JEAN, L'ABBÉ, VÉRONIQUE
Véronique entre en portant une grosse soupière, qu'elle pose sur la table. VÉRONIQUE.
Et la soupe est servie.
JEAN ET l'abbé.
Ah!
V É R O N I Q.U E , présentant son front à l'abbé.
Cher oncle!... Bonjour, ma nicce !
VÉRONIQUE, à Jean.
Monsieur Jean, Je me suis surpassée aujourd'hui...
Soulevant le couvercle de la soupière.
Jugez-en.
JEAN
Voyons cela, mignonne... Oh! la bonne bouffée!
Jean et l'abbé se mettent à table et commencent à manger. Véronique a son couvert mis et s'assied aussi, mais à ch.aque insunt elle se lève pour servir.
Mais VOUS êtes vraiment notre petite iée,
i6 LE TRÉSOR.
Véronique, et depuis que vous êtes ici, Le deuil de ma maison déjà s'est éclairci. Tant vous y répandez la vie et la lumière.
VÉRONIQUE
Laissez donc, monsieur Jean ! je joue à la fermière Comme la pauvre reine a fait à Trianon, Et j'ai lu Florian, voilà tout.
JEAN
Eh bien, non.
Watteau goûterait peu ma bergerie en prose. Où les moutons n'ont pas au col un ruban rose ; Et dans cette ruine où je vis en fermier, Florian se plaindrait de l'odeur du fumier. Non, non, vous n'avez pas la tète si légère : Vous êtes une bonne et fine ménagère ; Et le pauvre garçon, qui sait ce qu'il vous doit, Bénit Dieu qui vous a conduite sous son toit!
VÉRONIQ.UE, à part.
Quand il me parle ainsi, comme mon cœur palpite !
l'abbé, à Jcjn.
Et moi, j'aurai du moins amené la petite;
Elle paira pour deux votre hospitalité;
Car je sens durement mon inutilité,
Chers amis, et j'en souffre en mes nuits d'insomnie.
Bon à rien!... Je ne suis qu'un homme de génie!