en Ecosse, lui cinq ou six, et où il n'y avoit point de gens de guerre, et avoit trouvé force peuple à qui il avoit demandé s'ils vouloient estre rebelles à leur Roy, qui dirent que non, lui disant qu'ils avoient oui dire qu'il y avoit une déclaration du Roy qui leur avoit esté envoyée, qui leur estoit favorable, mais qu'il ne l'avoient point vue et que leurs généraux et principaux ne la leur faisoient voir, qui fit que le dit sieur de Holand, qui en avoit des copies, leur en donna. Ainsi je vis hier au soir qu'ils estoient en bonne espérance et plus contents que de coutume. L'on avoit dit ici que le général Leslie estoit tombé de cheval et fort blessé, mais j'ai appris qu'il se porte fort bien. L'on désire fort l'accommodement avec les Écossois.

« Au nom de Dieu, Monseigneur, que votre Éminence fasse quelque chose pour assurer encore ce pauvre esprit qui est en grandes peines;

car elle est résolue à s'en aller; et lui est impossible que dans cette résolution ces lettres et écrits ne l'inquiètent au dernier point. Cela estant, je ne fais aucun doute qu'elle ne parte le même jour qu'elle a résolu. Il se trouve encore des gens assez qui nourrissent ce mal. Tout cela est pour étonner un plus fort esprit que le sien, à quoi votre Eminence peut facilement remédier par sa bonté et charité, laquelle je supplie très humblement me faire l'honneur de me croire, Monseigneur,

« Votre très humble et très obéissant et fidèle servitenr,

« BOISPILLE.

« Londres, ce 5 juin 1639. <>

En marge est écrit ce qui suit :

« Souvenez- vous, s'il vous plaît , Monseigneur , que par les lettres que vous lui avez fait l'honneur de lui écrire, qui sont véritablement tontes pleines d'affection et de bonté, vous ne lui parlez point pour sa sûreté, laquelle elle demande à vous seul. Je ne le vous dis pas pour qu'elle m'aie témoigné s'arrêter, là-dessus, les choses estant comme je l'ai dit et représenté à votre Eminence avec vérité, mais je crois que si elle avoit agréable de lui en écrire un mot ou à moi, que ce seroit renverser tous ces avis passés et à venir. »

8 juin 1639. Billet du cardinal de Richelieu à Boispille *.

« Monsieur Du Dorât m'ayant fait sçavoir qu'il craint qu'on n'inquiète mal à propos l'esprit de madame de Chevreuse, en lui donnant des appréhensions qui n'ont point de fondement, ce billet est pour assurer le sieur de Boispille que madame de Chevreuse n'a rien à craindre en France, et qu'elle y aura toute sûreté, et si quelqu'un lui veut persuader le contraire, il la trompe méchamment.

« Ledit sieur de Boispille peut faire voir ce billet à madame de Chevreuse; à quoi j'ajoute ces trois mots de ma main, afin qu'elle en connoisse plustôt la vérité. »

1. Man crits de Cojbert, fol. 30; manque dans le SuppL franc.

326 APPENDICE. CHAPITRE IIe.

Londres, 9 juin 1639. Boispille à M. le cardinal de Richelieu l.

« A MONSEIGNEUR

« Monseigneur,

« Si je sçavois à qui m'adresser pour parler à votre Eminence, je ne serois si hardi que de l'importuner de mes lettres; elle me pardonnera donc , s'il lui plaît ; c'est pour lui faire sçavoir comme ledit sieur de Ville n'est point venu ici, et a fait sçavoir qu'il est resté malade à Bruxelles. Madame de Chevreuse ne laisse de croire qu'il y sera bientôt. Monsieur de Lorraine est aussi à Bruxelles. C'estoit hier le jour du courrier de Bruxelles ici, par lequel elle me vient d'avouer d'avoir reçu ces nouvelles sans autres. Elle me témoigne travailler autant que moi pour assurer ses peurs et se faire croire son entière assurance en France, en me disant ses raisons qu'elle oppose au contraire, et comme elle la doit prendre entière aux témoignages que votre Eminence lui a rendus de l'honneur de ses bonnes volontés. Elle a tenu fort secrète cette lettre, de laquelle j'ai envoyé copie par homme exprès à votre Eminence (qui n'est encore de retour), et parle de son partement comme si cela n'estoit, et toutes fois je vois bien qu'il y a quelque retardement dans son esprit, et qu'elle est bien aise que le grand vaisseau de guerre qu'on lui veut donner ici ne soit prêt de douze ou quinze jours, et moi je la presse pour en prendre de ceux des marchands qui donnent service. Elle en a communiqué avec Monsieur l'ambassadeur, auquel je n'ai point parlé de cette lettre et ne le ferai sans votre ordre et commandement ; lequel, à ce qu'elle me vient de dire, n'est pas d'avis qu'elle se mette dans un autre vaisseau pour éviter un bruit qui court qu'il y a des partis de Dunquerke pour l'arrêter et prendre. Voilà, Monseigneur, où j'en suis et me trouve bien empêché, mais au fonds je la trouve encore plus que moi. Je lui ai dit et représenté toutes les raisons que j'ai cru avoir convié le duc Charles à lui écrire ce qu'il a fait, qui n'est que pour l'empêcher de retourner, pour leurs intérêts particuliers, n'y ayant aucun fondement en sa lettre, de laquelle elle m'a dit qu'elle me donneroit l'original pour faire voir à votre Eminence s'il estoit nécessaire, qui commence : qu'il est certain que votre Eminence lui doit offrir toutes choses

1. Manuscrits de Colbert, fol. 31. L'original est au SuppL franc.

imaginables pour son retour et puis la faire périr. A cela elle incline de mon côté, mais la force de ce bel avis est que le sieur de Ville la doit voir, et c'est ce qu'elle souhaiteroit et que j'y sois présent. J'espère toujours, Monseigneur, que la bonté et générosité de votre Eminence, passera pardessus tout cela, et pardonnera toutes ces formalités ou si j'ose dire tendresses d'esprit où je crois qu'il n'y a que quelque temps à patienter. Cependant, je ne pairai rien. Monsieur Du Dorât aura un peu à attendre à Dieppe avec l'équipage et chevaux qu'il y aura menés.

« Pour les nouvelles d'ici, les Reynes continuent leurs visites, mais non si souvent, car il ne se passoit jour qu'elles ne se vissent, et quelquefois il s'en passe un et deux. Ils font ici courre le bruit qu'il y a eu quelque combat en Ecosse et qu'un de ceux qui a signé la rébellion a esté pris ; d'autres particularités et avantages du combat on en parle ; que le marquis d'Hamilton avoit pris un vaisseau où il y avoit quarante officiers suédois et autres qui venoient secourir les Ecossois. J'ai fait connoissance avec un homme qui doit sçavoir des nouvelles d'Ecosse qui ne croit point cela, joint qu'il y a cinq ou six jours que l'on a eu des nouvelles confirmées. Ils disent ici que si le Roy assiège Dunquerke qu'ils le secourront, et feroient de même si Calais estoit assiégé. Si j'avois pu en sçavoir davantage je l'aurois fait. Je supplie très humblement votre Eminence de me faire l'honneur de me croire,

« Monseigneur,

« Votre très humble, très obéissant et trèsfidèle serviteur,

« BOISPILLE.

« A Londres, ce jeudi au soir, 9 juin 1639. »

Addition à la lettre précédente I.

« Monseigneur,

« J'ai montré à madame de Chevreuse la dépèche que votre Eminence m'a fait l'honneur de me faire, de laquelle elle connoist fort bien l'écriture. Ce sont des continuations de vos bontés et charités, à quoi elle se sent obligée au dernier point. Elle ne sçait autre chose de ladite dépêche, et n'en ai parlé à âme vivante, non pas seulement à monsieur l'ambassadeur. »

i. N'est pas dans les copies des manuscrits de Colbert.

328 APPENDICE. CHAPITRE 11e.

13 juin 1639. Mme de Chevreuse à Du Dorât '.

« Je m'étonne que vous vous pleigniez que je ne vous aie pas écrit, l'autre ordinaire, la cause de mon retardement, que vous avez sçue par Boispille, et que vous ne sauriez trouver déraisonnable si vous voulez considérer toutes choses. Je suis toujours dans le même état que Boispille vous a écrit, attendant impatiemment la personne qu'il vous a mandée pour un entier éclaircissement, sans lequel je ne puis ni ne dois partir d'ici. J'espère le voir au premier jour et aussitôt je vous dépêcherai , et en toutes occasions je vous témoignerai que je suis absolument à vous. »

16 juin 1639. Boispille à monseigneur le cardinal de Richelieu -.

« A MONSEIGNEUR

« Monseigneur,

« J'ai pris la liberté d'écrire il y a huit jours à votre Émiuence pour lui dire que M. de Ville n'estoit point venu. Hier au soir Mme de Chevreuse eut nouvelle qu'il estoit en chemin, et il doit estre ici de jour en jour. Je l'y voudrois déjà. Je crois que ce ne sera pas un mal qu'elle le voye, ainsi que j'espère, Dieu aidant, faire entendre à votre Éminence sur le sujet de quelques paroles que ma dite dame me dit hier au soir. J'ai vu ce matin M. l'ambassadeur à qui j'ai dit quelque chose.

« Pour les nouvelles d'Ecosse l'on a rompu les accommodements, l'on ne parle plus que de se battre ; le Roy de la Grande-Bretagne s'avance avec ses forces en Ecosse où je crois qu'il est attendu.

« Dieu aidant, nous ne serons ici plus guère de temps; c'est de votre Éminence,

« Monseigneur,

« Le très humble, très obéissant et fidèle serviteur,

« Boispille.

« A Londres, ce 16 juin 1639. »

1. Manuscrits de Colbert, fol. 23. Au Suppl. franc, simple copie.

2, L'original est au Svppl, franc.

De Londres, ce 23 juin. Mémoire de Boispille pour monseigneur le

cardinal de Richelieu I.

« Pour faire voir à son Eminence. »

« La personne que nous attendons de Flandres n'est pas encore arrivée, quoiqu'il y a huit jours qu'il manda qu'il estoit parti. L'on l'a attendu hier et aujourd'hui avec l'ordinaire de Flandres qui n'est point aussi venu. Voici deux jours qu'il tarde. L'on dit que le temps a esté contraire pour le passage. L'on dit que le duc Charles continue à n'estre satisfait d'Espagne, même qu'en partant la dernière fois de Bruxelles il dit assez haut qu'il alloit rompre avec l'Infant cardinal. J'ai appris aujourd'hui que les cinq vaisseaux anglois, que les ennemis ont eus pour leur service, sont partis de Calais chargés d'hommes et d'argent, prêts à entrer dans la mer d'Angleterre ; que l'Infant cardinal attend ce secours avec impatience, ne pouvant mener ses gens à la guerre, parce qu'ils ne sont payés, et leur promet paiement de cet argent qu'ils attendent. L'on tient ici l'accommodement de l'Ecosse fort avancé. Monsieur Germain arriva hier au soir en cette ville qui donne cette assurance.

« Présentement les deux Reynes sont ensemble à Saint-James au sermon et à une procession du saint Sacrement qui s'y fait, où l'on dit que monsieur d'Angoulème officie.

*' Cedit jour, 23 juin, à 5 heures du soir. »

23 juin 1639. Boispille à Du Dorât 2.

« Ne croyez pas, s'il vous plaît, que j'aie oublié une seule des choses qui se peuvent dire à Madame pour la faire partir; et fort souvent je lui en parle, mais c'est en vain et sans effet ; car quoique j'aie pu faire et dire, même de votre part, après que je lui ai représenté ce qui s'est passé et les termes où elle en est venue, elle est résolue de ne partir point d'ici qu'elle n'y ait vu monsieur de Ville qui y de voit estre, ainsi qu'il lui avait mandé, il y a plus de dix jours; et il y a huit jours il lui mandoit qu'il estoit parti hier, et aujourd'hui l'ordinaire de Flandres devoit arriver, et par ainsi à l'extrémité Madame l'attendoit avec lui jusques à ce soir. Mais enfin il n'est rien venu. L'on dit que les

1. Manuscrits de Colbert, fol. 33. L'original est au Suppl. franc.

2. Manuscrits de Colbert, fol. 34. Au Suppl. franc, simple copie.

330 APPENDICE. CHAPITRE IIe.

vents sont contraires pour le passage de Flandres. Il n'y a rien à faire davantage qu'à attendre , ce qu'elle a résolu ; c'est ce qui m'est bien fâcheux voyant perdre tant de temps, et ne pouvant croire que ledit sieur de Ville puisse rien dire qui la doive ni la puisse faire changer, ni empêcher de s'en retourner; peut estre aussi lui veut-il parler d'autres choses qui ne seront pas désagréables ; car le bruit est ici que M. de Lorraine n'est pas trop satisfait des ennemis. Mais, s'il vous plaît, n'en parlez pas. »

Londres, 9 août 1039. Mme de Chevreuse à M. le cardinal de

Richelieu 1.

« Monsieur, « Depuis la lettre que je vous ai escrite le mois de mai dernier, j'en ai reçu une que le sieur de Boispille m'a confessé que vous sçaviez , en me montrant un esciït que vous lui aviez envoyé en continuant de m'obliger dans la sûreté de mon retour en France. Sans cela , Monsieur, je n'auroispas manqué, sur le retardement du voyage de M. de Ville, par lequel j'attendois l'esclaircissement de l'avis qu'on m'avoit donné, de vous mander la cause de mon retardement, qui a esté long et mon silence aussi par le malheur des accidens qui sont arrivés. Enfin, Monsieur, il est venu et m'a rapporté ce que vous verrez par le mémoire écrit de sa main qu'il m'a laissé, le contenu duquel je ne puis attribuer qu'à un effet ordinaire de mes malheurs qui met tousjours de nouveaux obstacles à mon repos; lequel ne pouvant trouver que dans l'honneur de vos bonnes grâces et ne les pouvant espérer que vous ne soyez dans une entière satisfaction de moi, je vous fais cette dépesche pour vous assurer que mes intentions sont absolument de vous en donner sujet par toutes mes actions à l'avenir, et vous supplier très humblement, Monsieur, de me faire cette grâce de me dire franchement si vous Testes du passé sans qu'il vous reste aucun sujet de soupçon, tant en ce qui regarde l'affaire de M. de Lorraine avant ma sortie de France', qu'autres choses arrivées depuis, où vous aviez cru avoir occasion de mécontentement de moi; vous offrant, si j'estois si malheureuse que cela fust , en ce cas , s'il vous plaist , de vous en esclaircir, en me donnant la lumière nécessaire pour cela, et de le faire en sorte qu'il vous en demeure l'esprit net et le mien en repos

1. Manuscrits de Colbert, fol. -35. B'original au Suppl, franc.

que vous me protégerez en celui que vous me procurerez chez moi. Alors, Monsieur, je n'aurai plus rien à attendre ni à désirer que d'en aller jouir, délivrée de tant d'inquiétudes dont je suis tourmentée depuis si longtemps. Les témoignages que vous m'avez donnés de vostre bonne volonté du passé , et l'assurance que le sieur de Boispille m'en a encore confirmées de votre part pour le présent, font que je m'en ose promettre encore des effets à l'avenir touchant l'esclaircissement que je vous demande pour ce qui me regarde et l'abolition dont ledit Boispille escrit au sieur Cheré. Ce n'est pas, Monsieur, que surtout je n'estime votre parolle le meilleur fondement de toute ma sûreté, et que je ne sache absolument que c'est là d'où je la dois attendre; mais j'appréhende '^toujours le pouvoir de ma mauvaise fortune, et ne puis sortir de la peur ordinaire du sexe, mais bien le ferai-je de sa légèreté, demeurant, quoi qu'il m'arrive ,

« Monsieur,

« Votre très -humble et très-alfectionnée servante,

« Marie de Rohan.

« Londres, ce 9 août 1639. »

Ecrit du marquis de Ville contenant qu'il avoit appris qu'il n'y avoit point de sûreté en France pour il/me de Chevreuse '.

« Un nommé Lange m'ayant accompagné l'hiver dernier depuis Paris jusqu'à Chalanton, me dit qu'il sçavoit l'affection que j'avois au service de Mme de Chevreuse, qui l'obligeoit de s'adresser à moi pour l'avertir qu'elle estoit perdue si elle retournoit à cette heure en France. Et le pressant de me dire ce qu'il sçavoit particulièrement sur ce sujet, après avoir tiré parole de moi que je ne le dirois qu'à Son Altesse de Lorraine ou à Mme de Chevreuse, il me dit qu'il n'y avoit que deux jours que M. le cardinal, parlant à M. de Chavigny de Mme de Chevreuse, témoignoit d'estre fort mal satisfait de ce qu'elle persistoit à nier d'avoir conseillé à M. de Lorraine de ne s'accommoder pas avec la France. De quoi M. de Chavigny faisoit aussi fort l'étonné, disant tous deux que cette affaire est si bien éclaircie, et que, Mme de Chevreuse estant en France, on la feroit bien parler françois avec ses lettres qu'ils a voient, qu'elle ne croit pas , et que si elle les pensoit

1. Manuscrits de Colbert, fol. 4i; manque dans le Suppl. franc.

332 APPENDICE. CHAPITRE 11e.

tromper elle se troraperoit elle-même. Disant sçavoir ce cicomme l'ayant ouï lui-même.

« Henry de Livron, marquis de Ville.

« A Londres, ce 8 août 1639. »

9 aoust 1G39. Boispille à monseigneur le cardinal de Richelieu '.

« a monseigneur.

« Monseigneur,

« J'ai ci-devant donné avis à M. Cheré de l'arrivée de M. de Ville, et à présent je lui en envoie une relation plus ample pour faire voir à Votre Éminence, avec le mémoire que Mme de Chevreuse vous envoyé écrit et signé de la main dudit sieur de Ville. J'ai cru nécessaire et à propos, quelque temps après que j'eus donné à madite dame l'écrit que Votre Éminence me fit l'honneur de m'envoyer d'Abbeville , d'avouer à ma dite dame que Votre Éminence savoit le sujet quilaretenoit, afin de lui faire connoistre cette augmentation d'obligation qu'elle vous avoit; et la voyant aussi en peine de sçavoir comment Votre Éminence avoit pris ce soin de m'envoyer cet écrit, joint les inquiétudes où elle estoit de la longueur du dit sieur de Ville, crainte que cela ne vous déplût, je le fis encore pour lui faire voir par cet exemple comme Votre Éminence continuoit à lui vouloir autant de bien comme je l'en ai toujours assuré. Nous avons fort contesté ledit sieur de Ville et moi en la présence de ma dite dame, jusques à me moquer d'alléguer les morts, et que quand cela seroit l'on y avoit remédié. J'avoue que ledit sieur de Ville m'a toujours parlé avec tous les respects et devoirs , que j e pouvois désirer de lui, de Votre Éminence ; mais il m'a dit qu'estant serviteur très humble de ma dite dame , et croyant que partie des peines qu'elle avoit souffertes estoient à cause de la créance que l'on avoit qu'elle penchoit du côté de son maître, il estoit obligé de lui dire ce qu'il sçavoit. Je lui dis que ce n'estoit pas grand' chose, et qu'il venoit un peu tard. Après tout cela, Monseigneur, il me prit à part dans une chambre du logis de madite dame, ne l'ayant vu ailleurs, et m'entretint des discours que Votre Éminence trouvera dans l'écrit enfermé en cette lettre; il me le dit, comme j'ai jugé

1. Manuscrits de Colbert, fol. M. L'original au Suppl. franc.

sur la créance, qu'il avoit que je serois le porteur de cette dépèche , et me témoigna qu'il l'eût fort désiré , ne doutant point , puisque ma dite dame a désiré qu'il lui ait écrit et donné sous son seing son avis, qu'elle n'envoyât vous trouver. Mais , Monseigneur, je n'ai pas cru à propos de laisser ma dite dame, joint aussi que, quoique très-innocent, j'ai appréhendé de me trouver devant Votre Éminence après avoir rapporté fidellement à madite dame les obligations qu'elle lui a et peines que je lui ai vu prendre pour elle, et néanmoins n'avoir pas effectué ce que je vous ai promis de sa part, et la voir encore arrêtée à ce qu'elle fait en continuant à vous donner les peines qu'elle fait, que je n'ai pu souffrir sans m'emporter. Elle l'a souffert, et m'a dit qu'elle est très assurée que Votre Éminence ne le trouvera mauvais , vous l'écrivant, et n'aura désagréables les supplications très-humbles qu'elle lui fait. Il est vrai , Monseigneur, qu'ils la mettent quelques fois en telles allarmes , ces bons conseillers , et son esprit en telles peurs et inquiétudes qu'elle me dit, lorsque je lui donnai des exemples de la vérité du contraire, que je lui fais grand plaisir, et que véritablement elle vous connoist mieux qu'eux tous , que Votre Éminence est très généreuse et bonne , et qu'elle est assurée qu'elle ne lui manquera jamais. Au surplus, Monseigneur, pour n'importuner Votre Éminence, je supplie M. Cheré l'en entretenir, pour l'absence de M. de Chavigny, suivant les mémoires que je lui adresse. Je suis donc resté ici, Monseigneur, à attendre le retour de ce porteur, espérant que le proverbe sera , Dieu aidant, véritable , que la patience amène tout à bien, et que Votre Éminence me fera l'honneur de me croire, « Monseigneur,

« Son très humble, très obéissant et très fidèle serviteur.

« BOISPILLE.

» A Londres, ce 9 aoust 1639. »

« Le Roy de la Grande Bretagne arrive ce soir à Tibol (?) où la Reyne alla hier l'attendre, et doivent venir en ce lieu ensemble samedi. »

Mémoire du discours tenu par le sieur de Ville à Boispille touchant l'accommodement du duc de Lorraine avec la France '.

« M. de Ville m'a prié, lorsque je verrois son Éminence, de l'assurer qu'il estoit son très humble serviteur, et lui dire que pour s'estre pro-

1. Manuscrits (te Colbert. fol, 38 ; manque dans le Suppl. franc.

334 APPENDICE. CHAPITRE IIe.

curé la liberté il ne croit pas qu'elle lui en veuille mal. M'a dit qu'il souhaitoit avec passion un accommodement pour M. de Lorraine, et m'a donné sa parole pour assurer son Éminence que le dit seigneur le désiroit, et de traiter en son particulier en se détachant du parti qu'il sert, mais qu'à moins de lui rendre son pays qu'il n'y pouvoit consentir. Mais ledit sieur de Ville m'a dit bien sçavoir qu'ils ne traitoient point en égaux , et la différence qu'il y avoit d'un grand Roy conduit et conseillé par un si puissant génie à Son Altesse. C'est pourquoi qu'il falloit que son dit maître s'assurât en la parole de son Éminence, et que pour M. de Lorraine il estoit raisonnable qu'il donnât des sûretés. M'a dit quantité de louanges de Votre Éminence, et qu'estiez trop habile homme pour eux, que c'estoit leur grief. »

Mémoire de Boispille à monseigneur le cardinal de Richelieu, touchant la sûreté que demande Mme de Chevreuse, avec la relation de l'entrevue de ladite dame avec le sieur de Ville 1.

« Madame la duchesse de Chevreuse a vu M. de Ville qui arriva à Londres le troisième jour d'aoust, et en repartit le dimanche septième duditmois, de grand matin, allant prendre un vaisseau anglois aux Dunes. Son dessein estoit de voir le Roy de la grande Bretagne de la part de son maître, et l'aller trouver où il estoit vers l'Ecosse, sans Mme de Chevreuse qui l'en a empêché, n'ayant voulu absolument qu'il se soit servi de son nom pour venir voir le Roy. Il a vu seulement une fois la Reyne, présenté par monsieur le comte Dorcé (d'Orsay), à cause que ma dite dame estoit malade, et la Reyne sortant de son cabinet dans sa drinchambre pour aller en une autre où un peintre l'attendoit ; il ne fut pas longtemps avec elle, et y avoit force monde ; salua et prit congé en même temps.

« Son Eminence verra par le mémoire écrit et signé de la main dudit sieur de Ville, ce qu'il a dit à ladite dame, qui supplie son Eminence l'assurer par lettres que le contenu audit mémoire n'est point, ou quoi que ce soit, qu'elle est contente et satisfaite d'elle jusques à présent, au moyen des protestations qu'elle lui fait de n'avoir, à l'avenir autre soin que de ses intérêts, et si bien vivre avec elle qu'elle lui donnera tout sujet de contentement, et qu'estant de cette façon assurée il n'y a obstacle qu'elle ne surmonte; ou s'il ne lui veut faire cet honneur et

1. Manuscrits de Colbert, fol. 68; manque dans le Sappl. franc.

lui écrire do la sorte, de l'en assurer par personnes de sa part avec lettres et créances.

« Lange, à qui je n'avois jamais parlé, m'a dit au logis de monseigneur de Chavigny, m'y voyant pour les affaires de ma dite dame, qu'il avoit conduit monsieur de Ville et qu'il lui avoit dit qu'en partant on lui avoit dit et assuré que madame de Chevreuse seroit plustôt en France que lui de retour. Il me fit force autres discours qui ne tendoient, non plus que celui-ci, à ce que dit monsieur de Ville, mais au contraire.

« Enfin, ma dite dame demande à Monseigneur, que puisque l'honneur de ses bonnes grâces est le seul fondement de son retour, qu'il plaise à son Eminence de lui vouloir écrire comme elle lui a autres fois fait l'honneur de le faire dans les soins qu'il prenoit de ses intérêts, se persuadant qu'elle le peut espérer, se souvenant du temps passé et des biens et honneurs qu'elle a reçus de son Eminence, afin qu'elle puisse entrer en France avec repos.

« Au fonds, ce qui la presse continuellement et lui revient en l'esprit à toutes heures, c'est l'affaire de monsieur de Lorraine, quoique je l'aie assurée que l'on n'en parlera plus, ainsi qu'elle lui fut proposée à Tours par messieurs d'Auxerre et Du Dorât, et dont son Eminence a continué à l'excuser jusques à sa dernière dénégation, la bonté de son Eminence lui accordant sa maison de Dampierre, et que l'on ne parleroit plus de l'affaire de monsieur de Lorraine. Elle craint donc qu'estant de retour l'on ne lui en parle encore, non par accusation mais par conférence, ou que ses malheurs ordinaires lui suggèrent qu'on lui fasse quelques autres demandes où elle ne pourra satisfaire, et ainsi qu'elle soit privée de l'honneur des bonnes grâces de son Eminence.

« Par ainsi elle le supplie très humblement, qu'attendu la confession qu'elle fit à messieurs d'Auxerre et Du Dorât des autres articles dont elle fut questionnée, il plaise à son Eminence que vu cette confession volontaire des unes et dénégation de l'autre qu'elle en a fait, il lui mande qu'il croit que l'avis qu'il en avoit eu n'est pas véritable, et ainsi que c'est une affaire morte et qu'il n'y pense plus.

« Il est vrai, et ma dite dame me l'a avoué, que ledit sieur de Ville, de la part de son maître, a fait tout son pouvoir pour lui faire rompre son traité, et pour quelle ne s'en retourne, l'assurant que monsieur de Lorraine la viendroit voir cet hiver en ce ipays ; mais, Dieu aidant, so Eminence y remédiera. Je sçais aussi que c'est ce qu'il n'a pu obtenir et qu'il lui en a fait reproche par une lettre qu'il lui écrit en s'embarquant.

336 APPENDICE. CHAPITRE IIe.

« Elle m'a juré et protesté encore hier au soir, lui parlant des défiances que j'ai d'elle, qu'elle n'a autre désir que son retour, mais toujours qu'elle le veut et désire avec une entière assurance de l'honneur des bonnes grâces de son Eminence, soit par lettre positive, ou une de créance par homme de sa part.

« Elle se persuade et croit si fort estre tien auprès de son Eminence, qu'elle croit qu'elle ne lui doit rien refuser de ce qui est dépendant de son bien, contentement et repos, puisqu'ainsi est qu'il lui pardonne tout le passé, disant qu'il lui a souvent promis d'effectuer tellement son bien jusqu'à en vouloir prendre un soin particulier.

« Elle m'a encore commandé de faire entendre à son Eminence que si elle lui parle d'une dernière abolition, ce n'est pas qu'elle craigne le passé ni le présent, mais l'avenir; parce que son abolition, dont j'envoie copie, porte positivement qu'elle est quitte généralement de tout ce qu'elle a fait depuis sa sortie de France et en conséquence d'icelle. Elle désireroit, lorsqu'il plaira à Monseigneur, en avoir mie générale aussi qui porte de toutes fautes qu'elle auroit faites tant devant sa dite sortie que depuis, soit en la forme et façon du mémoire que j'envoie ou autre façon que son Eminence jugera pour son mieux, s'y rapportant absolument. Mais si cette grande généralité de devant heurte en quelque façon son Eminence, j'ai pensé à ajouter en ce mémoire qu'elle eut agréable qu'elle fut au moins depuis son absence dernière de la cour, et depuis sa sortie de Tours. Elle dit qu'elle a un malheur qu'elle ne date jamais ses lettres, si bien que si elle avoit fait quelque chose et que ses ennemis et malheurs lui fussent encore contraires, ses lettres seroient prises pour estre du temps que l'on voudroit. Ce n'est pas pour le présent qu'elle craint cette supercherie, mais pour l'avenir. Elle dit que son Eminence lui a dit autres fois qu'elle vouloit en lui faisant plaisir la mettre entièrement à couvert, et qu'il n'y eut rien à redire. Elle proteste et promet que, cet homme de retour avec l'effet des supplications qu'elle fait à son Eminence, elle partira aussitôt.

« Il semble qu'elle s'est portée plus facilement à ce long séjour ici depuis la résolution qu'elle avoit prise d'en partir le 14 juin dernier, à cause de l'absence de son Eminence de Paris ; mais elle désire à présent passionnément pouvoir arriver à Dampierre quelques jours avant l'arrivée et retour de son Eminence.

« A Londres, ce 9 aoust 1639. »

Mémoire pour l'abolition que Mme de Chevreuse désireroit *.

« Notre cousine la duchesse de Chevreuse a autant de connoissance que personne du monde de notre inclination plutôt à la clémence qu'à la rigueur; dont voulant présentement lui départir un effet particulier, sur le sujet de sa dernière sortie hors du royaume, contre l'ordre et le commandement exprès qu'elle avoit de nous de demeurer en notre ville de Tours, de sa retraite et séjour en pays ennemi, des intelligences qu'elle auroit pu avoir tant dehors que dedans le royaume , soit devant ou depuis sa dite sortie de notre dite ville de Tours, et d'autres fautes qu'elle auroit pu commettre contre la fidélité et bienséance qu'elle nous doit; sçavoir, faisons que nous avons favorablement reçu sa très humble supplication sur le sujet des dites fautes, et par ces présentes, signées de notre main, nous avons remis, quitté, pardonné et aboli, remettons, quittons, pardonnons et abolissons à notre cousine la duchesse de Chevreuse, la faute qu'elle a commise s'en allant de notre ville de Tours, contre l'exprès commandement que nous lui avions donné d'y demeurer, ensemble sortant de notre royaume sans notre congé, et se retirant au paj s de nos ennemis déclarés, comme aussi ce qu'elle auroit pu avoir négocié avec les étrangers et dans notre royaume par lettres, intelligences, et en toute autre manière, contre notre service, et généralement tous autres crimes et fautes qu'elle auroit commises contre nos intentions, bienséance , service et fidélité qu'elle nous doit, tant devant que depuis sa dite sortie hors de notre dite ville de Tours. Voulons et nous plaît que pour raison des dites fautes elle ne puisse dorénavant estre recherchée en quelque façon que ce puisse estre, imposant pour ce regard silence perpétuel à nos avocats généraux, et à leurs substituts présens et à venir, et l'avons restitué et restituons en pareil état qu'elle estoit auparavant icelles. Si donnons en mandement, etc. »

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