III. — Remarques
Dans les mêmes semaines où il composait Christel, Sainte-Beuve écrivait quelques-uns des poèmes qu'il rassemblait le 19 septembre 18^0 en une brochure anonyme de 24 pages sous le titre : Un dernier rêve (\'oir Le livre d'or de Sainte-Beuve : n° 4 de la BibliograpJiie). Il v exprimait le charme qu'il ressentait auprès des deux filles du général Pelletier ; on sait qu'il allait bientôt demander la main de l ainée, qui lui ("ut refusée.
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On lit dans un Sonnet de ce petit recueil.
J'ai fait le tour des choses de la vie ; J'ai bien erré dans le monde de Fart...
Et j'ai trouvé, bien las enfin et mûr,
Que pour l'art même et sa beauté plus vive,
Il n'est rien tel qu'une grâce naïve ;
Et qu'en bonheur il n'est charme plus sûr. Fleur plus divine aux gazons de la rive. Qu'un jeune cœur embelli d'un front pur !
Christel est de la même veine et, sous une forme romanesque et délibérément poétique, traduit le même rêve avorté.
Page 94, lignes 9-10. — J'en sais qui se renflamment... et qui ont eu deux saisons. — C'est tout le thème de Madame de Pontivy ; voir pages 28 et 29 la fin du prologue de cette nouvelle.
Page 95, lignes 4 et suivantes. — Un autre... — Cet autre est Sainte-Beuve lui-même, et ce passage est un de ceux qui feraient croire, quelle que fût la véritable inspiratrice, ou la destinataire de Christel^ qu'en écrivant cette nouvelle il n'avait pas encore
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renoncé à réveiller le cœur de Mme Victor Hugo. Car les vers qu'il cite sont de lui, et adressés à elle ; ils font partie du Livre d'Amour où ils se lisent vers le milieu de la pièce YIII, intitulée Récit; pour en bien comprendre le sens il faut y ajouter deux vers encore, qui, dans le livre, achèvent la période poétique, en un style, d'ailleurs, regrettable :
J'eus...
La langueur irritante où se bercent les sens ;
Tourments moins glorieux, moins beaux, moins innocents,
Mais plus réels au fond pour la moelle qui crie,
Qu'une resplendissante et prompte idolâtrie ;
Un amour plus infirme en naissant, et plus dur
A contenir ensuite au type chaste et pur...
Et, dans le Livre d'Amour, une note cite en ces termes le passage plus haut mentionné, et d'ailleurs plus complet, de la Princesse d'Élide qui semble justifier la thèse intéressée de Sainte-Beuve : On sait les vers de Molière dans la Princesse d'Élide...
On n'a nulle part remarqué encore, semble-t-il, que c'est en 1889, dans la Revue des Deux-Mondes, que Sainte-Beuve a publié le premier fragment du Livre d'Amour, dissimulé et comme niché au sein
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de celte nouvelle. 11 en avait publié le premier vers isolé en i83"; dans Madame de Pontivy (voir plus haut p. 3i). A-t-il voulu provoquer la curiosité de ses lecteurs — ou plus simplement celle de Mme Hugo ?. . . Ou bien songeait-il, en 1889, à une publication prochaine du recueil secret?
Page 116, lignes 9-1 1- — Un livre alors tout nouveau... : c'étaient les Méditations Poétiques. — 11 faut presser un peu les dates pour sauver la vraisemblance de ce détail : les lectures de Christel et d'Hervé sont datées par Sainte-Beuve de l'hiver qui joint 1819a 1820 puisqu'on lit après cet épisode: Le printemps revenait; avril, dès le matin. . . Or les Méditations parurent, auplustôt,entrele4etle 1 1 mars 1820, à Paris. . . — Ilestcurieux, au surplus, d'observer qu'en imaginant cet épisode, Sainte-Beuve anticipait sa propre histoire ; cinq à six ans plus tard, Mme d'Arbouville lui ayant demandé, un après-midi qu'ils étaient seuls, de dissiper sa mélancolie par une lecture, il lui lut les Préludes et Saplio des i^ouvelles Méditations.