DE Mme DE SÉviGnÉ À Mme DE GRIGNAN
A Paris, mercredi 5e août 1676.
« Je veux commencer aujourd'hui par ma santé ; je me porte très bien, ma chère fille. J’ai vu le bonhomme de l’Orme à mon retour de Maisons ; il m'a grondé de n’avoir pas été à Bourbon, mais c’est une radoterie, car il avoue que pour boire Vichy est aussi bon ; mais, c’est pour suer, dit-il, et j'ai sué jusqu’à l’excès : ainsi je n'ai pas changé d’avis sur le choix que j'ai
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fait. Il ne veut point des eaux. L'automne, et voilà ce qui m'est bon. Il veut que je prenne de sa poudre au mois de septembre... Il m'envoie promener, c’est-à-dire à Livry, de peur que l’habitude de faire de l'exercice dans cette saison ne me regonfle la rate, d’où viennent mes oppressions ; il sera donc obéi.
« Vous croyez, ma chère, que je suis gauche, et embarrassée de mes mains: point du tout ; il n'y paraît pas, cette légère incommodité n’est que pour moi, et ne paraît nullement aux autres. Aussi, ma fille, je ressemble comme deux gouttes d’eau à votre bellissima, hormis que j'ai la taille bien mieux faite. Vous êtes, en vérité, trop agréable et trop bonne d’être si occupée et si attentive à ma santé. Ne soyez point en peine de Livry: je m'y gouvernerai très sagement, et reviendrai avant les brouillards, pourvu que ce soit pour vous attendre. »