‹ Madame de TencinChapitre 180 sur 200 · TESTAMENT DE M. DE LA FRESNAIS · texte numérisé non relu

TESTAMENT DE M. DE LA FRESNAIS

reront. Je lui ai remis le tout entre ses mains, ainsi qu'un billet de 40000 francs, dont je n'ai reçu aucune valeur, parce que ce dépôt, me disait-elle, la rendait sûre de moi. Elle est coutumière du fait. L'on trouvera dans mes papiers une protestation que j'ai faite contre un billet de 20000 francs, qu'elle m'avait fait faire, qui a été remis par elle-même <à M (lotlin. Je joins à ce testament une lettre qu'elle écrivit au S'" Cottin, dans une querelle que j'eus avec elle. Cette lettre prouve le commerce qu'il y a eu entre elle et moi i. Quand j'ai voulu retirer mes elTets, j'ai été extrêmement surpris de trouver une scélérate, qui m'a dit quelle ne me rendrait rien, que je ne lui payasse le billet de 40 000 francs, que c'était le moindre paiement qu'elle pût recevoir pour avoir couciié avec moi.

Cette misérable a eu pour moi les façons les plus indignes, et si monstrueuses, que le souvenir m'en fait frémir : mépris public, noirceur, cruauté, tout cela est encore trop faible pour exprimer la moitié de tout ce que j'ai essuyé; mais sa grande haine est venue de ce que je l'ai surprise, il y a un an, me faisant une infidélité avec Fontenelle, son vieil amant, et de ce que j'ai depuis découvert qu'elle avait, avec^ son neveu d'Argental, le même commerce <ju'avec moi. Cette infâme a couché avec moi pendant quatre ans, au vu et su de tous ses domesticjues, d'une partie de ses parents et amis, et, après cela, n'a pas eu honte de me traiter publiquement comme un valet, et par ses friponneries m'a mis hors d'état de payer mes dettes, sans jamais même s'être ressouvenue un instant qu'elle seule avait causé ma ruine, pour m'avoir lié malgré moi avec des fripons, avec lesquels elle ne s'est Jamais entendue, comme on l'en a soupçonnée.

,1e finis en réclamant la justice de Mgr le Duc- et celle de .M le Carde des sceaux ; ils ne doivent pas souflVir que cette malheureuse continue plus longtemps sa vie infâme ; elle est

Fresnais, Pierre Masscau, agissant comme fondé de pouvoir de n père; cf. Insula Rhea [93 AJ, 105. I . C'est la lettre n» 17.

-. Le duc (le Bourbon, premier ministre.

entrée religieuse au couvent de Montfleury, près Grenoble ; ils doivent l'obliger d'y retourner, pour y faire pénitence de ses péchés. Les déclarations que j'ai faites par ce présent testament ni"ont paru nécessaires pour l'intérêt de mes créanciers. Je prends Dieu à témoin qu'elles sont dans l'exacte vérité, et que la passion ne m'y a rien fait changer ni ajouter.

A Paris, ce 18 février 1726.

Signé : De La Fresnais.

Cecy est mon testament que je veux être déposé chez un notaire, pour être ouvert après ma mort, en présence de mes créanciers.

A Paris, ce 20 mars 172G.

Signé : De La Fresnais.

A. — Lettres au duc de Richelieu.

Les lettres de Mme de Tencin au duc de Richelieu sont réparties en deux recueils d'inégale importance :

2. Conespondance I du cardinal j de Tencin, l'mijiistre d'état, /et del Madame de Tencinjsa sœur, /avec le duc de Richelieu,! sur les intrigues de la Cour de France depuis 17 42 /jusqu'en 17o7, et sur/toul pendant la faveurjdes daines de Mailly, de Vintiniitlc, de Laura/yuais, de Châteauroux et de Pompadour. — En un seid volume in-S" de 400 payes [s. l. (Paris)] 1790.

Ce livre est très rare. J'en connais deux exemplaires dans les bibliothèques de Paris, l'un à la Bibliothèque Sainte- (lenevièvc, l'autre à la Bibliothèque Nationale. L'exemplaire de Sainte-Geneviève (L TKS''^) est incomplet. Il s'arrête à la page 304, à laquelle on a collé la dernière page 38r). Cette lacune s'explique aisément si l'on remarque que le livre a

paru par fascicules. II faisait partie d'une Collection historique de Mémoires du régne de Louis XV, dirigée par Soulavie, et |)araissant, depuis septembre 1790, par livraisons d'environ cent pages les iO, 20 et 30 de chaque mois. La Correspondance de Mme de Tcncin parut les 10, 20 et 30 octobre 1700. Une dernière livraison parut le 10 février 1791 (cf. A. Mazon, Histoire de Soulavie, 2 vol. in-8, Paris, Fischbacher, 1893, 1. 1, p. 100). On comprend ainsi que certains exemplaires ne soient constitués que par trois livraisons.

L'exemplaire de la Bibliothèque Nationale (Lb3836) ne renferme que 383 pages, alors que le titre de l'ouvrage en annonce 400. Mais ce titre promet aussi une correspondance qui durera jusqu'en 1737, alors que la dernière lettre du recueil est du 27 juillet 1744. Pour des raisons inconnues, les éditeurs ont donc interrompu leur publication. Les Goncourt {La Duchesse de Chdteauroux [iM], 303, note) prétendent que cet exemplaire de la Bibliothèque Nationale est incomplet, et que le leur seul, provenant de la Bibliothèque de Maximilien de Bavière, donne la correspondance dans son entier. Je ne sais ce qu'est devenu leur exemplaire, mais l'indication est inexacte, puisque, de leur aveu même, il ne contenait, lui aussi, que 383 pages.

On lit à la page 3G9 la note suivante : « Les lettres de Mme de Tencin ont été imprimées jusqu'à cette feuille par les soin? de M. de *** [Jean-Benjamin de Laborde] qui les tenait du maréchal de Richelieu : l'édition désormais en est soignée par .M. Soulavie jusqu'à la fin du volume ». La part de Soulavie dans cette publication semble plus importante que cette note pourrait le laisser croire. La Correspondance de Mme de Tcncin, comme tant d'autres mémoires et documents du xvni« siècle, sort de l'officine de Soulavie. Je nai pas à discuter ici les mérites de Soulavie éditeur et historien. Sa réputation est mauvaise. Il vaut mieux qu'elle. Ses récits, parfois fantaisistes, sont d'un pamphlétaire sans critique et sans impartialité, mais ses documents ne sont pas apocryphes : il en avait trop, et de trop curieux, pour s'amuser à en fabri(}uer de médiocres (cf. Mazon, Op. cil.

t. II, p. 203-264, et en particulier 210-1). Travaillant vite, et cherchant surtout un succès de scandale, il n'apporlait point sans doute dans sa besogne d'éditeur la minutie et la précision d'un chartiste : il avoue lui-même (note citée de la page 369) « qu'il retranchera des phrases, oii il n'est parlé que de la pluie et du beau temps, pour ne laisser que les fragments piquants ou historiques». Nulle part l'orthographe des documents originaux n'est respectée, et c'est une licence plus que tolérable, car le livre eût été illisible ; « la table des chiffres et des noms déguisés », qui se trouve à la fin du volume (p. 385), ne donne la clef d'aucun chiffre, et reste, pour « les noms déguisés », à la fois insuffisante et inexacte : Il est certain que le géomètre (p. 5), désigne Voltaire, et non pas Richelieu, comme l'affirme l'éditeur (p. 7 des Observations) ; il est douteux que Lespéroiix et la Guimbarde désignent toujours le Roi (cf. plus haut, chapitre III, p. 94 et note 4). Le livre a été imprimé hâtivement : il y a, dans le texte, des numéros de notes (p. 6, 9, etc.) qui ne renvoient à aucune note ; les fautes d'impression et les lacunes sont nombreuses : par exemple, la page 161 ne fait pas suite à la page 160 ; il manque des mots, peut-être même des phrases : « Heureuse || ronie ; je ne sais cependant », etc. ; il faut lire

sans doute : « Heureusement La Peyronie». Erreur plus

grave, les dates sont parfois mal lues ou mal restituées : dans une lettre qui est inscrite au 12 décembre 1742, Mme de Tencin essaie de gagner Richelieu à la candidature de Marivaux contre celle de Voltaire ; or, Marivaux était élu depuis le 10 (cf. Larroumet, Marivaux [157 B], 119, note). Une autre lettre, datée du 17 janvier 1743, raconte la visite faite par Louis XV au cardinal de Fleury mourant; or, le roi n'alla à Issy que le 19 (cf. Pierre Narbonne, Journal des règnes de Louis XIV et Louis XV, (édition Le Roi, Paris-Versailles, 1866, p. 588). La lettre du 12 avril 1744 fait suite manifestement à une lettre, qui a dû être écrite vers la fin de mars, et que l'éditeur inscrit au 8 mai (cf. plus haut, chapitre VI, p. 234 et note 1), etc., etc. Il faut donc user de ces textes en les contrôlant ; mais, à quelques détails près, ils sont au-

thentiques. On en aura la preuve en comparant le texte de la lettre du 12 avril 1744, tel que le donne la Correspondance (p. 2G8-270), et celui de l'autographe même, que je possède. On verra que, l'orthographe exceptée, les difTérences sont l'ares et insignifiantes.

3. Lettre de Mme de Tencin an duc de Richelieu, du 12 avril [1744], 3 pages in-4, autographe, non signée, sans adresse, cachet conservé K

No 4 2

h paris ce 12 avril ^.

J'ay receu toutes vos lettres mon cher duc une par le Courier des salles^ deux par celui de duvernay ■' et deux qui me sont venue de chè vous, avan que de vous parl(;r d'autre chose il faut que je vous gronde sur la morale que vous me faite au suject de ce que je vous ay mondé des discours qu'on afectoit de me tenir, il semble à vous entendre qu'ils m'ont fait impretion. je vous battrois si je le croies, pouvès^ vous avoir le plus léger doute sur ma façon de penser pour vous '. je me méffierois de moy même plus tôt je ne dis pas que (le me meffier de vous mais que davoir le plus léger ombrage, vous ne conoissè pas encore mon cœur et

1. Je ne note que les didérences de texte, et non d'orthographe ou de ponctuation. Pour cette lettre, coninie pour les autres lettres autographes de Mme de Tencin, j'ai introduit une ponctuation rudinientaire, afin d'en faciliter la lecture; loriginal n'en porte aucune.

2. Ce numéro, qui est le n» d'ordre (cf. plus haut, chapitre VI, p. 224. note), n'est pas reproduit dans le texte imprimé.

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