‹ Madame de Sévigné maladeChapitre 44 sur 134 · DE Me DE SÉVIGNÉ À Mme DE GRIGNAN · texte numérisé non relu

DE Me DE SÉVIGNÉ À Mme DE GRIGNAN

A Paris, vendredi 10e avril 1676.

« Plus j'y pense, ma bonne, et plus je trouve que je ne veux point vous voir pour quinze jours. Si vous venez à Vichy ou à Bourbon, il faut que ce soit pour venir ici avec moi; nous y passerons le reste de l'été et de l’automne, vous me gouvernerez, vous me consolerez, et M. de Grignan vous viendra voir cet hiver, et fera de vous tout ce qu'il trouvera à propos. Voilà comme on fait une visite à une mère que l’on aime, voilà le temps que l'on lui donne, voilà comme on la console d’avoir été bien malade, et d’avoir encore mille incommodités, et d’avoir perdu la jolie chimère de se croire être immortelle; présentement elle commence à se douter de quelque chose et se trouve humiliée jusqu’au point d'imaginer qu’elle pourrait bien passer un jour dans la barque comme les autres et que Caron ne fait point de grâce.

« Vous voyez que mon écriture prend sa forme ordinaire : toute la guérision de ma main se renferme dans l'écriture; elle sait bien que je la quitterai volontiers du reste d'ici à quelques temps. Je ne puis rien porter : une cuillère me paraît la machine du monde et je suis encore assujetie à toutes les dépendances les plus fàcheuses et les plus humiliantes : mais je ne me plains de rien, puisque je vous écris.

« Je garde ma chambre très fidèlement, et j'ai remis mes Pâques, à dimanche, afin d’avoir

des jours entiers à me reposer. M"° de Coulanges apporte au coin de mon feu les restes de sa petite maladie; je lui portai hier mon mal de genou et mes pantoufles... Ma main veut se reposer, je lui dois bien cette complaisance pour celle qu’elle a pour moi. »

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