Le mot vingt a été ajouté par un renvoi
Donne et lègue le dit testateur aux Rdi Pères Capucins, aux Rds Pères Augustins et aux Dames de St0 Claire dans ville l, à chacun des dits couvents, la somme de seize livres pour célébrer et faire célébrer des messes pour le repos de son âme, donne et lègue le dit testateur et par son institution particulière délaisse au srIsaac Rosseau - son père, sa légitime telle que de droit dans tous ses biens, le priant de se contenter de la légitime étant obligé de donner le surplus de ses biens soit par reconnaissance pour ses bienfaiteurs soit pour payer ses dettes; Déclarant le dit testateur qu'il a toujours adi, ainsi qu'il adit au besoin de nouveau, l'hoirie de François Rousseau, son frère; donne et lègue le dit testateur au sieur Jacques Barillot de la ville de Genève outre ce qu'il veut luy être paie par son héritière cy après nommée la somme de cent livres paiablc six mois après son décès. Exhorté le dit testateur de faire quelque legs aux hôpitaux de la Sacrée Religion des Sts-Maurice et Lazare et aux hôpitaux de la présente ville et de la province, a répondu que ses facultés ne luy permettoient pas de faire aucun legs.
Et au surplus de ses autres biens il a fait, créé et institué et de sa bouche nommé pour son héritière la dame Françoise Louise de La Tour, comtesse de Vuarrens, la priant très humblement de vouloir accepter son hoirie comme la seule marque qu'il luy peut donner de la vive reconnaissance qu'il a de ses bontés, voulant que le présent soit
1. II y avait un second couvent de Clarisses, dit de Sainte- Claire hoi-s ville.
2. La lettre o se prononçait ou. c'est pourquoi le notaire écrit indifféremment Rosseau on Rousseau.
son dernier testament, que s'il ne peut valoir comme testament qu'il vaille comme donnation à cause de mort, et par tous autres moiens qu'il pourra mieux valoir, priant les témoins cy après nommés connus et appelés par le dit testateur d'en porter témoignage.
Et par ces mêmes présentes s'est établi et constitué le Sr Rousseau lequel pour la décharge de sa conscience déclare de devoir à la de Dame Françoise Louise de La Tour de Vuarrens absente, moi notaire pour elle stipulant et acceptant, la somme de deux mille livres de Savoye pour sa pension et entretien que la dc Dame luy a fourni depuis dix annnées, laquelle somme le dit Rosseau promet luy paier, si Dieu luy conserve la vie, dans six mois prochain, à peine de tous dépens, dommages intérêts à l'obligation de tous ses biens présents et avenirs qu'il se constitue tenir, confesse de plus le dit Rosseau avoir passé une promesse de la somme de sept cent livres en faveur du Sieur Jean Antoine Cbarbonnel, marchand de cette ville, pour argent prêté et marchandises à luy livrées, laquelle il confirme et approuve et déclare luy devoir la de somme de sept cent livres, laquelle il promet de même de payer au d' S1* Charbonnel absent à l'acceptation de moy dl Nre et témoins dans le même terme de six mois si Dieu luy conserve la vie, aux mêmes peines et obligations dc biens que cy devant. Passé, sous et avec toutes autres dues promissions, commissions, renontiations et clauses requises.
Fait et prononcé au lieu que dessus en présence de Me Claude Morel, procureur au Sénat, de Me Antoine Donne de la paroisse des Echelles, de Jacques Gros, de celle de Vanzy, habitant en Ja présente ville, d'honble Antoine Bouvard, Pierre
Catagnole, Pierre George, cordonnier et d'Antoine Forray de la paroisse de Bissy, tous habitants en la présente ville, témoins requis. Le dit Sieur Rosseau n'a pu signer à cause de l'accident qui lui est arrivé aiant les yeux fermés ainsy qu'il a apparu à moy notaire et témoins par l'appareil mis sur ses yeux. — Signé : Morel, témoins, Bonne, témoin: J. Gros, Antoine Bouvard, Pierre Catagnole, Pierre Georges. Et moi, notaire collégié de ce recevoir requis ai lu et prononcé le présent contenant quatre pages et une ligne sur la cinquième outre la signature et mon verbal sur trois feuillets, le dit Rousseau n'a signé pour les causes cy devant, le dit Antoine Forray, illetéré de ce enquis.
Signé : Rivoire '.
Rousseau a exagéré en disant qu'il resta aveugle plus de six semaines. Le 12 juillet, quinze jours après l'accident, il est sans doute encore malade, mais ses yeux se sont rouverts; il peut signer. En effet, ce jour-là et devant le même notaire qui persiste à donner à madame de Warens le titre de comtesse, Rousseau passe à Jacques Barillot, de Genève, une procuration pour réclamer en son nom devant tous juges compétents sa part dans les successions de sa mère et de son frère,
1. Copié sur l'original existant à la bibliothèque publique de Chambéry et qui a été détaché des minutes du notaire Rivoire, ainsi que la procuration du 12 juillet suivant.
traiter, transiger, quittancer, etc. * ». Sa guérison fut bientôt assez avancée pour qu'il pût aller lui-même à Genève. Il y dut garder d'abord l'incognito, ce qui ne l'empêcha pas de faire visite au résident de France, M. de la Closure 2 dont le concours lui fut utile pour le règlement de ses affaires. Vers le 27 juillet, il rend compte de la situation à madame de Warens, se plaint un peu des uns et des autres et annonce que les frais, notamment la partie [la note) de M. Barillot, seront plus élevés qu'il ne s'y attendait. Cependant le 31 juillet, les difficultés sont aplanies. Son père est arrivé de Nyon, ils se rendent ensemble chez M. Jean- Georges de Pelissary, écuyer. Là, par devant le notaire Delorme, ils donnent quittance, chacun en ce qui le concerne, d'une somme de treize mille florins qui avait été prêtée vingt ans
1. Acte reçu, Me Rivoire, notaire; l'original se trouve à la bibliothèque publique de Chambéry, il est signé fort lisiblement : Jean-Jaques Rousseau.
2. M. de la Closure quitta définitivement Genève en 1739. Rousseau ne put donc, à son retour de Venise, en septembre 1744, recevoir de lui à Genève, mille amitiés, comme il l'a écrit. Un écrivain, M. Ravaison a insinué que M. de la Closure est peut-être le véritable père de Jean-Jacques; c'est à tort, car ce résident fut absent de Genève de la lin de 1709 jusqu'au mois de juin 1713 (Sordet, Histoire des résidents de France à Genève, p. 49).
loi MADAME DE WAUEXS
auparavant à M. de Pelissary père au nom des deux fils Rousseau. Jean-Jacques empoche sa moitié, six mille cinq cents florins , un peu plus de trois mille livres de France, et approuve, tant en son nom que comme héritier présomptif de son frère François, disparu, le payement des intérêts fait à son père par le débiteur. La somme prêtée le .31 juillet 1717 était sans doute la dot de Suzanne Bernard. A la mort d'Isaac Rousseau, le 9 mai 1747, Jean-Jacques toucha l'autre moitié.
Pendant qu'il était à Genève , Rousseau reçut une lettre de son oncle; c'est-à-dire de l'abbé Léonard qui le recommandait à un curé du voisinage pour lui faire restituer un pré sur lequel il avait des droits : mais, ainsi qu'il l'écrit à madame de Warens (lettre XI) le pré fut perdu '. Rousseau s'est félicité avec raison (Confessions, livre VI) du libéralisme des lois de Genève qui lui permirent de retirer son héritage. « Ces lois, dit-il en faisant allusion à ce qui était arrivé à madame de Warens, sont moins dures que celles de Berne où quiconque
1. Co pré avait été attribué à la mère de Jean-Jacques dans le partage de l'hoirie du pasteur Samuel Bernard (E. Ritter, la Famille de Jean-Jacques, p. 16).
ET JEAN-JACQUES ROUSSEAU. ioo
change de religion, perd non seulement son état, mais ses biens ». Il aurait pu ajouter et de Sardaigne, car à cette époque, précisément, Charles-Emmanuel III obligeait les chanoines d'Annecy à revendiquer les biens laissés en Savoie parleur confrère, le chanoine Dupan, mort catholique, au préjudice de ses héritiers genevois restes protestants \
Rousseau rentra à Chambéry avec son argent, diminué des frais et de ses dépenses personnelles.
Je volai porter le reste aux pieds de maman. Le cœur me battait de joie durant la route et le moment où je déposai cet argent dans ses mains me fut mille fois plus doux que celui où il entra dans les miennes. Elle le reçut avec cette simplicité des belles âmes qui faisant ces choses-là sans effort les voient sans admiration. Cet argent fut employé presque tout entier à mon usage et cela avec une égale simplicité.
1. Un fait semblable se passait en Savoie en 1"31 encore, à l'occasion de la succession d'un Savoisien nommé Burnet, décédé à Stettin, en Poméranie. Son frère habitant près de Thonon retenait cette succession au préjudice de la veuve et de la fille du défunt, prétendant qu'elles étaient luthériennes. Elles dureot, pour se défendre, adresser au sénat de Savoie des certificats de catholicité. Ils sont signés par les dominicains desservant la chapelle du château de Vieux- Stettin et accompagnés d'une lettre du roi de Prusse Frédéric-Guillaume, à son très aimé frère le roi de Sardaigne (Archives du sénat).
Le récit est attendrissant; est-il bien exact? Certes, Rousseau devait à sa bienfaitrice des sommes bien plus importantes que celle dont il disposait à ce moment; mais il devait encore à M. Charbonnel sept cents livres environ, la moitié de ce qu'il avait reçu à Genève. Il est fort vraisemblable que le marchand exigea le payement d'une grande partie au moins de sa créance et nous verrons bientôt que si Rousseau remit entre les mains de madame de Warens, une partie de son petit capital, ce ne fut qu'à titre de dépôt. La situation d'ailleurs dut être assez tendue entre elle et lui. Parti de Ghambéry vers le 20 juillet il y fut de retour vers le 10 août et y trouva sa place prise, Wintzinried l'occupait.
Que faire d'un garçon pâle comme un mort, maigre comme un squelette9. Il fallait l'envoyer se faire soigner. C'est ce qui eut lieu. Rousseau croyait avoir un polype au cœur et il y avait à Montpellier un médecin qui guérissait cette maladie. Il s'y rendit et l'argent apporté de Genève en fournit les moyens.
Jean-Jacques avait-il, à son tour, et déjà avant de partir, fait la découverte humiliante dont Anet était mort trois ans auparavant?
C'est probable et cette circonstance dut accélérer singulièrement les préparatifs du départ, non des Gharmettes, mais de la maison de Ghambéry.
Il s'en alla le 11 septembre, car le 13, il écrivait de Grenoble à madame de Warens (lettre XII) :
Je suis ici depuis deux jours... On m'y a marqué tant d'amitié et d'empressements, que je croyais en sortant de Ghambéry, me trouver dans un nouveau monde '. Je partirai demain matin pour Montpellier... Je suis mortifié que ce soit sans y avoir reçu de vos nouvelles... Permettez que je prenne la liberté de vous recommander le soin de votre santé. N'ètes-vous pas ma chère maman, n'ai-je pas le droit d'y prendre le plus vif intérêt, et n'avezvous pas besoin qu'on vous excite à tout moment à y donner plus d'attention?
Madame de Warens n'avait donc pas écrit à Rousseau malgré la promesse qu'elle avait dû lui en faire au moment des adieux. Elle avait d'autres occupations. A peine Jean- Jacques est-il parti qu'elle loue, et pour la première fois, une métairie aux Gharmettes ; mais ce n'est pas encore la maison logeable, la maison
1. Allusion peu déguisée à la nouvelle situation qu'il avait trouvée dans la maison de madame de Warens.
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de M. Noëray que les Confessions ont rendue si célèbre. C'est la petite ferme au versant opposé de la gorge, sur la rive droite du ruisseau !. Le bail est du 15 septembre 1737; les témoins sont M. Hébert, chirurgien-major du régiment de Chablais et Wintzinried qui n'est encore ni noble, ni de Courtilles.
Rousseau a fait du nouvel arrivé un portrait qui n'est pas flatté.
Ce jeune homme était du pays de Vaud ; son père appelé Vintzinried était concierge ou soidisant capitaine du château de Chillon. Le fils de M. le capitaine était garçon perruquier et courait le inonde en cette qualité quand il vint se présenter à madame de Warens qui le reçut bien comme elle faisait tous les passants et surtout ceux de son pays. C'était un grand fade blondin, assez bien fait, le visage plat, l'esprit de même, parlant comme un beau Léandre... vain, sot, ignorant, insolent; au demeurant le meilleur fils du
1. Elle est indiquée au cadastre de Chatnbéry par le numéro S83; la maison de M. Noëray l'est par le numéro Toi. On a dit souvent que les Charmettes appartenaient à M. de Conzié. C'est inexact : il possédait une maison et quelques terres au bas du vallon et avait le titre de « comte des Charmettes », avec quelques cens et servis féodaux; c'était tout. Jamais madame de \\'arens n'a habité chez M. de Conzié qui. à cette époque, vivait avec sa mère et peut-être encore avec sa sœur Denise. Un acte d'état de la maison Revil, dressé le :j mars. 1738, déclare aussi formellement que madame de Warens n'eu a pris possession qu'à la date même du bail, 15 septembre 1731: la maison était alors inhabitable.
ET JKAN-JACQUES ROUSSEAU. io9
monde. Tel fut le substitut qui me fut donné pendant mon absence et l'associé qui me fut offert après mon retour...
Le nouveau venu s'était montré zélé, diligent, exact pour toutes ses petites commissions; il s'était fait le piqueur de ses ouvriers. Aussi bruyant que je l'étais peu, il se faisait voir et entendre à la fois à la charrue, aux foins, aux bois, à l'écurie et à la basse cour... Son grand plaisir était de charger et charrier, de scier ou fendre du bois; on le voyait toujours la hache ou la pioche à la main... Il voulait briller; bon cheval, bon équipage, il aimait à s'étaler noblement aux yeux des voisins.
Singuliers goûts pour un homme qui n'aurait jamais manié auparavant que le peigne et le rasoir?
Tant de tintamarre en imposa à ma pauvre maman : elle crut ce jeune homme un trésor pour ses affaires. Voulant se l'attacher, elle employa pour cela tous les moyens qu'elle y crut propres, elle n'oublia pas celui sur lequel elle comptait le plus.
Oh ! si les âmes dégagées de leurs terrestres entraves voient encore du sein de l'éternelle lumière ce qui se passe chez les mortels, pardonnez ombre chère et respectable, si je ne fais pas plus de grâce à vos fautes qu'aux miennes ' .
Le petit domaine que madame de Warens
1. Rousseau oublie de dire que Winlzinried étail aussi un nouveau converti. Il était venu en Savoie, une première fois, en 1731, et appartenait réellement i; une bonne famille, a>nsi qu'on le verra plus loin.
1G0 MADAME DE WAREXS
venait de louer appartenait à la veuve Revil. En 1735 elle l'avait affermé pour neuf ans à Joseph Gaime, cordonnier et à François Rosseau ou Rousseau, maître tanneur. En 1737, Gaime mourut et son héritier Philibert Gaime ' le sous-loua de concert avec François Rousseau pour le temps qui restait à courir :
L'an 1737 et le 13 septembre, à Chambéry, dans la maison d'habitation delà dame comtesse de Warens se sont constitués hblc François feu Louis Rosseau et aussi hbIe Philibert fils de feu Joseph Gaime en qualité d'héritier du dit Joseph Gaime, lesquels ascensent à la dame Françoise-Louise de Latour, comtesse de Warens, fille de feu seigneur Jean-Baptiste de Latour, native de Vevey, habitante en cette ville, cy présente et acceptante, les mêmes biens ascensés aux dits Rousseau et Gaime par delle Anne Revil par contrat du 14 mars 1735 reçu et signé par Me Drivet, sous la censé de cent seize livres, un veissel de châtaignes verdannes et deux paires de poulets et pour le temps restant au dit ascensement qui est de sept années à commencer dès le 14 mars dernier... Comme les dits Rousseau et Gaime ont mis du bétail et fait des outils de labourage, ils confessent avoir reçu de la dite dame la somme de cent quatrevingt-dix-neuf livres pour la vente de deux bœufs, deux vaches et un charriot, une herse, une charrue et plusieurs outils de labourage, à eux comptée par la dite dame en six louis d'or militons, deux louis d'or aux deux LL. et cinquante-quatre livres dix sols en livres et sols.
1. Ce. Philibert Gaime allait devenir prêtre en 1139. C'est lui qui ensevelit madame de Warens en 1762. Il n'avait aucune parenté avec l'abbé .bvin-Claude Gaime.
Fait et prononcé en présence du sr Hébert... et du sieur Jean Samuel Rodolphe Vintzinried, de Berne en Suisse, habitants en la présente ville et qui ont signé avec toutes les parties (Archives du Tabellion, au tribunal du lro instance de Chambéry).
Le domaine Revil était exploité à métayage par un paysan appelé Valentin Ginet . Le 2 mars 1738, madame de Warens renouvelle son bail en présence de Gharbonnel et de Wintzinried. Après avoir déterminé la part qui reviendrait à chacun dans le prix ou le fruit des bœufs, vaches, moutons, brebis, poules et cochon, madame de Warens impose à Ginet l'obligation de nourrir le cheval qu'elle se propose de tenir {Archives du Tabellion, année 1738). C'est grâce à cette monture que Gourtilles put parader et faire le gentilhomme campagnard.
Jean-Jacques, après avoir quitté madame de Larnage et son cavalier servant, M. de Taulignan, qu'il appelle de Torignan* arrive et s'installe à Montpellier. Il alla loger rue Basse, chez Mathieu Marceron, huissier de la Bourse et prendre pension chez madame Mazet qui
1. Le bourg de Taulignan est dans l'arrondissement de Montélimar.
mourut bientôt. Il entra alors chez le médecin irlandais Fitz-Moris*qui vraisemblablement est « l'honnête homme irlandais » de qui il emprunta soixante livres.
Rousseau consulta surtout le docteur Fizes 2. Si l'on en croit Bernardin de Saint-Pierre, qui fut le meilleur ami de Jean-Jacques, le docteur aurait regardé son malade en riant et lui frappant sur l'épaule aurait dit : « Mon bon ami, buvez-moi de temps en temps un bon verre de vin 3. » C'était vraiment le meilleur remède pour un tel amoureux. Mais en prolongeant son voyage outre mesure, et en faisant le galant auprès d'une femme de qualité, Jean-Jacques eut vite dissipé l'argent qu'il avait emporté et bientôt il dut en demander à madame de Wafens. La réponse n'arrivant pas, il écrit par tous les ordinaires. Le 27 octobre il lui
1. En même temps qu'il tenait une table d'étudiants, Fitz- Moris professait aussi l'anatomie. En 1749 il prit part à un concours pour obtenir la chaire vacante de son compatriote le professeur Fitz-Gérald, et il ne réussit pas.
2. Correspondance, lettre XV; Confessions, livre VI. Voir Jean-Jacques Rousseau à Montpellier, par M. Grasset président à la cour d'appel dans Mémoires de V Académie des sciences et lettres de Montpellier (t. Ier, p. 552 et suiv.) Les habitants de cette ville n'ont pas tenu rigueur à Rousseau des méchancetés qu'il a dites sur leurs ancêtres, car ils ont donné sou nom à la rue Basse.
3. Bernardin de Saint-Pierre. Œuvres complètes, t. XII, p. 59.
adresse, et par trois voies différentes, un nouveau et pressant appel :
Voici un mois passé de mon arrivée à Montpellier sans avoir pu recevoir aucune nouvelle de votre part, quoique j'aie écrit plusieurs fois et par différentes voies. Vous pouvez croire que je ne suis pas tranquille et que ma position n'est pas des plus gracieuses. Si dans trois semaines au plus tard je ne reçois point de réponse je serai contraint de partir dans le dernier désordre et de me rendre à Chambéri comme je pourrai...
P. -S. — ... J'allais fermer ma lettre quand j'ai reçu la vôtre du 12 du courant... Je me rends justice et quoique peut-être il dût me paraître un peu dur que la première lettre que j'ai l'honneur de recevoir de vous ne soit pleine que de reproches, je conviens que je les mérite tous. Que voulez-vous, madame, que je vous dise? Quand j'agis je crois faire les plus belles choses du monde, et puis il se trouve au bout que ce ne sont que des sottises...
Madame de Warens lui dit de ne revenir qu'à la fin de juin, à la Saint-Jean. Elle insistera sur ce point dans une nouvelle lettre; mais Rousseau ne veut rien entendre, il reviendra au plus tard au commencement de février. Il la prie de le recommander à l'abbé Arnauld \
1. On a souvent cherché quel était cet ecclésiastique; nous ne croyons pas nous tromper en disant qu'il s'agit du chapelain de M. de la Closure, résident de France à Genève. M. Arnaud était en même temps curé d'une paroisse catho-
Madame de "Warens faisant un parrallèle entre sa fâcheuse situation et celle bien meilleure où il doit se trouver à Montpellier, il se récrie et lui dit que pour être dans le vrai elle doit prendre tout le contre-pied '. Il lui fait rémunération de ses dépenses et de ses dettes, et prend acte de sa promesse de lui envoyer deux cents livres. « Je suis tranquille depuis que j'ai reçu de vos nouvelles et je suis assuré d'être secouru à temps ». Pour l'envoi de l'argent, il lui indique les moyens de l'effectuer [avec sécurité. M. Charbonnel pourra se charger de cela par l'intermédiaire d'un marchand de Lyon. Il finit en présentant ses respectueuses salutations aux révérends pères jésuites Hémet et Goppier (lettre XIII).
La lettre XIV* est adressée à un Grenoblois, M. Micoud. Il lui rappelle celle qu'il l'a chargé de faire parvenir à M. Charbonnel, et le prie de lui donner des nouvelles du marchand. L'impatience, l'anxiété s'y révèlent à chaque ligne. Dans une lettre du 4 novembre, adressée,
lique du pays de Gex. En 1739, il envoie un certificat de catholicité pour une Genevoise, mademoiselle de Calvis qui avait abjuré le calvinisme et se mariait à Chambéry.
1. On a vu qu'à cette époque, le o octobre 1"!3", madame de Warens était marraine avec le marquis de Challes.
croyons-nous, à M. Charbonnel (lettre XV) il se plaint encore de la rareté des nouvelles de Chambéry.
Il semble que la Savoie est éloignée de sept ou huit cents lieues et nous avons à Montpellier des compatriotes du doyen de Killerine (dites cela à mon oncle J) qui ont reçu deux fois des réponses de chez eux tandis que je n'ai pu en recevoir de Chambéri. Il y a trois semaines que j'en reçus une à' attente, après laquelle rien n'a paru... Je vous prie d'en faire part à qui de droit, afin que si mes lettres ont le malheur de se perdre de quelque côté, l'on puisse de l'autre en récapituler le contenu...
Le 14 décembre il reçut la troisième lettre de madame de Warens lui annonçant qu'elle a fait compter les deux cents livres promises, entre les mains de M. Bouvier, à Lyon 2. Il est vraisemblable que les deux cents livres que Rousseau avait demandées à madame de "Warens avaient été employées par elle à payer le cheptel de la ferme Revil. Elle dut attendre pour envoyer la somme, le quartier d'octobre de sa pension, et pendant ce temps, Jean-
1. L'abbé Léonard, curé-archiprêtre, soit doyen, de Grufly. Allusion plaisante au roman de l'abbé Prévost paru deux ans auparavant.
2. On se souvient que M. Bouvier était l'agent du roi de Sardaigne à Lyon.
Jacques qui avait tiré une lettre de change sur M. Bouvier se la vit retourner. Il répond le même jour à madame de "Warens, mais il est de méchante humeur :
Quant aux autres deux cents livres je n'aurai besoin que de la moitié; ainsi vous aurez cent livres de moins à compter, mais je vous supplie de faire en sorte que cet argent soit sûrement entre les mains de Mr Bouvier pour ce temps-là (à la fin de février). Je suis endetté ici de cent huit livres, le reste servira, avec un peu d'économie, à passer les deux mois prochains. J'espère les couler plus agréablement qu'à Montpellier; voilà tout. J'offre mes très humbles respects aux révérends pères jésuites. Quand j'aurai reçu de l'argent et que je n'aurai pas l'esprit si chagrin, j'aurai l'honneur de leur écrire.
Je suis, madame, avec un très profond respect...
Puis un post-scriptum, et, pour le motiver : « Vous devez avoir reçu une réponse par rapport à M. de Lautrec ' », mais il ne peut plus continuer sur ce ton; sa douleur déborde, son cœur éclate :
0 ma chère maman! j'aime mieux être auprès de D 2. et être employé aux plus rudes travaux de
1. Colonel du régiment français d'Orléans qui lui avait promis sa protection.
2. N'y a-t-il pas : auprès de V (vous) et n'a-t-on pas pris cette abréviation pour un D? Cela nous parait certain. — Le catalogue Charavay de 1S87 date cette lettre du 4.
la terre que de posséder la plus grande fortune dans tout autre cas; il est inutile de penser que je puisse vivre autrement : il y a longtemps que je vous L'ai dit et je le sens encore plus ardemment que jamais. Pourvu que j'aie cet avantage, dans quelque état que je sois tout m'est indifférent. Quand on pense comme moi il n'est pas diffficile d'éluder les raisons importantes que vous ne voulez pas me dire. Au nom de Dieu, rangez les choses de sorte que je ne meure pas de désespoir. J'approuve tout, je me soumets à tout, excepté ce seul article auquel je me sens hors d'état de consentir, dussé-je être la proie du plus misérable sort. Ah! ma chère maman! N'êtes-vous donc plus ma chère maman? Ai-je vécu quelques mois de trop? Vous savez qu'il y a un cas où j'accepterais la chose dans toute la joie de mon cœur, mais ce cas est unique. Vous m'entendez (lettre XVI).
Voilà d'abord, semble-t-il le cri du grand enfant isolé, abandonné et qui ne veut pas l'être; puis, celui de l'amant, bien plus ardent, bien plus jaloux qu'il ne l'avouera dans les Confessions.
Quelles étaient ces raisons importantes qui devaient empêcher le retour de Jean-Jacques, ou cette condition si dure mise à son rappel? Rousseau ne les indique pas. — La correspondance qu'il échangeait avec madame de Warens n'était pas sûre; elle passait par des in terme-
diaires, et, certainement était lue dans les cabinets noirs. On pourrait supposer qu'ayant trop montré la nature de ses relations avec madame de Warens des observations avaient été adressées à la baronne et qu'elle craignait pour sa pension. Peut-être exigeait-elle de Rousseau qu'il vécût hors de la maison. Il semble qu'il acceptait la condition si elle était imposée aussi à Wintzinriecl. Jean-Jacques qui a conservé tant de lettres ne paraît pas avoir gardé celles de madame de Warens; sur beaucoup de points l'on est donc réduit aux conjectures. Quoi qu'il en ait été, Rousseau revint purement et simplement au logis, sans s'arrêter à Bourg- Saint-Andéol auprès de madame de Larnage, bien qu'il eût annoncé dans ses lettres qu'il y resterait quelque temps. Il arriva en février 1738 ou en mars au plus tard. Quelle jolie scène que celle de cette arrivée. Il quitte sa voiture à Chambéry, gravit la côte des Charmettes, arrive essoufflé, s'attend à un accueil affectueux, et ne rencontre que l'indifférence. Il demande à madame de Warens si elle n'a pas reçu sa lettre.
Elle me dit que oui. — J'aurais cru que non, lui dis-je. Un jeune homme était avec elle. Je le con-
naissais pour l'avoir vu déjà dans la maison avant mon départ; mais cette fois il paraissait établi, il l'était. Bref, je trouvai ma place prise.
Le tableau doit être exact, à cela près que Rousseau savait fort bien qu'il trouverait son substitut auprès de madame de Warens, et que la scène eut lieu à Ghambéry.
Les choses s'arrangèrent du reste assez facilement, et dès les premiers jours, les deux enfants de la baronne se traitèrent de frères ! En dehors de l'aveu de Rousseau, deux actes, du 5 juin et du 3 juillet 1738, prouvent leur habitation simultanée chez madame de Warens.
Parmi ses amies, il y avait mademoiselle Anne C/ieissel l ou de Chessel, d'Evian, peut-être un peu sa parente par les de Loys. Jean-Antoine Charbonnel lui avait souscrit le 14 février 1738 un billet de dix-neuf cents livres pour un prêt qui avait bien pu venir en aide à la baronne. Le 5 juin, dans l'après-midi, l'on est dans le salon de la maison de Saint-Laurent, devant le notaire Rivoire. Là, pour payer une partie de sa dette à mademoiselle de Chessel, Charbonnel lui consent une cession de neuf cent
1. M. de Bernex avait eu pour homme de confiance un Pierre-Louis Chessel (voir son testament).
170 MADA.MK DE WARENS
soixante livres sur madame Hyacinthe Pathod, de Bonneville, et les deux témoins de l'acte sont : « Jean-Jacques Rousseau et Samuel Vintzinried, tous deux habitants en cette ville chez la dite dame de Warens. »
Moins d'un mois après, le 3 juillet, toujours dans le même salon, Gharbonnel achève de payer sa dette à mademoiselle de Ghessel qui solde en même temps le prix des marchandises qu'elle a achetées du 24 décembre (précédent) à ce jour , et fait même au marchand un petit rabais dû sans doute à l'entremise de madame de "Warens. Ici encore les témoins sont : « les sieurs J.-J Rousseau et S. R. Vintzinried , tous deux habitants chez la dite dame ' ».
Ainsi, en plein été, l'on était toujours à la ville. L'on s'occupait cependant de trouver une habitation à la campagne; c'est ce qui eut lieu le 6 juillet. Ce jour là madame de Warens loua la ferme du capitaine Noëray aux Gharmettes.
1. Les marchands faisaient alors de longs crédits, c'est ainsi que nous avons vu le fils de M. Greyfié, juge-maje d'Annecy, le successeur de M. Simond, souscrire un billet à Charbonnel pour le prix de ses emplettes à l'occasion de son second mariage et y joindre celui des emplettes du premier, dû encore après huit ou dix années écoulées. Ajoutons que vers 1745 Charbonnel fit de mauvaises affaires.
Il semble même qu'elle en avait pris possession « dès la Saint-Jean » 24 juin : c'est donc en prévision de cet événement que dans ses lettres de l'automne précédent, elle recommandait à Jean-Jacques de ne pas revenir de Montpellier avant cette époque.