DE Mme DE SÉVIGNÉ À Mme DE GRIGNAN
A Paris, vendredi 24° novembre 1679.
« Mon Dieu! ma très chère, l’aimable lettre que je viens de recevoir de vous ! quelle lecture ! et quel plaisir de vous entendre discourir sur tous les chapitres que vous traitez ! Celui de la médecine me ravit; je suis persuadée qu'avec cette intelligence et cette facilité d'apprendre que Dieu vous a donnée, vous en saurez plus que les médecins : il vous manquera quelque expérience, et vous ne tuerez pas impunément comme eux; mais je me fierois bien plus à vous qu’à eux pour juger d’une maladie.Ilest vrai que ce n’est que de la santé dont il est question en ce monde: « Comment vous portez-vous ? comment vous
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portez-vous ? » Et l’on ignore entièrement ce qui touche cette science qui nous est si nécessaire ; apprenez, apprenez ma fille, faites votre cours : il ne vous faudra d'autre licence que de mettre une robe,comme dans la comédie. Mais pourquoi nous voulez-vous envoyer votre joli médecin. Je vous assure que les médecins sont fort décriés et fort méprisés ici; hormis les trois ou quatre que vous connaissez, et qui conseillent l’Anglois, les autres sont en horreur. »