‹ Madame de Sévigné maladeChapitre 32 sur 134 · CPC NT D US PR RP EN VO · texte numérisé non relu

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c'est avec raison. Je me suis purgée une fois de la poudre de M. de l’Orme, qui m'a fait des merveilles; je m'en vais encore en reprendre ; c'est le véritable remède pour toutes ces sortes de maux : après cela, on me promet une santé éternelle. Dieu le veuille... Avant que de fermer ce paquet, je demanderai à ma grosse main si elle veut que je vous écrive deux mots : je ne trouve pas qu’elle le veuille; peut-être qu’elle le voudra dans deux heures.

« Adieu, ma très belle et très aimable; je vous conjure tous de respecter, avec tremblement, ce qui s'appelle un rhumatisme ; il me semble que présentement, je n'ai rien de plus important à vous recommander, voici le frater qui peste contre vous, depuis huit jours, de vous être opposée à Paris, au remède de M. de l'Orme. »

DE CHARLES DE SÉVIGNÉ

« Si ma mère s’étoit abandonnée au régime de ce bonhomme, et qu’elle eût pris tous les mois de sa poudre, comme il le vouloit, elle ne seroit pas tombée dans cette maladie, qui ne vient que d’une réplétion épouvantable d’humeurs; mais c’étoit vouloir assassiner ma mère, que de lui conseiller d’en prendre une prise. Cependant ce remède si terrible, qui fait trembler en le nommant, qui est composé avec de l’antimoine, qui est une espèce d'émétique, purge beaucoup plus doucement qu'un verre d’eau de fontaine, ne donne pas la moindre tranchée, pas la moindre

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douleur, et ne fait autre chose que de rendre la tête nette et légère, et capable de faire des vers, si on vouloit s’y appliquer. Il ne falloit pourtant pas en prendre! « Vous vous moquez, mon frère, de vouloir faire prendre de l’antimoine à ma mère? Il ne faut seulement que du régime, et prendre un petit bouillon de séné tous les mois. » Voilà ce que vous disiez. Adieu, ma petite sœur, je suis en colère quand je songe que nous aurions pu éviter cette maladie avec ce remède, qui nous rend si vite la santé, quoique l’impatience de ma mère lui fasse dire. Ma mère s'écrie : « O mes enfants que vous êtes fous de croire qu'une maladie se puisse déranger! Ne faut-il pas que la Providence de Dieu ait son cours ? Et pouvons-nous faire autre chose que de lui obéir? » Voilà qui est fort chrétien ; mais prenons toujours à bon compte la poudre de M. de l'Orme. »

501. DE CHARLES DE SÉVIGNÉ, SOUS LA DICTÉE DE Mre pe SÉVIGNÉ À Me DE GRIGNAN.

Aux Rochers, dimanche 19e février 1676.

« Voilà justement, ma chère fille, ce que nous avions prévu.dJe vois vos inquiétudes et vostristes réflexions dans le temps que je suis guérie. J’ai été frappéerudementde l'effet que vous feroit cette nouvelle, vous connaissant comme je vous connois pour moi : mais enfin vous avez vu la suite de cette maladie, qui n’a rien eu de dangereux.

Nous n'avions point besoin de vous faire de finesse dans le commencement; nous vous par-

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lions de torticolis, et nous croyions en être quitte pour cela; mais le lendemain cela se déclara pour un rhumatisme, c'est-à-dire pour la chose du monde la plus douloureuse et la plus ennuyeuse, et présentement, quoique je sois guérie, que je marche dans ma chambre, et que j'aie été à la messe, je suis toute pleine de cataplasmes : véritablement cette impossibilité d'écrire est quelque chose d’étrange, qui a fait en vous tous les mauvais effets que j'en avais appréhendés. Croiriez-vous bien que notre eau de la reine de Hongrie m'a été tout contraire pendant tout mon mal? Je remercie les Pichons d’avoir remercié Dieu de si bon cœur, et je promets à M. de Grignan deux lignes de ma main aussitôt qu’on m'aura ôté mes cataplasmes. »

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