Manuscrits de Colbert, ïbid
le plus grand intérêt à ménager Mme de Chevreuse toute-puissante sur l'esprit du duc, et qui déjà, à ce qu'il croyait, avait en 1637 empêché l'accommodement désiré, et pouvait l'empêcher encore. De son côté, Mme de Chevreuse était lasse de l'exil; elle soupirait après son château de Dampierre 1, après ses enfants, après sa fille, l'aimable Charlotte, qui grandissait loin de sa mère. Elle frémissait à la pensée de la douloureuse alternative qui chaque jour la pressait davantage, ou d'être forcée de recourir à l'Angleterre et à l'Espagne, ou d'engager ses pierreries qu'elle avait fait redemander à La Rochefoucauld 2. Elle tenait à cette riche parure qui venait, dit-on, de la maréchale d'Ancre et de Florence, brillant
1. On le conçoit, quand on a vu cette belle demeure encore embellie aujourd'hui par un goût délicat et élevé. Le descendant de Marie de Rohan et du connétable de Luynes a fait de l'antique château des Guise un séjour à la fois noble et charmant qui peut rivaliser avec les plus célèbres résidences de l'aristocratie anglaise. Où trouver ailleurs cette grandeur et cette simplicité, cet exquis sentiment de la nature et de l'art, ces belles eaux, ces magnifiques promenades, et aussi cette vaste bibliothèque, ces admirables portraits de famille, ces peintures ou du moins ces grandes esquisses de M. Ingres, et cette statue de Louis XIII, en argent massif, monument d'une généreuse reconnaissance? Et lorsqu'on vient à penser que celui qui a rassemblé toutes ces belles choses, a consacré sa fortune au bien public en tout genre, qu'il nous a donné l'acier de Damas, les ruines de Sélinonte, l'histoire de la maison d'Anjou à Naples, la Minerve du Parthénon; que, depuis trente ans, il répand autour de lui les asiles, les écoles , les hospices , encourage et soutient les savants et les artistes , lui-même un des premiers connaisseurs et des archéologues de l'Europe, ami d'une liberté sage et favorable à toutes les bonnes causes populaires, on se dit : Il y a donc encore un grand seigneur en France!
2. Voyez, sur cette particularité, la Jeunesse de Mltte do Longueville, 3P édit., chap. iv, p. 280, et Appendice, p. 467.