‹ Madame de Sommerville (volume 2)Chapitre 11 sur 12 · NANCY · texte numérisé non relu

NANCY

Je brisai le triple cachet de la lettre qui se trouvait incluse dans celle de ma sœur, et je reconnus l'écriture d'Aurélie. Madame de Sommerville , avant de mourir , avait chargé Nancy de brûler de nombreux papiers renfermés dans une cassette; celui-ci, écrit sur tous les feuillets, excita, sans

doute, l'intérêt de ma sœur par quelt. m. iS

ques mots qui la frappèrent et la poussèrent à lire ces lignes évidemment échappées à Aurélje dans une heure de tristesse et d'épanchemens solitaires. Madame de Sommerville ayait donc écrit sur ces pages l'arrêt de mort de Nancy !

Anzème. le.. .. i83...

« La journée a été brûlante. Vers le soir, le ciel s/est chargé de nuages; à cette heure, la foudre gronde au loin, et les éclairs blanchissent la nue. Je suis seule, je suis triste: je voudrais pleurer. Qu'ai-je donc ?

» La grêle bat mes vitres, le vent fait claquer les ardoises du toit, le feuillage delà garenne mugit comme les vagues de la mer en fureur. J'aime ce temps; il me rappelle cette nuit

d'orage où j'allai m'asscoir toute glacée au foyer d'Albert.

» Vous étiez bien sombre, ami, et bien découragé alors ! Dites, vous ai-je consolé? vous ai-je fait une belle vie ? Pauvre oiseau que j'ai trouvé sans nid, vous ai-je bien réchauffé dans mon sein, vous ai-je bien préservé du vent et de la pluie ? Qu'auriez-vous fait sans moi? vous auriez bien souffert > le monde n'eût pas cherché à vous comprendre, et peut-être son souffle impur eût-il flétri votre âme dans sa fleur. Moi , vous ai-je fait heureux et fort? Ai-je rendu l'espérance à votre cœur désenchanté? Ai-je fait éclore en vous quelque mâle vertu > et pourrai-je me présenter à Dieu , parée de vos jeunes mérites?

» Lorsque je vous ai trouvé , vous

Page 1