DE Mme DE SÉVIGNÉ A Mme DE GRIGNAN
À Langlar, chez M. l'abbé Bayard, lundi 15e juin 1676.
« Je viens ici samedi, comme je vous l’avois mandé. Je me purgeai hier pour m’acquitter du cérémonial de Vichy, comme vous vous acquittiez l’autre jour des compliments de Provence à vos dames de carton, je me porte fort bien; le
chaud achèvera mes mains ; je jouis avec plaisir et modération de la bride qu'on m'a mise sur le cou ; je me promène un peu tard; je reprends mon heure de coucher ; mon sommeil se raccommode avec le matin ; je ne suis plus une sotte poule mouillée ; je conduis pourtant très sagement ma barque ; et si je m’égarois, il n'y auroit qu’à me crier : rhumatisme ! c'est un mot qui me feroit bien vite rentrer dans mon devoir.
« Je viens, ma fille, de recevoir votre lettre du dixième; je vous en remercie toujours par l'extrême plaisir que vos lettres me donnent. Je n’ai plus les mains enflées, mais je ne les ferme pas ; et comme j'ai toujours espéré que le chaud les remettroit, j'avois fondé mon voyage de Vichy sur cette lessive dont je vous ai parlé, et sur les sueurs de ia douche, pour m’ôter à jamais la crainte du rhumatisme : voilà ce que je voulois et ce que j'ai trouvé. »
549, DE Mme pe SÉVIGNÉ À Mme DE GRIGNAN.
À Moulins, jeudi 18 juin 1676.
« Je me porte très bien, j'attends du chaud, la liberté de mes mains ; elles me servent quasi, comme si de rien n’étoit,; j'y suis accoutumée, et je trouve que ce n’est point une chose nécessaire que de fermer les mains : à quoi sert cela ? C’est une vision, quand il n’y a personne à qui l’on veuille serrer la main, ce m'est un reste de souvenir de ce mal que j’honore tant, et dont le nom seul me fait trembler. »
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