INTRODUCTION. XXVII
un double honneur pour madame de Maintenon d'avoir aimé Racine, et d'avoir renoncé à le faire jouer à Saint- C^r. Pour elle-même, elle n'a pas un style remarquable. Ce n'est pas un grand écrivain, parce que, pour être un çrrand écrivain, il ne suffît pas d'avoir du goût, il faut avoir de l'imagination, et madame de Maintenon en a peu. Ce qui fait en elle l'excellent professeur la condamne à être un écrivain secondaire. Mais les qualités secondaires précisément, ou plutôt moyennes, du style, elle les a pleinement. Madame du Deffand parle excellemment de son style « net, clair, et court ». Ce style simple^ naturel, sans tour, sans parure, est d'un grand charmedansleslettresintimes, les entretiens, les instructions, les expositions. Au fond, c'est le style des administrateurs, des bons professeurs, des diplomates, et des hommes d'action. C'est celui de Commines, moins les longueurs qui tiennent au temps; c'est celui de l'excellent écrivain Mézeray ; c'est celui de Henri IV, moins la verve et la saveur gasconne ; c'est surtout celui de Louis XIV, avec plus, je ne dirai pas de bonne grâce, maisde bonhomie. Ilsembleque ce soitpour madame de Maintenon que La Bruyère aécritcette ligne remarquée : « Un style grave, sérieux, scrupuleux va fort loin ». Ajoutez vigoureux et solide, et vous aurez une définition assez exacte de la manière d'écrire de madame de Maintenon, qui n'est que sa manière de penser. Quelquefois (assez rarement) certains charmes inattendus s'y mêlent, de l'esprit sans prétention , non sans finesse, par exemple. Madame de Maintenon, nous l'avons déjà vu, sait sourire ; elle sait même plaisanter.
Les cantemporains ont beaucoup parlé de son « enjouement » parce qu'ils l'ont connue jeune, tandis que nous n'avons dans les « œuvres » que madame de Maintenon assez âgée, et très âgée. Même en cette saison de la vie elle a quelques traits de bonne humeur assez agréable. Un jour, Bourdaloue devait prêcher à Saint-Cyr : « Au moins, mon Père, lui dit d'Aubigné, dînez bien, car Saint-Cyr est la maison de Dieu : on n'y mange ni on n'y boit. — Il est A^rai, dit madame de Maintenon, que notre fort est l'instruction, et notre faible l'hospitalité. » Retirée à Saint-Cyr à l'âge de plus de quatre-vingts ans, le médecin Besse l'avait un jour mise à la diète. A son tour, madame de Maintenon, trouvant que Saint-Cyr était trop la maison de Dieu,