SCÈNE IV
LALOUETTE, HENRI, MARIE, tenant sa fille dans ses bras.
(Scène muette jusqu'à la sortie de Lalouette ; Marie est comme égarée, elle s'assied sans rien dire sur un siège que lui donne Henri. Sur un signe , Lalouette allume du feu dans la cheminée; Henri prend Amélie des bras de Marie et la dépose tout endormie dans un grand fauteuil , et fait signe à Lalouette de se retirer. Puis Lalouette sort par le fond ; Marie vient s'appuyer sur le dossier du fauteuil, et regarde partout.)
MARIÉ
Où sommes-nous !...
HENRI
Dans la maison de mon père où vous avez accepté un asile jusqu’à ce que je vous aie procuré d’autres moyens de fuir.
MARIE
Un rouet... une Bible., le fauteuil où dort ma fille est celui de votre mère ; l’innocence s’y repose après la vertu. Ma mère
aussi partageait son existence entre ce livre et ce travail !
Pauvre mère! elle me répétait toujours que je ne pouvais manquer d’ètre heureuse...
HENRI
Et son horoscope n’aura pas menti ! Marie, Marie, si la plus heureuse des femmes est celle qui est la plus aimée, quelle femme peut être plus heureuse que vous? ce jour ouvre pour vous une existence toute nouvelle. Loin de vous le passé et ses souvenirs infâmes! Il ne vous en reste que ce bel ange, dont le bonheur va augmenter le vôtre et qui vous appellera sa mère à présent. Ah ! qu’avec cette fille pour vous chérir et moi pour vous adorer, votre vie sera douce et belle? Avez-vous le courage de parler de malheur devant deux êtres si profondément dévoués à votre destinée et qui ne peuvent plus vivre que du même souffle que vous?