‹ Madame de La Fayette; sa vie et ses œuvresChapitre 3 sur 36 · LENFANT · texte numérisé non relu

LENFANT

Madame de La Fayette, née Marie-Madeleine Pioche de La Vergne, était parisienne. Elle naquit et elle habita pendant la plus grande partie de sa vie dans un faubourg de la capitale, qui paraît avoir été le " Passy " du XVIIe siècle. Elle vint au monde au bon moment — en 1634, et au bel endroit — dans le quartier Saint-Germain.

Pour qui connaît le quartier actuel avec ses maisons de rapport, ses magasins, ses autobus et son " métropoUtain," il est assez difficile de se le représenter tel qu'il était à l'époque où Madame de La Fayette y vécut. Bien que ce fût un faubourg, il était plus rapproché du centre qu'il ne l'est de nos jours, car la Seine avait alors beaucoup d'importance et "les grands boulevards" n'en avaient point, pour la bonne raison qu'ils n'existaient pas. C'était un quartier qui grandissait. A la fin du XVIe siècle, le bourg Saint-Germain avait pour hmite la tranchée qu'on creusa dans tout son périmètre en vue de sa défense ; mais le premier quart du XYII^ siècle ne s'était pas écoulé, que déjà les maisons du faubourg, ayant franchi la tranchée, se pressaient le long de la rue du Bac et des autres grandes artères de la plaine 1.

De nouvelles égUses^, de nouveaux étabhssements religieux se bâtissaient, ou, même, depuis quelque temps, se dressaient orgueilleux parmi les bâtiments neufs. Les quatre anciennes portes, qui disparaîtront du vivant de Madame de La Fayette, sont encore debout et le quartier est séparé de la ville. "La demeure en a de tout temps paru si agréable aux gens de bon

1 Berty et Tisserand, Topographie historique du vieux Paris, Paris 1876, Fo. T. I. p. 11.

2 Entre d'autres, l'église Saint-Sulpice où la petite La Vergne sera baptisée; "Cette égKse," écrit Sauvai {Antiquités de Paris, T. ii. p. 435), " après avoir été rebâtie en plusieurs tems fut construite tout de nouveau en 1645, où Gaston de France, Duc d'Orléans mit et posa sa première pierre; mais ce bâtiment se trouvant encore trop petit, on en recommença vin autre en 1655, dont la Reine Anne d'Autriche posa la première pierre, qui est le même que l'on voit aujourd'hui, qui n'est pas achevé de bâtir."

goût," nous dit Germain Bricei, " qu'elle a toujours été préférée aux autres de la ville pour plusieurs bonnes raisons, puisque toutes sortes de commodités s'y trouvent sans peine et que l'air est infiniment plus pur et plus sain qu'ailleurs, la plupart des maisons étant séparées par des jardins qui les rendent agréables et bâties presque toutes sur un terrain neuf." C'est pourquoi ce quartier fut aimé des étrangers qui visitaient Paris. La plupart des hôtels qui figurent dans le Livre commode des adresses de Paris^ étaient dans le faubourg Saint-Germain et nous lisons dans les Annales de la Cour et de la Ville pour les années 1697- 1698^ que "depuis que la paix était faite il y avait eu dans Paris un si grand abord d'étrangers que l'on en comptait quinze à seize mille dans le Faubourg Saint Germain seulement." Un d'entre eux — l'Anglais John Evelyn — écrit dans son journal à la date du 24 décembre 1643 : "The suburbs are those of St Denys, Honoré, St Marcel, Jacques, St Michel, St Victoire et St Germain which last is the largest and where the nobiUty and persons of quahty are seated*." Ainsi, c'était un quartier fort bien fréquenté; c'est là que se trouvaient les "académies" où les jeunes gentilshommes recevaient leur éducation mondaine.

Comme en font foi les copies de registres conservés à la BibHothèque Nationale, c'est le 18 mars 1634 qu'eut heu en l'église Saint-Sulpice le baptême de "Marie Madeleine fille de Marc Pioche, Ecr sieur de la Vergne et de Délie Ehsabeth Péna^. P : Me Urbain de Maillé Marquis de Brezé Chler des Ordres du Roy, c, en s. c. Mal de France et gouverneur des villes et citadelles de Saumur, Calais pais reconquis. M: D. Marie Madeleine de Vignerod de Combalet^."

1 Description de la Ville de Paris, 6e édit. 12», Paris, 1713, T. m. p. 3 et smv.

2 Par du Pradel, Édit. Elzév. Paris (Plon-Nourrit), 2 vols.

3 T. II. p. 135.

* Édit. W. Bray, Londres, 1906, 4 vols. 8°, T. i. p. 47.

^ On lit lin peu partout que Madame de La Fayette était fille d'Aymar de La Vergne. Nous n'avons trouvé ce nom dans aucun acte authentique. La source de cette erreur, comme de beaucoup d'autres au sujet de Mme de La Fayette, est probablement la notice du Père Anselme (T. VII. p. 62). Le Père Anselme confond la mère (qu'il appelle Marie de Pêne) et la fille; il fait épouser cette dernière par le Chevalier de Sévigné. D'Hozier la dit fiUe de Jean Pioche, précepteiu:- de César duc de Vendôme et de Jeanne Miron.

« Mss. fr. 32593, p. 178. "Ce fut le dix-huitième jour du mois de mars 1634 disent les registres de la paroisse Saint-Siilpice," écrit M. le Comte d'Haussonville dans son étude sur Mme de La Fayette (Paris,

i] U Enfant 3

Ce document ne nous renseigne guère sur les parents de l'enfant. Nous voyons d'après les titres d'Ecuyer et de Demoiselle qu'ils étaient nobles; si nous les croyons tous les deux de très petite noblesse, c'est plutôt parce que nous ne trouvons aucune preuve du contraire que grâce à des renseignements précis. Ce titre d'Écuyer ne signifie rien en lui-même. Jusque sous Louis XIII, c'était la seule qualité que les seigneurs ordinaires ajoutaient à leur nom. "On voit même," dit d'AveneP, "des descendants de très illustres maisons qui n'en prennent jamais d'autres : ils n'avaient droit qu'à celle-ci d'ailleurs, à moins d'être pourvus de quelque charge considérable qui leur donnât le titre de chevalier." Se dire Écuijer c'était donc se dire de race noble. Mais d'Avenel continue: "Louis XIII permet cependant pour quelques écus, à ses valets de chambre, huissiers de chaînbre, portemanteaux et valets de garde-robe, de se qualifier et user du titre d'écuyer: il donne le même droit aux chevahers du guet et à leurs lieutenants — simples agents de police — aux gardes du corps français et étrangers, aux commissaires des guerres, enfin à peu près à tous ceux qui peuvent le désirer."

Hachette, 2^ édition, 1896, 1 vol. in 12°, p. 8). Nous n'avons pas pu voir les registres de la paroisse Saint-Sulpice car ils ont disparu dans l'incendie du 24 mai 1871, qui, en consiunant à la fois les Archives de la Seine et le Greffe du Palais de Justice, a anéanti les deux exemplaires de ces registres qui existaient encore. Il nous reste heureusement quelques extraits des registres de baptême de la paroisse Saint-Sulpice, d'après lesquels nous établissons la date du baptême. Jusqu'en 1846 on croyait que Mme de La Fayette était née au Havre. C'est cette erreur qui fait dire à Casimir Delavigne dans son Discours d'inauguration de la Salle de Spectacle du Havre (au Havre, chez Chapelle, 1823) :

Oui, vous deviez \in temple aux filles d'Apollon:

Elles ont eu des sœurs dans ce riant vallon,

C'est toi que j'en atteste, aimable Lafayette,

De Clèves et de Nemoiirs muse tendre et discrète,

Qm dérobas ta vie à la célébrité

En illustrant le nom que Segrais t'a prêté.

Mais pendant l'année 1846, A. T. Barbin, en feuilletant, dans les archives de l'Hôtel de Ville, les registres qui ont été détruits depuis, trouva le passage dont noios venons de donner la copie {Journal des Débats, 22 nov. 1846). Malgré cette découverte, l'erreur traîne dans beaucoup de livres (p. e. Dict. de Jal, 2"^ édit. 1872 ; Prof. Hector Ferettini, Étude sur Mme de la Fayette, Milan, 1901 ; R. Doumic, Hist. de la Litt. fr. Paris, 19*= édit. p. 293 — où, soit dit en passant, on peut lire également que M. de La Fayette a survécu à sa femme !).

^ D'Avenel, La noblesse française sous Richelieu, p. 307.

4 Madame de La Fayette [CH.

D'autre part Tallemanti raconte l'histoire suivante qui nous montre que La Vergne fut connu du roi, "Au commencement, le Roy estoit assez gay....Le filz de Sebastien Zamet qui mourut mareschal de camp à Montauban....avoit avec lui La Vergne, depuis gouverneur du Duc de Brezé, qui estoit curieux d'architecture et y entendoit un peu. Or ce Zamet estoit un homme fort grave et qui faisoit des révérences bien compassées : le Roy disoit qu'il lui sembloit, quand Zamet faisoit ces révérences, que La Vergne estoit derrière pour les mesurer avec sa toise."

Guillard^ ne dit pas que La Vergne était simplement "curieux d'architecture," mais bien qu'il était "masson ou architecte" et qu'il "quitta ce mestier pour être gouverneur du duc de Fronsac ou de Brezé." Marc Pioche portait-il donc le patronymique d'une famille de maçons-architectes, qui, s'étant enrichis, avaient fait entrer ]eur fils dans la carrière des armes, après avoir transformé leur nom en Pioche de La Vergne ? Nous ne pouvons rien affirmer sur la famille du père de Madame de La Fayette et nous ne devons pas ajouter trop de foi à ce que dit Guillard, car, bien qu'il ait écrit du vivant de Madame de La Fayette, il ne paraît pas avoir cherché très loin le souci de la généalogie. Après nous avoir ainsi renseignés sur Marc Pioche de La Vergne, il continue: "sa femme estoit fille du médecin Akakias^. " Mais nous savons qu'en réahté eUe se nommait Élizabeth ou Isabel* Péna et nous avons sur sa famille quelques renseignements.

Auger^ nous apprend qu'au XIII^ siècle, un ancêtre de la mère de Madame de La Fayette " Hugues de Péna, secrétaire du roi de Naples, Charles I^r, et auteur de tragédies, avoit reçu

^ Tallemant des Réaux, Historiettes, Éd. Monmerqué, T. ii. p. 242. "Historiette sur Louis XIII."

2 Généalogies, Remarques du Sr. Guillard, Bibl. Nat. ms. fr. 25187, P 30.

* Peut-être s'agit-il de sa première femme. Voir à la page 6. Un Akakia, le grand, ou du moins le premier du nom, mourut en 1551, son fils en 1588. La race s'éteignit avec le dernier médecin Akakia en 1677. Celui-là aurait été un cousin de Mme de La Fayette. On en aurait parlé, croyons-nous.

^ Bien qu'il y ait Élizabeth sur la copie de l'acte de baptême, les mêmes registres portent Isabel à la page 160, à l'occasion du mariage de Pierre le Roy auquel Marc Pioche de La Vergne et sa femme Isabel Péna ont assisté, et encore à la page 191, à l'occasion de son mariage avec le chevalier de Sévigné. Dans le contrat de mariage de son frère Gabriel elle fut appelée tantôt Élizabeth, tantôt Isabel (Bibl. Nat. Cab. Titres, Pièces orig. 2229). Enfin, elle signe elle-même Isabelle im reçu conservé à la Bibl. Nat. Cab. Titres, Pièces orig. 2287).

^ Édition des œuvres de Mme de La Fayette. Voir bibliographie.

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le laurier du poëte des mains de la reine Béatrix. " Jay^ rapporte aussi ce fait et ajoute que "dans le seizième siècle Jean de Péna se rendit illustre par de profondes connaissances dans les mathématiques et les enseigna même avec distinction au Collège de France^." Si, comme le désire M. d'Haussonville^, "ceux qui sont curieux des phénomènes de Vhérédité''' doivent lui savoir gré ''de leur rappeler ce premier faif^ et aussi que la famille Péna eut toujours en Provence renom de littérature et d'érudition,^'' d'autres, en lisant le renseignement donné par Jay, trembleront à la pensée que Madame de La Fayette, de par sa mère, aurait pu devenir professeur de mathématiques au Collège de France !

Madame de La Vergne avait un frère, Gabriel Péna, écuyer, sieur de Saint-Pons, qui fut capitaine au régiment du marquis de Brézé^, un autre frère dont nous ne savons pas le nom^, et un oncle Lazare Péna, écuyer, sieur de Moustier et de Montargis'. Voilà tout ce que nous avons pu glaner sur la famille^ et cela suffit. Nous savons dès maintenant qu'elle était de petite noblesse^ comme celle de La Vergne.

Le mariage fut célébré probablement à l'église Saint- Sulpice; c'est là qu'au mois de février 1633 avaient lieu les fiançailles^". La Vergne était probablement plus âgé que sa

^ Édition des œuvres de Mme de La Fayette, de Tencin et de Fontaines. Voir bibliographie

^ Guillaume du Val, Histoire des professeurs du Collège Royal, 1644 (Bibl. Nat. R. 7347). "Jean Pena. II fut professeur du Roy, peu de temps, et ce environ l'an 1556. Il décéda l'an 1560 et est croyable que la chaire fut établie povtr lui, n'ayant succédé à personne et n'ayant eu successeur que je sçache." De Thou en fait également mention et dit qu'il est mort en 1558. ^ D'Haussonville, op. cit. p. 10.

* La célébrité littéraire de Hugues de Péna.

^ Bibl. Nat. Cabinet des Titres, Pièces originales 2229.

* D'après les copies de registres de Saint-Sulpice déjà citées, p. 132, 19 déc. 1641. Mariage d'Estienne de Pardieu et de Delle Anne Péna, présents Gabriel Péna, oncle de la dite, capitaine, etc.

' Contrat de mariage de Madame de La Fayette (voir à l'appendice) ; copies des registres de Saint-SuJpice le 30 mai 1645. Mariage de Pierre le Roy, Présents — Éléonor Merlin femme de Me. Péna, etc.

^ Ajoutons par acquit de conscience — Arnaud Gaufridi,G. d'Aix, 1580, donne les armes de Péna: d'arg. à l'estoile d'or en chef. Bibl. Nat. Cab. Titres, Pièces orig. 2229.

^ Gabriel épouse Marie Bricard, veuve de Jehan Bordier, argentier de la petite escurie du Roy. Anne épouse Estienne de Pardieu tout coxirt.

1° Nous n'avons pas pu retrouver l'extrait de mariage mais le ms. 32839 Bibl. Nat. (registres de St-Sulpice) nous donne p. 82, "1633, le 5 fév. fiançailles de Marc Pioche, écuyer, sieur de La Vergne."

6 Madame de La Fayette [ch.

femme, car il était veuf et, en 1619, il est déjà question de lui et de sa première épouse, Claude Bérard, dans un acte notarié fait à Saint-Denys par le baron dudit lieui.

De ce précédent mariage étaient nées au moins deux filles dont l'une est morte en 1671. L'autre qui a survécu à Mme de La Fayette est mentionnée dans son testament. Elles étaient toutes les deux religieuses, mais nous ne savons pas la date de leur entrée en religion. Il est à supposer que la petite Marie - Madeleine les a connues et a eu le temps de les aimer avant leur entrée au couvent, puisque la mort de la première la toucha vivement^ et qu'elle prit soin de la survivante.

C'est fort probablement après la mort de leur père qu'elles ont pris le voile, car, dans le passage de la Reconnaissance des biens de Mme de La Fayette où il est question du contrat de partage fait à la mort de La Vergne, on lit : "les dites damoiselles ses sœurs depuis professes^."

Un seul enfant naquit du second mariage: ce fut Marie - Madeleine*. Comme on l'a pu voir d'après l'extrait de baptême, ses parents surent lui trouver des parrains illustres : Urbain de Maillé, marquis de Brézé, était le beau -frère du cardinal de Richelieu. Et ce n'est pas de cette parenté seule que venait sa puissance: le roi Louis XIII avait "quelque sorte d'inclination pour lui," nous dit le cardinal de Retz^ qui ne l'aimait guère^, et cette inclination paraît avoir donné au maréchal tant d'influence que RicheUeu lui-même en avait peur et le ménageait le plus possible'''. La correspondance inédite du maréchal conservée au British Muséum montre quel rôle important il jouait dans les affaires du temps ^. Il nous semblerait étonnant

1 Bibl. Nat. Cabinet des Titres, Pièces originales 2229.

2 Madame de Se vigne, 6 fév. 1671. Éd. Grands Écrivains, T. n. p. 46: "J'allai ensuite chez Madame de La Fayette qvii redoubla mes dovileurs par la part qu'elle y prit. Elle était seule et malade et triste de la mort d'une sœur religieuse; elle était comme je la pouvais désirer." ^ Voir l'appendice m.

* Bibl. Nat. Cabinet des Titres, Pièces originales 2287, Pioche, f° 16: "Me François de La Fayette dame Marie Mag"^ -Pioche de la Vergne son espouse fille vinique seulle héritière — "

6 Œuvres, Éd. Alphonse Feillet, Paris, 1870, 8", T. i. p. 154.

® Ibid. I. p. 39: "Le maréchal de Brézé homme de très petit mérite" etc ; p. 104: "Il était pourtant fort extravagant."

7 Tbid. I. p. 104.

^ Cette correspondance fut signalée dans un article intitvilé Les amis du Maréchal de Brézé — supplément à un article de Bayle dans le Cabinet Historique (Éd. Louis Paris), T. xv. Paris, 1869, 8°, l^re partie, p. 32.

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que l'obscur La Vergnc ait pu obtenir d'un homme aussi puissant qu'il assistât en qualité de parrain au baptême de sa fille, si nous ne savions déjà par Tallemant que La Vergne était au service du maréchal en quaUté de gouverneur^.

Quant à la marraine, Madame de Combalet, plus tard duchesse d'Aiguillon, elle était la nièce favorite du Cardinal — et s'il faut en croire les récits médisants de l'époque — des liens particuHèrement étroits les unissaient. Si elle assista à ce baptême ce ne fut pas uniquement pour montrer qu'elle était une personne religieuse et charitable mais bien parce que la mère de la petite fille était une de ses dames d'honneur.

Ce parrainage ne paraît pas avoir été très utile à Marie- Madeleine. Le marquis mourut peu après La Vergne^, au moment précis où il aurait pu, sans doute, rendre des services à sa filleule qui rentrait alors à Paris. La marraine, il est vrai, employa La Vergne au Havre, mais sa filleule ne comptait pas parmi ses amies, soit à cause de la différence d'âge qui les séparait, soit parce que leur condition sociale n'était pas la même.... Toujours est-il que son nom ne figure point parmi ceux des vingt-neuf personnes qui se partagèrent la fortune de la duchesse.

Il ne faut peut-être pas regretter cette absence de relations. Bien que dernièrement on nous ait présenté Mme de Combalet comme une sainte 3, les documents du temps donnent une triste opinion de sa moraUté. L'impression qui se dégage des témoignages contemporains, même lorsqu'on a fait une large part aux haines pohtiques, est que Mme de Combalet n'était pas de ces femmes dont on aime à souhaiter l'amitié pour une jeune fille*.

Elle fait partie de l'Egerton Collection N^^ 1687 à 1692 et va de l'année 1627 à l'année 1649.

^ L'exemplaire du Segraisiana qui se trouve à la Bibliothèque de l'Université de Paris porte en marge de la page 9 où il est question de la Princesse de Clèves la note suivante de la main de Turgot: "Marie de la Vergne C^ de La Fayette a aussy écrit Vie de Mad. Henriette d'ang. f. de Mr m. en 1670 impr^ à Amdam, 1720. Elle étoit d'une naissance très médiocre son p. étoit chès Mr de Valeneey, sa mère étoit chès la Duché d'Aiguillon — " etc. Nous n'avons pu vérifier ce fait. Notons poiu-tant, en passant, qu'une des sœurs de Madame de La Fayette (du premier lit) était religieuse ursuline à Valeneey (Testament).

2 Le 13 fév. 1650, âgé de 53 ans, au château de Milly dans l'Anjou.

3 Bonneau- Avenant (Cte de), La Duchesse d'Aiguillon, 2<^ édit. Paris, 12°.

* M. Emile Magne résume ces documents avec une franchise que nous n'osons pas imiter ici. Voir Le plaisant abbé de Boisrobert, Paris, 1 vol. 12°, 1909, pp. 263-265 et les notes à ces pages.

[CH

Après le baptême, le premier renseignement que nous trouvons sur la vie de La Vergne nous est fourni par un poème manuscrit "Z)e Monsieur le Pailleur^ étant à la campagne avec Mme la maréchale de Thémines à Mr de la Vergne gouverneur de Mr le Marquis de Brézé"

Je suis ctirieux de nouvelles Autant de laides que de belles.

Un soldat m'apprit l'autre jour Que Pontoise estoit ton séjour.

Il me dit tes soins et tes veilles, Il me raconta des merveilles De tes fortifications.

Il me parla fort du Marquis.

Il me dit que ta chère femme Est une bonne et belle Dame (Oyseau rare en cette saison !), Qu'elle garde bien la maison, Entretient bien la Compagnie Avec sa petite Ménie, Qui de son côté vaut beaucoup.

Surtout quand elle fait le loup Son devanteau dessus sa tête.

Ainsi le Cavalier parla.

But deux coups et puis s'en alla^.

On remarquera que Le Pailleur donne à La Vergne le titre de "Gouverneur de Mr le Marquis de Brézé" et nous apprend qu'il est à Pontoise. Aussitôt M. d'Haussonville^ écrit "Un obscur poète, du nom de Le Pailleur, nous apprend que son père" (c'est à dire le père de Marie-Madeleine) "y commando! t au nom du marquis de Brézé" et à la même page "Pioche de la Vergne sera gouverneur de Pontoise pour le compte du marquis de Brézé."

D'après des recherches faites à Pontoise, il ne ressort pas que ce soit la conclusion qu'il faudrait tirer de ces vers. Le régiment

^ Povir des renseignements sixr ce poète voir l'historiette de Tallemant des Réaux, Éd. Monnierqué, T. m. p. 237 et les Œuvres poétiques de Dalibray, Édit. Van Bever, 1906, passim. Le Pailleur était un goinfre assez drôle. Il était allé visiter le maréchal de Thémines, gouverneur de la Bretagne, qui mourut en 1627. Le Paillevir devint le commensal de sa veuve.

2 Bibl. Arsenal mss. Conrart, T. xxix. P 307, N» 4127.

^ Op. cit. p. 9.

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du marquis de Brézé était à Pontoise en 1636-1637 car le 27 mai 1643 le corps de ville examine les comptes "des feas sieurs Chartin et Soret pour le faict des deniers qu'ils ont touchés et déboursés aussy pendant les années mil six cent trente-six et trente-sept que les régiments des gens d'armes de la TrémouiUe et de Breizé ont logé en cette ville^." La première mention du régiment se trouve sous la date l^r décembre 1636, quand les échevins sont autorisés à recevoir des collecteurs des tailles une somme de 3000 livres tournois, pour satisfaire à une réquisition du marquis de Brézé tenant garnison à Pontoise, et à prendre des mesures utiles pour répartir cet impôt entre les habitants de la ville. Le 26 janvier 1637 il est impossible de continuer à payer la subsistance du régiment de M, de Brézé. Les collecteurs n'ont plus de fonds et il y a peu d'espoir d'obtenir des paroisses voisines le paiement de leurs participations. Le régiment quitte la ville entre cette délibération et la suivante, qui est de février 1638, mais longtemps encore on s'occupe des dettes qu'il a fallu contracter à cause de son séjour. Les déHbérations ne disent pas que de Brézé lui-même fut gouverneur de la ville. Ce titre a existé, mais ce n'était qu'un titre honorifique et on l'attribuait à de très grands seigneurs. A coup sûr, de La Vergne n'a pas été gouverneur de Pontoise 2; M. MaUet, maire de la ville et éditeur des délibérations citées ci-dessus, écrit dans une lettre à l'auteur de ce travail (11 août 1911) "Dans les archives communales....nuUe part je n'ai vu le nom de Marc Pioche de La Vergne."

Tout nous porte à croire qu'ici (comme plus tard au Havre) La Vergne ne fut que major de la citadelle. Étant donné que La Vergne fut "masson et architecte," ce que dit Le Pailleur sur "les merveilles de ses fortifications" pourrait faire croire qu'il fut envoyé à Pontoise pour exercer son métier d'architecte ; mais ici encore les faits ne supportent pas l'hjrpothèse. En 1634, Richeheu avait supprimé les remises accordées aux villes sur les ventes de leurs greniers à sel et destinées exclusivement, disaient les papiers royaux, à l'entretien de leurs fortifications.

1 Ernest Mallet, Registre des délibérations municipales de la Ville de Pontoise, 1643-1660, 2"^ fascicule — Règne de Louis XIV — Pontoise, 1911. Dans le registre imprimé on trouve "de la TrémouiUe et de fereize (?)": M. Mallet lit maintenant de Breizé et les autres citations confirment cette leçon.

- Communiqué par M. J. Depoix, secrétaire général de la Société historique et archéologique de l'arrondissement de Pontoise.

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Il y a fort peu de chances qu'un officier royal quelconque ait été désigné pour aller travailler aux fortifications de Pontoise, qui étaient encore considérées comme l'une des charges de la ville; de plus, la situation financière n'étant pas bonne, le pouvoir central n'aurait pas consenti à fournir les fonds. Enfin, il existe des documents qui prouvent que vers 1652 pour les réparations urgentes on opéra par voie de souscription pubhque, souscription qui n'eut rien de spontané et de volontaire : l'église St Martin dut même fournir sa part d'argent^.

S'il ne faut pas exagérer l'importance de ces fonctions, il ne faut pas non plus en exagérer la durée. Le séjour à Pontoise de La Vergne et de sa famille (si toutefois sa famille demeura constamment avec lui, ce qui n'est pas prouvé) fut certainement court, car en 1638 la peste, à l'état latent depuis quelques années, devint d'une violence inouïe. Quinze cents personnes en moururent, paraît-il, et la ville fut abandonnée par ceux des habitants que la maladie n'avait pas atteints^. Quand M. d'Haussonville ajoute en guise de commentaire aux vers de Le Pailleur "La petite Ménie avait quatre ans quand elle faisait ainsi le loup^" il doit se tromper, car ce calcul nous mènerait à l'année de la peste. Il n'est pas probable que La Vergne, fixé à une aussi petite distance de Paris, ait accepté d'exposer sa femme et son enfant aux dangers de ce fléau. Au mois d'août de cette année 1638, La Vergne n'était plus à Pontoise, car parmi les lettres du marquis de Brézé déjà citées, il y en a une "A M. de Picolomini par un gentilhomme qui l'a portée à M. de la Vergne dans l'armée de M. de la force enpaquetée avec une lettre adressante à luy*." Au mois de septembre, il se trouvait au château de Richelieu comme en fait foi un document que nous citerons plus loin.

On serait tenté de croire que Madame de La Vergne et son enfant restaient pour la plupart du temps à Paris, oii La Vergne venait souvent les voir, ne faisant que de très courts séjours a Pontoise. En effet, au mois d'avril 1637, Bertaut lui écrit: "J'ai reçu celle que vous estes donné le soin de m'escrire touchant la conférence que vous avez eue avec Monseigneur le Cardinal. . . .etc. Je m'oubliois de vous dire que si par hasard le Cardina vous raparloit de moy que vous prissiez la peine de luy répondre dans le sens de cette lettre que je vous prie de monstrer à Mad.

^'2 Communiqué par M. Chennevières, conseiller municipal de Pontoise (7 août 1911), d'après ses fiches, rédigées à la suite de longues années de recherches dans les archives de la ville.

3 Op. cit. p. 10. * British Musevim mss. Egerton, 1692.

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de Combalet....!" Chapelain, de son côté, écrivant de Paris le 27 nov. 1637, à M. de Silhon, à Paris, dit (en rentrant de chez le marquis de Brézé) '"J'eus hier entretien avec Mr de La Vergne et Mme sa femme qui me ramena chez moy^."

À partir de ce moment, et jusqu'au départ de sa famille pour le Havre, il y a une période très obscure dans la vie de Marie - Madeleine^. Nous savons que La Vergne était à Pontoise vers 1637, et au Havre en 1648. Où passa-t-il cet intervalle de dix années ? À Paris, croyons-nous, car en 1640 il acheta un jardin^ — celui-là même que Madame de Sévigné trouvera plus tard "le plus joli petit lieu du monde pour respirer à Paris^."

Dans ce jardin, situé rue de Vaugirard, No. 16, au coin de la rue Férou, s'élevait la maison où Marie-Madeleine passa la plus grande partie de sa vie, avant et après son mariage; c'est là qu'elle mourut en 1693^.

Pendant le séjour qu'elle y fit avant son départ pour le Havre, elle dut commencer son éducation sous la direction de son père' qui paraît avoir eu une certaine culture. Nous avons déjà vu qu'il s'intéressait à l'architecture et "s'y connaissait un peu^." Bien qu'on se soit servi de ce fait pour dénigrer La Vergne^ il plaide plutôt en sa faveur, à une époque où l'instruc-

1 Brit. Mus. MSS. fr. Egerton, 1692, f°s 34, 35.

2 Jean Chapelain, Lettres, publiées par Ph. Tamizey de Larroque, Paris, 1880 (Documents inédits siir l'histoire de France), T. i. p. 175.

^ M. d'Haussonville (op. cit. p. 10) escamote la difficulté dans la phrase "De Pontoise elle devait sui^Te son père au Ha\Te."

* Berty et Tisserand, Topographie historique du vieux Paris, Paris, 1876, F», T. — Région du Bourg Saint-Germain — p. 328. "Grand jardin faisant le coin occidental de la Rue Férou. Il contenait environ iin arpent et un tiers.... Par sentence du II Oct. 1630 ce jardin fut divisé entre les religieuses du Calvaire.... et Fiacre Bollard.... Suivant le partage effectué le 14 Août 1631, la moitié orientale échut aux religieuses desquelles elle fut achetée le 28 Août 1640 par le sieiar de La Vergne...."

^ Madame de Sévàgné, Lettres, Éd. Monmerqué, Paris, Hachette, 1862, T. IV. p. 542.

* Po\ir une carte de ce quartier avec la nie Férou marquée voir Piganiol de laForce, Description de la Ville de Paris, 1765, 8 vols. T. vu. p. 160.

^ Ménage a dû commencer ses leçons plus tard d'après nous. Voir plus loin la discussion de la correspondance entre Ménage et Mme de La Fayette. ^ Tallemant des Réaux. Le passage est cité plus haut.

8 Généalogies. Remarques du Sieur Guillard, Bibl. Nat. MSS. fr. 25187 (Gaigmère 1025), f» 30. "EUe (Madame de La Fayette) n'est pas d'une grande naissance. Son père avoit esté masson ou architecte qui quitta ce mestier pour estre gouverneur du duc de Fronsac ou de Brézé et û s'appeloit l'Avergne."

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tion des hommes ne laissait pas une très grande part aux beaux arts. Chapelain, dans la lettre déjà citée, recherche l'amitié de La Vergne et de sa femme, et il voudrait qu'ils aient bonne opinion de lui. "Je connois mieux encore leur mérite que je n'avois fait jusqu'à cette heure," écrit-il, "et souhaite qu'ils ayent bonne opinion de moy afin qu'ils me puissent un peu aymer. Si vous les voyes l'un ou l'autre ou tous deux vous me ferez faveur de descouvrir leurs derniers sentiments de mes faiblesses, car je ne prens pas les civilités qu'on témoigne aux personnes présentes pour un jugement sur quoy on se puisse fonder." Or, bien que Chapelain ait pu paraître ridicule à l'Hôtel de Rambouillet par suite de sa tenue bizarre^, il n'était pas homme à se plaire dans la compagnie des ignorants.

Mademoiselle de Scudéry était aussi des amis de La Vergne ; elle eut même recours à lui pour qu'il la recommandât auprès de Madame d'Aiguillon 2. Il était également en relations avec d'autres habituées de l'Hôtel de Rambouillet, Mademoiselle Paulet et Madame de Sablé^. On peut même supposer qu'il fréquentait l'hôtel puisqu'il était au nombre des hôtes du château de Rambouillet en 1637. Bien plus, lorsque la Compagnie alla visiter les possédées de Loudun, La Vergne fut du voyage, et c'est même son témoignage qu'invoque l'abbé d'Aubignac de préférence à ceux de Madame de Combalet, de JuUe d'Angennes, de de Brézé et de Voiture, comme le témoignage d'un honnête homme "dont

^ Voir Emile Magne, Voiture et les origines de VHôtel de Rambouillet, 1597-1635, Paris, 2-= édit. 1911, pp. 125-7 et passim.

2 II paraît qu'en 1647 Mademoiselle de Scudéry se trouvait fort ennuyée d'être sous la main tyrannique de son frère, et que, servitude pour servitude, elle en souhaitait luie autre plus favorable au moins à ses intérêts et à son avenir. La Vergne sollicita pour elle la place de gouvernante ou de dame de compagnie dans une très grande maison. D'autres personnes avaient proposé poiir cet emploi une amie de Mlle de Scudéry — Mlle de Chalais. La première, apprenant cette nouvelle, retire aussitôt sa candidature. Voir V. Cousin, La Soc. fr. au XV IP siècle, T. 11. p. 431 Mlle de Scudéry écrit à Mlle Paulet: "Vous me ferez aussi la faveur de remercier M. de La Vergne de ses soins et de ses bons offices. Vous savez Melle ce que je vous ai dit de lui en plusieurs rencontres, c'est potu-quoi je ne vous dirai pas à quel point je suis sa servante." Bibl. Arsenal ms. Conrart, 4°, T. xi. et Cousin, op. cit. appendice, T. 11, Et dans une lettre de Mlle de Chalais à Mlle de Scudéry, "Car lorsque M. de La Vergne pria Mme la Marquise de Sablé de s'employer pour vous auprès de Mme d'Aiguillon...." Arsenal ms s. Conrart, 4", T. ix. p. 131.

^ Voir la note précédente.

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la foi ne sera pas suspecte à quiconque le connaît^." On peut donc supposer que cet "honnête homme" dirigea les premières études de sa fille, et que c'est de lui, autant que des ancêtres de la mère, que vint à l'enfant son goût pour les lettres. S'il en avait été autrement, on ne concevrait pas comment, plus tard, Ménage put trouver en elle une élève aussi apte à apprendre le latin et à goûter la httérature latine. Nous croyons donc que c'est à une époque postérieure que Marie -Madeleine commença à étudier sous la direction de Ménage, bien qu'aucune des lettres dont il sera question plus loin ne porte de date 2. Elle dut entrer en relations plus suivies avec lui par l'intermédiaire de sa parente la marquise de Sévigné — c'est à dire lorsque La Vergne fut mort et que sa veuve se fut remariée.

Après cette période, qui est assez obscure, nous retrouvons La Vergne au Havre vers 1 648^ ; il est au service de la duchesse d'Aiguillon. Ici encore on a exagéré son rôle. Il n'y a jamais été gouverneur ni même lieutenant-gouverneur. En 1648-9 cette dernière fonction fut exercée par René de Ste Maure, seigneur de Beaurepaire*. L'emploi qu'a tenu La Vergne fut celui de commandant de la citadelle pour la duchesse d'Aiguillon. Le jeune duc Armand de Richeheu et sa tante retenaient le gouvernement du Havre ; le duc de Brézé, neveu du cardinal de Richeheu, conserva l'amirauté.

Ici, les événements durent contribuer à l'éducation de la petite Marie -Madeleine ; eUe tomba en effet en pleine intrigue

^ Relation de tout ce que fay vu à Loudun en neuf jours que f ai visité

les possédés par l'abbé d'Aubignac. Datée septembre 1637. Tallemant

raconte cette visite dans l'histoire du Père Joseph {Historiettes, Éd. Mon-

merqué, T. ii. pp. 12-14). Le ms. de d'Aubignac (19 pages) se trouve à

a Bibl. Nat. ms. fr. 12801, ancien 540 du supp. fr.

2 Voir plus loin cette correspondance de Mme de La Fayette et de Ménage. Nous sommes maintenant à peu près sûr que presque toutes ces lettres ftirent écrites après le mariage de Mme de La Fayette. Mais, dans une lettre citée dans notre chapitre sur La Princesse de Clèves, Ménage dit qu'il connaît Mme de La Fayette depuis la naissance de cette dernière.

3 Martin Alphonse, Madame de La Fayette, est-elle Havraise ? Le Havre , s. d. 8", 8 pages. Nous n'avons pas trouvé cette brochtire à Paris. C'est M. le Conservateur de la Bibl. du Ha\-re qui a eu l'obUgeance de nous faire savoir les conclusions de l'auteur.

* Lorsque la duchesse d'Aiguillon devint gouverneur du Havre, elle avait sous ses ordres d'Aplemont, commandant du Havre. Voir Bonneau- Avenant (Cte de), La Duchesse d' Aiguillon, Paris, 1 vol. in 12, où il n'est pas question de La Vergne.

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et en pleine guerre. Elle se trouve au Havre au moment de la Fronde, et bien qu'aujourd'hui nous soyons trop enclins à regarder la Fronde comme une "guerre pour rire," il ne faudrait pas croire que notre scepticisme un peu méprisant ressemblât au sentiment des contemporains mêlés à cette agitation politique. Les jeunes gens, surtout, ne pouvaient voir les événements sous leur jour exact, historique: les aventures qu'ils lurent plus tard dans les romans de la Scudéry ont dû leur paraître romanesques par certains côtés, mais en même temps très réelles. L'opinion pubhque déchaînée par le Parlement, manifeste son aversion et sa haine avec une violence extrême. Mazarin, la reine, sont insultés et bafoués dans une multitude de chansons et de pamphlets d'une grossièreté inouïe; de Paris, la révolte gagne la province; le Parlement de Rouen se joint bientôt à celui de Paris ; le duc de Longue ville, gouverneur de la Normandie, mené par sa femme, prend parti pour la Fronde et y entraîne la province entière. Le Havre seul résiste et reste fidèle à la cause royale.

La duchesse d'Aiguillon avait confié son pupille aux soins d'une jeune veuve, Madame de Pons ; elle intriguait pour l'épouser. Condé et son beau-frère, le duc de Longue ville, favorisèrent sa passion; ils complotèrent pour qu'après le mariage Armand de Richeheu leur ouvrît le Havre^. Le duc de Longue ville s'empara donc de Honfleur^ et menaça le Havre. À ces nouvelles la duchesse d'Aiguillon envoya dans cette dernière ville le brave capitaine de La Vergne, et avec lui l'ordre à Ste Maure de chasser d'Harfleur les gens du duc de Longueville et d'occuper sohdement cette ville. La Vergne chargé de cette mission s'en acquitta avec succès : il se porta à Harfleur avec 300 hommes, en expulsa les officiers du duc, et, soutenu par les habitants, repoussa toutes les attaques des troupes qui avaient été laissées dans les environs de la ville^.

La mort a dû enlever La Vergne peu de temps après cet exploit. Nous n'avons pas de renseignements sur la fin du père de Marie -Madeleine et nous croyons même que jusqu'ici on

1 A. E. Borély, Histoire de la Ville du Havre, au Havre, 1880-1 881, T. ii.

2 Voir Relations véritables de ce qui s'est passé à la prise de la ville d'Honfleur, près le Havre, par V armée de Monseigneur le duc de Longueville, Paris, Nicolas de la Vigne, près St Hilaire, 1649.

3 Borély, op. cit. T. ii. p. 477, et Dmnont et Léger, Histoire de la ville d'Harfleur, au Havre, 1868, p. 48, où La Vergne est quaUfié de "commandant la citadelle du Havre pour la duchesse d'Aiguillon."

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n'avait su fixer la date de cette fin qu'à quelques années près. Dans une " reconnaissance donnée par François de la Fayette à dame Marie -Magdeleine Pioche de la Vergne, sa femme, des bijoux, objets mobiliers et autres valeurs apportés par celle-ci, le 17 Février 1655^," il est fait mention d'nn inventaire "fait à la requête de la dite dame de Sévigné après le décès du dit feu Sieur la Vergne par Quarré et Marreau....le cinquième Janvier et autres jours suivants de l'année mil six cent cinquante^." Il s'ensuit que La Vergne est mort à la fin de l'année 1649 ou aux premiers jours de 1650. Sa fille aUait bientôt avoir seize ans. Sur ces seize premières années de la vie de Marie -Madeleine nous n'avons, on l'a vu, que peu de renseignements. Pour nous, elle a dû les passer presque entièrement à Paris. Le séjour à Pontoise fut certainement très court; le séjour au Havre ne le fut pas moins — si toutefois elle y accomyagna son ^ère, car, bien que jusqu'ici, nous ayons suivi le récit de nos devanciers, nous considérons que les preuves manquent pour étabKr d'une façon sûre ce séjour de la mère et de la fille. Parmi les quelques documents qui sont venus jusqu'à nous, il existe un reçu rédigé à Paris devant Marreau par Elysabeth Péna, qui a^ait une procuration générale de son mari depuis le 2 avril 1647. Ce reçu est du 5 mars 1648. Ne croira-t-on pas, avec nous, qu'avant de partir pour le Havre La Vergne avait fait, en avril 1647, cette procuration, pour que sa femme restant à Paris pût gérer sa fortune et tenir sa maison de la rue de Vaugirard? Ce n'est qu'une hypothèse, mais du moins elle est appuyée sur un document. Jusqu'ici nous n'avons rien vu qui fût susceptible de prouver que la famiUe La Vergne tout entière ait résidé au Havre^.

^ Archives de l'Allier. Voir l'appendice.

2 L'étude Quarré et Marreau est aujourd'hui celle de M. Baudrier qui a bien voulu nous permettre de faire des recherches dans les documents qu'il conserve. Nous avons trouvé mention de cet inventaire sur l'index de ses minutes mais dans la liasse de documents de janvier 1650 cette pièce manque. L'a-t-on extraite de l'étude ? Est-elle mal classée? On ne peut le dire; d'ailleurs, pour fixer la date de la mort de La Vergne, il suffit de savoir que le document a bien existé et quelle en est la date. Au moment de mettre cette étude sous presse, nous recevons La Correspondance du Chevalier de Sévigné publiée par Messieurs Lemoine et Saulnier. "M. de La Vergne, maréchal des camps et armées du Roi, capitaine de la Marine et lieutenant de M. le Duc de Richelieu au gouvernement du Havre" a été inhumé le 20 décembre 1649 (op. cit. p. xix, d'après Bibl. Nat. Mss. fr. N° 32594).

^ Outre les deux livres de Diimont et Léger et de Borély déjà cités, nous avons consiilté avec l'espoir d'ajouter quelques détails à ce pré-

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