LOUIS XIV A COLBERT
A Yitry, ce 5 octobre 1681 .
Je ne doute point de votre joie sur la reddition de Strasbourg; voire lettre n a pas laissé de me faire plaisir, et vos expressions fortes font voir comment vous sentez et connoissez la grandeur de la conquête, si on peut dire ce mot d'une place qui ne s'est pas défondue'.
Madame de Montespan m'a envoyé, devant que de me
joindre, une lettre de ma grande cousine'', par laquelle elle
Bie demande des choses que je ne peux lui accorder; elle
''^eprie aussi de lui faire réponse. Je lui en ferai une géné-
''^^e, et je me remettrai à vous pour lui dire mes intentions,
J^ Vous envoie sa lettre, afin que vous connoissiez mieux ce
V'elle désire, et que vous lui expliquiez plus juste ce que vous
'"' direz de ma part. Vous Tirez donc trouver, et après lui
avoir rendu la lettre que je vous envoie pour elle, vous lui
^^pliquerez en termes honnêtes que je reçois toujours les
Jï^arques de son amitié et de sa confiance avec plaisir et que
I® suis très-fâché quand je ne saurois faire ce qu'elle désire;
ï^e je crois lui avoir assez montré le plaisir que j'ai à lui en
^li^e en accordant à Lauzun ce que je lui viens d'accorder *;
* Cabinet de M. le duc de Luynes, Mss. n» 95, carton 2.
* Voir dans V Histoire de 1j)uvois, de M. Rousset, 2« partie, t. I, cli. i, ^ curieux épisode de la prise de Strasbourg.
'* Uademoiseile de Montpensier.
* Mademoiselle avait lait don au duc du Maine du comté d'Eu et de la ^^''flcipauté de Bombes valant 200,000 livres de rente en échange delà '^erlé de Lauzun, retenu depuis onze ans à Pignerol. Mademoiselle au-
que sa nouvelle demande m'a surpris, qu'on peut espèr avec le temps quelque changement; mais qu'à cette heui*^^ e ne saurois rien faire de plus que ce que j'ai fait. Vi^us joindrez à cela toutes les honnêtetés et tous les complimens que vous croirez convenables.
Je vous envoie une lettre sans signature qui a été envoyée au Père de la Chaise. J'ai peine à croire ce qu'elle contient, mais si cela étoit, j'en serois tout fâché, et je veux que vous vous en informiez, que vous y remédiiez, et que vous m'en rendiez compte.
Il ne me reste à celte heure qu'à vous assurer de la continuation de mon amitié.
J'oubliois à vous dire, sur la déclaration publique de la donation •'*, que je crois qu'il n'y a point de temps à perdre , et que mon intention est que vous fassiez tout ce qui sef^ nécessaire pour cela.
Je vous envoie la copie de la lettre que j'écris à ma cou:^ sine.
A Nevers, à 2 heures [octobre 1681].
J'ai reçu ici la réponse du roi par laquelle il me mand^
rait voulu plus encore; mais, au mois d'avril 1682, le roi n'avait pa»- '^ cessé de tenir rigueur à Lauzun qui, après l'avoir salué à Saint-Ger-"^^^^ main, n'y était plus retourné. [Corre&p. de Bussy-Rabutin ^ t. Y^ p. 300.)
' La donation faite par Mademoiselle en faveur du duc du Maine.
* Je dois la communication de cette pièce à l'obligeance de M. Gharavay. — Un catalogue de sa maison contient l'analyse d'une autre précieuse lettre de madame de Montespan à Lauzun, du 20 octobre 1681, que je n'ai pu me procurer. « Vos intérêts, lui dii-elle, me sont plus considérables que les miens. Mademoiselle m'a écrit [une lettre] où elleme presse de songer à vous Je suis persuadée qu'elle fait de son mieux; mais ceux qui ont l'esprit plus libre qu'elle et qui savent mieux la fin
DE SA FAMILLE ET DE SES AMIS. i65
qu'il ne peut accorder ce que je lui avois demandé*, el que tout ce qu'il peut faire présentement est de vous faire mettre dins lune des quatre villes que vous aimerez le mieux, de Neyeps, d'Âmboise, de Tours ou Bourges, avec un écrit de vous par lequel vous promettez de n'en point sortir. Il m'envoie même les ordres pour les donner à M. de Maupertuis ' ; Mais je les remporte en attendant votre réponse. Je ne puis w'empécher de vous prier de ne vous point laisser abattre ; feroi est juste et bon; ainsi, Ton doit toujours tout espérer. Mandez-moi ce qui vous convient que je réponde, dans la ^^sposition où vous voyez les choses, afin que je ne perde pas un moment à vous marquer Fenvie que j'ai de vous ser- ^^' Mandez-moi aussi ce qu'il faut dire à Mademoiselle.