‹ Madame de Sévigné maladeChapitre 25 sur 134 · DE Mme DE SÉVIGNÉ A Me DE GRIGNAN · texte numérisé non relu

DE Mme DE SÉVIGNÉ A Me DE GRIGNAN

Aux Rochers, dimanche 1e décembre 1675.

« Le matin, je lis l’Æistoire de France; l’aprèsdiner, un petit livre dans les bois, comme ces Essais, la Vie de Saint-Thomas de Cantorbery, que je trouve admirables, ou les Zconoclastes ; et le soir, tout ce qu’il y a de plus grosse impression : je n'ai point d'autre règle. »

492, DE Me DE SÉVIGNÉ À Mme DE GRIGNAN.

Aux Rochers, vendredi 17e janvier 1676.

« À force de me parler d’un torticolis vous me l'avez donné, je ne puis remuer le côté droit : ce sont, ma chère enfant, de ces petits maux que personne ne plaint, quoi qu'on ne fasse que criailler. Mon fils s’en pâme de rire ; je lui donnerai sur le nez tout aussitôt que je le pourrai. En attendant, ma chère enfant, je vous embrasse avec le bras gauche de tout mon cœur. Le frater va vous conter des lanternes. Votre eau de la reine de Hongrie m’aura guérie avant que cette lettre soit à Paris. Adieu, ma chère enfant. »

DE CHARLES DE SÉVIGNÉ

« Je ne ris point comme ma mère vous le mande; mais, comme son mal n’est rien qui

puisse nous causer la moindre inquiétude, on la plaint de ses douleurs, on l’amuse dans son lit, et du reste, on fait tout du mieux que l’on peut pour son soulagement. Je crois que vous voulez bien vous reposer sur moi et sur le bon abbé de tout ce qui regarde une santé qui nous est si précieuse ; soyez en repos de ce côté-là, ma petite sœur, car nous serons assurément guéris, quand vous commencerez d'être en peine. »

493, De Mme pe SÉVIGNÉ À Mme DE GRIGNAN.

Aux Rochers, dimanche 19° janvier 1676.

« Je me porte mieux, ma très chère; ce torticolis étoit un très bon petit rhumatisme; c’est un mal très douloureux, sans repos, sans sommeil; mais il ne fait peur à personne. Je suis au huitième, un peu d'émotion et les sueurs me tireront d'affaire ; j'ai été saignée une fois du pied, et l’abstinence et la patience achèveront bientôt ; je suis parfaitement bien servie par Larmechin, qui ne me quitte ni jour ni nuit. Enfin, ma fille, j'eus hier un extrême plaisir à lire vos lettres ; c'est une conversation qui me ravit..……

« Adieu, ma très chère, je vous embrasse, et c'est aujourd’hui du bras droit. »

DE CHARLES DE SÉVIGNÉ

« Vous voyez, dans ce que vous écrit ma mère, l'état véritable de sa santé ; mais quoique sa maladie ne fasse nulle frayeur, et que les sueurs

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commencent à diminuer ses douleurs, elles sont toujours si cruelles, que l’état où nous la voyons fend le cœur à tous ceux qui l’aiment: je sais que vous me faites bien la grâce de penser que je suis de ce nombre, et que je fais tout ce qui est en mon petit pouvoir pour la soulager, je voudrois bien de tout mon cœur être bon à quelque chose; mais, par malheur, je ne suis bon à rien, et si j'ai quelque mérite, c’est celui d’avoir Larmechin (son valet de chambre) qui fait des merveilles jour et nuit. Vos lettres sont très bonnes et même nécessaires pour la santé et le divertissement de notre chère malade ; c’est dommage qu’elles ne viennent que de huit jours en huit jours.

« Adieu, ma chère sœur, nous divertissons ma mère autant que nous pouvons : c’est presque la seule chose dont elle ait présentement besoin, car pour le reste, il faut qu'il ait son cours, et nous comptons sur trois semaines : sa fièvre a diminué justement le sept, vous voyez bien que c’est une marque convaincante qu'il n’y a nul danger. »

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