De Mme de la Sablière à Vabbé de Rancé
Permettez moy, M. T. R. P., de vous remercier de Testât où vous me mettez et dont vous m'asseurez ; je n'en suis plus en peine, et j'espère, avec la grâce de (7) N. S., que j'en jouirai en paix comme vous me l'ordonnez. Je n'ay esté troublée jusqu'icy, comme vous l'avez pu voir, que par les choses du dehors et par
(1) Très révérend père.
(2) Mon très révérend père.
(3) Sur ce.
(4) (Le R. P. C).
(5) Refuserez.
(6) Respect et de reconnaissance.
7) Notre Seigneur.
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l'incertitude dont vous m'avez tirée, et c'est assurément conformément à ce que Dieu m'inspire, mais je n'aurois pas osé prendre ce chemin de moy mesme, et on ne m'y auroit pas mis. Je parlai si décisivement la dernière fois que je vis (1) ce P. (appuiée de votre avis), qu'il me dit qu'il croioit en effet que c'estoit ce que Dieu demandoit de moy, que le fond de cette conduite (2) estoit bon, mais que cela estoit meslé de beaucoup de défauts, comme d'avoir en cela ma propre volonté, d'y avoir apporté de mon humeur et des considérations du monde. Je luy répondis que pourvu que la chose fut bonne dans le fond, et qu'il reconnut qu'elle m'estoit nécessaire, cela me sufTisoit. Je comprens, (3) M. T. R. P., comme vous me l'annoncez, que j'aurai besoin de patience, et mesme d'une manière qui n'est pas ordinaire, mais comme il ne se présente à mon esprit que cette peine à souffrir et celle de (4) mauvaise santé, je m'estime bienheureuse, puisqu'il me paroist qu'elle (5) me vient de Dieu et que je puis éviter toutes celles (6) qui me pourroient venir des hommes par le chemin que je prens. Je suis si susceptible de cette contagion dont vous me parlez, que je ne vois personne à qui je ne craigne de trop complaire ou de déplaire, car je suis blessée de presque tout ce que je vois ; ainsi le plus court est de ne rien voir, en tant qu'en moy est, c'est-à-dire en y apportant cette prudence que vous m'ordonnez, qui fait que les sentimens sont establis avant qu'on s'en soit aperçu. Votre charité, sur laquelle je compte pour les occasions, me donne un calme que je ne (7) puis vous exprimer; elle me rassure contre tout événement. Continuez la moy et me croiez...
A. No 17.
F. Lettre 6.