‹ Madame de Montespan et Louis XIV: étude historiqueChapitre 120 sur 204 · MADAME DE MONTESPÀN AU DUC DU MAINE · texte numérisé non relu

MADAME DE MONTESPÀN AU DUC DU MAINE

A Fontainebleau, ce 23 septembre 1C81.

Si j'étois capable de ressentir quelque mouvement de joie, j'en aurois eu de voir la manière dont le roi a reçu la pro-

* Correspondance générale de madame de Maintenon, t. II, p. 189.

* Le duc du Maine, dont le marquis de Montchevreuil était gouverneur.

* C4orre8pondance généra ie de madame de Maintenons t. Il, p. 210.

position que vous faites d'aller à la guerre ; il en a 6tè d content, qu'il en parloit à tout le monde, et je ne doute pas que si vous eussiez été ici, il ne vous eût mené avec lui Pour moi , qui aime votre réputation par dessus toutes choses J'aurois consenti sans peine à vous voir entreprendre un voyage où votre santé auroit été fort hasardée, pour jouir du plaisir de vous entendre louer de tout le monde, et de vous voir faire quelque chose qui marque un courage et une ambition convenables au fils d'un héros. Je ne vous parle point des autres endroits dont vous pourriez tenir de pareils sentimens; mais il est pourtant bon que vous sachiez que vous êtes heureusement sauvé du mélange du sang qui arrive d'ordinaire aux gens de votre espèce, et que, de quelque côté que l'on vous regarde, on vous trouvera la noblesse, du courage et de l'esprit; c'est une singularité bien avantageuse, mais qui vous engage aussi à en bien profiter'.

Je ne vous parle point de ma douleur' ; vous êtes de trop bon naturel pour ne l'avoir pas ressentie par vous-même. Pour mademoiselle de Nantes^, elle a été touchée comme à vingt ans et a reçu les visites de la reine, de madame la Pauphine et de toute la cour, d'une grâce merveilleuse; tout

* D'après madame de Caylus, iiiadame de Tliianges n'admettait que i^oux maisons nobles en France, les Mortemart et les La Rochefoucauld ; A r< si elle ne disputoit pas au roi l'illuslration, elle lui disputoit quelâi<<»Cois rancicnneté, parlant à lui-même. » Voilà comment le duc du Às\w î>i' trouvait « sauvé du mélange du sang qui arrive d'ordinaire »u-,v ^^us de son espèce; » de sorte que le double adultère du roi et de !it.(Jfc^^\o de Moniespan n'était qu'une sorte de mariage de la main sauyhi^P dont elle et ses enfants n'avaient qu'à s'honorer. Comment |iuuv«iJ(..\Mi dire tout cela à un enfant de onze ans et comment poo- \:ut-il !i; ^Hnnprendre? [Note de Lavaitée.)

'• Iàï^ V(fU«it de perdre mademoiselle de Tours, sa fille, morteà Bourhmi )u Là «^|)iombre.

' Sa lUlu dUxèCi alors âgée de huit ans. Toute la cour lui fit une vi- >>iii- iii> cuuUi/l^nce, ditLavallée, la reine aussi!

nonde Tadmiroit; mais j'avoue que j'ai payé trop cher i louanges pour les avoir ressenties. Tous les lieux ici où Ai vu cette pauvre petite me touchent si sensihlemenl quo esuis bien aise d'entreprendre un voyage qui par lui-mêmo est le plus désagréable du monde, dans IVspérance que In dissipation me diminuera un peu les vapeurs qui no me quittent point depuis la perte que nous avons faite. Je crains bien que cet éloignement ne retarde encore Tarrivée de vos lettres.

Je mande à M. le marquis de Montchevreuil, qu'il peut prendre ses mesures pour votre retour selon qu'il jugera à propos; mais je crois que vous en serez un peu moins pressé quand vous saurez que le roi ne sera de retour que dans six semaines. En cas que vous reveniez devant, vous trouverez l'hôtel de Longueville* en état de vous recevoir.

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