‹ Madame de MaintenonChapitre 127 sur 128 · L ABBE · texte numérisé non relu

L ABBE

On gagna la bataille... Après quoi, Henri, qui sut le fait, désira, comme on pense, Donner au brave duc sa juste récompense. Mais votre aïeul, héros digne d'être Romain, — La chose est tout au long dans ce vieux parchemin Fait à Dieppe et timbré des armes de la ville, — Refusa tout, et fit, par un orfèvre habile, Faire des bijoux faux tout pareils aux anciens, Voulant, comme il le dit, que les femmes des siens. Qui porteraient son nom aux époques futures. N'eussent d'autre ornement que ces vaines parures, Durable souvenir, qu'il léguait à leurs fils. De ce qu'il avait fait un jour pour son pays !

JEAN

Mon noble aïeul !

VÉROXiaUE, à part.

Dieu bon ! est-ce que tu m'exauces ?

JEAN, montrant le coffret à l'abbé.

Ainsi, vous l'avez dit, ces parures sont fausses.

l'abbé, stupéfait.

Ces parures?.. Hein? quoi?... Le trésor?

JEAN

Le voici.

Mais vous m'avez prouvé qu'il était faux... Merci!

l'abbé.

Vous l'aviez découvert?.. Je détruis votre joie!

Il se laisse choir dans un fauteuil.

Ah!

Je comprends le don que l'ancêtre m'envoie... Trésor de dévoûment, trésor de loyauté, Tu me rends le bonheur avec la pauvreté ; Et bien plus que tout l'or du monde je t'estime, Fortune de vertu, legs d'un aïeul subUme ! Soyez les bienvenus, car vous comblez mes vœux. Perles sans orient et diamants sans feux! Car j'ai souffert pendant mon heure de richesse ; Et le sort à présent me fait vraiment largesse, Qui, tout en m'accablant de ce surcroit d'honneur. Me permet de rester un pauvre moissonneur. Partez sans un regret, décevantes chimères !

Prenant la maiu de Véronique.

Vous voyez les bijoux qu'ont portés mes grand'méres ! C'est ma dot, Véronique ; ils n'ont pas de valeur. Et l'éclat de vos yeux brille plus que le leur. Voulez-vous cependant les accepter quand même?

VÉRONIQUE

Puisque vous restez pauvre, et puisque je vous aime!

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