‹ Madame de La SablièreChapitre 69 sur 104 · De Mme de la Sablière à Vabbé de Rancé · texte numérisé non relu

De Mme de la Sablière à Vabbé de Rancé

2 juin [16]92.

Je continue à estre dans la paix qui augmente, ce me semble, à proportion de l'abandon et de la fidélité que l'on y apporte. 'Ce n'est pas que je ne souffre quelquefois des incommodités dans mon corps, et que (7) les sécheresses et ces âpretés (8) que vous disiez dans votre dernière lettre que (9) N. S. faisoit éprouver à quelques personnes, me soient inconnues. Non, (10) M. T. R. P.,

(1) Je le.

(2) Mal content de moi.

(3) Cf. chapitre xiu, la réponse de Rancé du 28 mai, à cette lettre du 1 6 mai 1 692.

(4) En tant.

(6) N'ai.

(7) Ces.

(8) ******* à la place du mot âpretés.

(9) Nostre Seigneur.

(10) Mon très révérend père.

je ne suis pas toujours « au haut des montagnes » pour me servir de vos termes, il s'en faut bien; mais je ne me crois jamais si heureuse que lorsque toute lumière et tout sentiment m'est osté. Je ne puis éprouver assez d'obscurité après avoir voulu, par le passé, voir clair par mon propre esprit; mais au milieu de (1) ce que tout le monde jugeroit un enfer en se servant des sens et d'une raison toute humaine, je me trouve avec Dieu et dans un calme qui surpasse tout entendement et toute expression. Je vois dans mon examen tous les jours, un nombre d'infidélités qui augmente à proportion de l'attention que j'y (2) apporte ; je me couche souvent découragée, mais dans un ferme désir d'avoir le lendemain plus de fidélité. Je me lève vuide de tout ce qui m'a occupée le soir ; c'est la vérité, et il me semble que si je ne voiois, ni n'entendois rien le reste du jour, je le passerois devant Dieu sans rien désirer autre chose ; mais d'abord que la nécessité me fait voir quelqu'un, ce qu'ils disent, ce (3) que l'on leur répond, réveille tout ce qui estoit assoupi. Je n'ay point assez de lumière pour mettre à tout cela la précision requise ; je me servirai donc, et j'ay desjà commencé, de la permission que vous me donnez d'écarter avec le plus de prudence que je pourrai, « tout ce qui paroitroit dur » (4) que je congédiasse avec brusquerie et dureté, car, dans le vray, ce qui (5) me reste est si peu, qu'il ne se peut (6) presque moins ; cependant c'est ma seule peine, et, je crois, ce qui met un plus grand obstacle entre Dieu et moy. J'attendrai votre réponse et vos ordres pour sçavoir si je pense juste, et ce que je dois faire.

A. No 48.

F. Lettre 30.

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