DE Me DE SÉVIGNÉ À Mme DE GRIGNAN
Aux Rochers, mercredi 20e juin 1685.
« Je leur (les pères capucins) écrivis l’autre
jour que ma jambe suoit ; ils me répondirent qu'ils le savoient bien, que c’étoit là le but de leurs remèdes, et que j'étois entièrement guérie ; ils m'ont envoyé d’une essence qu’ils appellent de l’émeraude, qui guérit et console et perfectionne tout, et sent divinement bon. Je me fais violence pour me taire de ces gens-là : ils ont envoyé un dernier remède à ma belle-fille, après lequel ils n’ont plus rien à dire; mais comme ils ne sont point charlatans et qu'ils ne promettent rien, ils ne sont point embarrassés quand ils n'ont point tout le succès qu'ils désirent: il est vrai que cela n'arrive pas souvent. Pour mes vapeurs, ma chère enfant, je n’en ai pas eu depuis ; elles n’ont rien de commun avec ma jambe, et si elles me revenoient, je ne me tiendrois pas éconduite, de l'esprit d’urine, pour n'avoir pas dormi une nuit ; on a quelquefois des dispositions qui empêchent quelquefois de dormir, sans l’esprit d'urine, et sans qu'on sache pourquoi. »