LES MÊMES, LE ROI, LOUVOIS, SEIGNEURS ET DAMES DE LA COUR
Le roi, entouré d'une suite nombreuse de courtisans, entre en scène. Il a l'air très sombre, et, en apercevant M™' de Maintenon et Henriette, il leur jette un r^ard sévère. Louvois, mêlé à la foule, épie avec anxiété ce qui va se passer.
LE ROI, à M»« de Maintenon.
Madame, vous savez la pénible nouvelle : Le comte d'Aubusson contre nous est rebelle.
io6 MADAME DE MAINTENON
Votre proche parent ! votre cousin germain !
Ah ! nous ferons sentir le poids de notre main
Aux huguenots, puisque l'Edit ne peut suffire.
Quoi ! Quand nous lui laissions son grade et son navire,
Quand nous ne voulions pas, même, qu'il émigrât !
Il n'est pas seulement coupable, il est ingrat.
Nous sommes malheureux avec votre famille,
En vérité ! Jusqu'à cette petite fille
Qui résiste toujours à nos plus saints prélats.
Mais c'est trop d'indulgence, enfin ; nous sommes las.
Tant d'aveugle bonté porte aux rois préjudice ;
Nous nous en souviendrons, et nous ferons justice.
Long silence.
MADAME DE MAINTENON au roi très humblement.
Le roi permetlra-t-il que je parle après lui ? Seule, Sa Majesté doit juger aujourd'hui Si pour l'éclat royal, que l'Europe contemple, Un acte de pitié vaudrait moins qu'un exemple. Et, que dis-je ? — il serait fâcheux qu'elle hésitât Un moment à punir un criminel d'État, Parce qu'il est parent de son humble servante. — Non, ce qui me désole et ce qui m'épouvante. C'est que de ce forfait de monsieur d'Aubusson Il puisse rejaillir sur moi quelque soupçon ; C'est que le roi, cédant au courroux légitime. Ne me consente pas toujours la même estime. Mais, cela, mon honneur ne l'admettra jamais. Donc, au coup qui me frappe, ici, je me soumets.