‹ Madame de Montespan et Louis XIV: étude historiqueChapitre 137 sur 204 · L'ABBESSE DE FONTEVRAULT A DANIEL HUET · texte numérisé non relu

L'ABBESSE DE FONTEVRAULT A DANIEL HUET

A Fontevrault, ce 13 août 1691.

Si vos diocésains vous importunent, il faut convenir au

Moins que leur conversation ne vous a pas encore rouillé.

^ lettre que vous venez de ra'écrire ne tient en aucune ma-

'ïïèpe des affaires dont vous vous plaignez et de la mauvaise

humeur qui les accompagne ordinairement.

Elle a été lue à toutes les personnes qui y ont pris part, cl elles en ont jugé comme moi.

Je commence à espérer que vous trouverez ma sœur, si

vous venez ce mois de septembre, et que vous pourrez même

vous en retourner de compagnie. Avant que votre lettre ar-

'*vât, elle m'avoit chargée de vous mander que cela étoit

possible, si vous le vouliez, et qu'elle le souhaitôit fort. 11

faut bien céder à toutes ses sollicitations et vous défaire

P'omptement de vos embarras. Je me flatte que cela arrivera,

®^ <ïiie c*est tout de bon que vous avez envie de nous voir.

® Vous assure. Monsieur, que nous vous le rendons bien et

^^ nous en parlons très-souvent. Ce que vous dites sur Cou-

P^^^lte* ne se peut payer; je lui ai trouvé, comme vous, une

^*^tie précieuse, qui n*est pas tout à fait si charmante que

^ Voix ; mais les airs naturels qui vous charmèrent ne lais-

^,,* De qui s'agit-il donc? Il y avait alors à la cour les Villacerf, les j'^llnines, les Villarceaux, les Villars, les Villedieu, les Villequier, les ^Uleroy, les Yilliers, etc. On choisira.

*■ Toir Lettre 57, p 284.

seroicnt pas de se trouver encore dans l'occasion, et je suis fort trompée si les poires n'étoient encore capables de loi faire affronter d'assez grands périls. Au pis aller, nous tous fournirons d'autres personnes de ce mérite-là tant que foos voudrez, et qui Font même sans aucune altération.

Je n'entame point le récit d'une fête qui vous aoroit diarmé, parce que nous le gardons pour quelque soirée. C'est la translation de la Sainte-Famille 'dans une grande maison dont vous avez vu le plan. Vous voyez que le fondement do cettt; fête est très-pieux ; cela n'empêcha pas qu'elle fût très-divertissante. Voilà tout ce que vous en saurez pour le présent. J'ai toujours oublié à vous mander que Duprè parut le jour même où je vous avois mandé qu'il étoit invisible, et qu'il a été repris en votre considération.

Mademoiselle de Mortemart prétend que vous ne tous plaignez d'elle que pour varier la phrase, et que jamais vous n'avez été plus content l'un de l'autre que depuis quelle a respiré l'air de la cour. Pour mademoiselle de Maure, je ne me commets plus à vous parler d'elle, puisque vous me déclarez si nett(»ment que vous ne voulez point de moi pour confidente. Ce mépris me réduit à prendre le rôle de gouvernante, dont vous serez peut-être encore plus incommodé.

Vous me réjouissez de me promettre que j'aurai bientôt le livre du Paradis terrestre^. J'avois déjà ouï dire que la réponse de Régis * n'étoil pas aussi forte qu'on l'avoit attendue d'un aussi grand cartésien que lui. On me l'a envoyée, il y a longtemps, mais je n'en ai vu que les premiers feuillets, parce que la présence de ma sœur m'ôte tout à fait,

- Maison de bionfaisnnce établie à Fonlevrnult.

5 De la situation du Paradis terrestre, par Daniel Huet. L'ouvrage parut en 1091, en un volume in-12.

* Un jésuite, orientaliste, de ce nom, vivait encore en 1721. Est-ce le mô.ne?

comme VOUS savez, le loisir de lire. Il y a une Vie de Descar-

toque nous lisons à bâtons rompus, nnademoîselle de Mor*

temartetmoi; comme elle est de deux tomes in-4'*, nous

avons bien de la peine à en venir à bout, et nous ne sommes

pière contentes de toutes les choses inutiles qui y sont en-

^«ssées, non plus que du style*. Nous raisoimerons de tout

<^la quand vous serez ici, ou plutôt nous vous entendrons

'^aisonner.

Ma sœur vous mande qu'elle vient de Richelieu ^ où

vous avez été fort souhaité, aussi bien qu'ici ; elle dit qu'une

P^i'sonne plus éveillée qu'elle ne vous feroit pas valoir les

*^tres, mais que sa sincérité l'emporte sur ses intérêts, ol

^ elle compte d'ailleurs que vous ne laissez pas de distiii-

*'iîgUer et de connoitre que ses sentimens, aussi bien que

®^ ïïiiens, sont beaucoup au-dessus de ce que tous les fai-

^^**s de complimens peuvent vous dire. Je suis environnée

^ tant de distractions que je ne sais moi-même ce que je

^^Us dis ; vous ne vous en apercevrez que trop à mon écri-

***^eet àmonstvle.

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