‹ Madame de la Verriere drame en cinq actesChapitre 39 sur 99 · ACTE II, SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VIII

HENRI

Je ne sais; mais depuis deux mois, depuis cette rencontre à laquelle vous faisiez allusion tout à l’heure, je n'ai plus qu’une pensée, c’est de vivre et de mourir pour vous!

MARIE.;

Je n’ai pas le droit de tant demander. Je serais flère de votre sympathie; tout autre sentiment serait un malheur pour tous deux.

HENRI

Qu’importe à quel titre je vous sauve ? vous souffrez, puisje vous être utile?... le reste ne doit pas pas vous occuper. marie, à elle-même.

Mon Dieu, mon Dieu, fais-je mal d’accepter la main qui s’offre à moi pour alléger le fardeau de mes peines?... si je refuse l’occasion qui m’est offerte, ma fille m’est à jamais ravie!... non, ce malheur est au-dessus de mes forces; je ferai tout pour l’empêcher. (A Henri.) Je voudrais sortir de cette maison pour deux heures; pouvez- vous...

HENRI

Pour deux heures? il faut en sortir pour la vie, et j’avais déjà songé aux moyens de vous en tirer.

MARIE

Les avez-vous trouvés ?

HENRI

Oui, je viens de visiter l’infirmerie. Il y a deux fenêtres qui donnent sur la rue...

MARIE

Donnez-moi donc la liberté cette nuit même.

HENRI

Cette nuit?

% MARIE

Oh ! pas plus tard, la bouche qui m’a menacée n’est pas habituée a menacer en vain. C’est demain matin que le départ aura lieu.

HENRI

Le départ de celui... que vous voulez voir une dernière fois?

MARIE

Ah!... vous vous trompez. (Après un silence.) Je n’ai jamais eu d’amour pour personne.

HENRI

Vous!

MARIE

Le seul être à qui je m’intéresse sur la terre est une pauvre petite créature qui ne me connaît même pas.

Et c’est elle que vous voulez voir ?

MARIE

Avec vous. Oui, vous ne me quitterez pas ; car cette enfant vient de faire une grande maladie, et quoi qu’on m’ait dit, il est

possible qu’elle soit encore en danger... Avez-vous soigné quelquefois des enfants malades?

HENRI

Tout récemment, j’ai soigné une petite fille dont la situation était bien grave. Une nuit, j’ai voulu la veiller moi-même, et j’ai été bien inspiré, car elle eut une crise, et si je n’avais pas été là, l’enfant aurait cessé d’exister.

MAIUE.

Oh ! comme sa mère doit vous aimer!

HENRI

La pauvre petite Amélie n’en a plus.

MARIE

Amélie 1

HENRI

C’est son nom.

MARIE

Vous dites qu’elle s’appelle Amélie?

Amélie de La Verrière.

MAIllB.

Et c’est vous qui l’avez sauvée! Ah! soyez béni! soyez béni !...

HENRI

Vous la connaissez donc?

MARIE

C’est ma fille !

HBNRI.

MARIE

Ah! mon nom! mon nom que je cachais, que je dois cacher à tout le monde... oubliez-le, monsieur !

HENRI

Soyez tranquille.

MARIE

Et quant à ma fille, à l’enfant que vous avez sauvée... je la verrai cette nuit, n’est-ce pas?

HENRI

Oui, oui... Mais on vient... asseyez-vous, et du calme.

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