Correspondance, lettre XLII
fessio?is contrastent -ils avec cette affection?
Mais les affaires de madame de Warens n'étaient pas en meilleure situation que les siennes. Mansord, si tant est qu'il ne fut pas un homme de paille, stylé par M. de la Balme pour provoquer aux souscriptions, avait bientôt reconnu la fragilité de l'entreprise. Le 4 novembre 1748, il avait rétrocédé son action au vendeur et déclaré, en présence de Gourtilles, qu'il avait été remboursé de ses avances ou payements. L'opération est faite au moyen d'une contre-lettre destinée à rester secrète; car, ostensiblement, c'est lui qui, avec madame de Warens, agira au nom de la Société et comme remplaçant M. de la Balme. Peut-être cette simulation avait-elle été rendue nécessaire par une absence de ce dernier, rappelé pour un temps à ses fonctions en Bavière.
Quant à Boittier-Avrillon, il n'avait pas pu, ou n'avait pas voulu payer les trois mille livres dues pour l'achat de son action. En mars, madame de Warens, et Mansord, qui se dit maintenant ancien officier, le citent devant le juge du consulat à Ghambéry [tribunal de commerce) pour faire annuler sa souscription. L'annulation est ordonnée le 13 mars 1749. Avrillon
ne s'était d'ailleurs pas fait tirer l'oreille, car, la veille, il avait donné mandat d'acquiescer à la demande.
Nul n'étant prophète en son pays, madame de Warens chercha des associés plus loin et en trouva. Mais elle était désormais trop absorbée par son industrie pour continuer à exploiter le domaine des Charmettes, dont elle oubliait du reste volontiers de payer le loyer.
Le 24 du même mois, elle le sous-loua à un marchand de Chambéry, Joseph Vial, aux conditions du bail passé avec M. Noëray *. Peutêtre que déjà à cette époque elle avait établi une poterie de fonte au Reclus à Chambéry, bien que ce soit en octobre 1750 seulement qu'elle loua une maison du marquis d'Allinges et la décora du nom pompeux de Fabrique royale.
Au nombre de ces actionnaires qu'elle trouva à l'étranger, le principal et le plus riche était Camille Perricàon, chevalier des Ordres du roi, conseiller d'État ordinaire, ancien prévôt des marchands et commandant de Lvon. Il habitait,
1. Acte du notaire Pacoret du 24 mars 1749 signé en présente de Jean-Samuel de Courtilles.Le25 mai 1752, M. Noëray, devenu commandant d'Annecy, remet son testament au notaire Combaz dans la cellule du P. Hippolyte Donzel des Carmes déchaussés de Chambéry.
l'été au moins, à Chanvert au-dessus de la ville. Madame de Warens le connaissait depuis longtemps, car, en 1741, Rousseau, qui l'appelle le noble et généreux Périchon, alla le revoir avant de quitter sa place de précepteur des enfants de M. de Mably et se ressentit de sa magnificence '. Si son entrée officielle dans la Société des mines ne date que du 21 décembre 1749, il est vraisemblable qu'il était lié secrètement avec madame de Warens dès l'origine même de l'affaire. La baronne, en effet, avant de passer l'acte d'acquisition du 24 octobre 1747, s'était rendue à Lyon. Une procuration en blanc, du 9 septembre 1747, nous apprend qu'elle était alors dans cette ville au logis des Quatre- Nations,rm Sainte-Catherine. Lorsque, un mois plus tard, elle traita avec le représentant du marquis de La Roche, elle avait sans doute obtenu la promesse du concours de M. Perrichon et l'avance de quelques sommes d'argent. Actuellement il fallait davantage. Les travaux ne marchaient pas rapidement et la caisse était vide. On poussa donc les pourparlers engagés depuis longtemps pour faire entrer M. Perrichon
1. M. de Mably, que Rousseau qualifie de prévôt général du Lyonnais, était donc le successeur de M. Perrichon.
2oi M AD ami: de warkns
en nom dans la Société, en lui vendant quelques actions.
Le 4 novembre 1749, madame de Warens lui adresse la lettre suivante dont le brouillon est aux Archives départementales. Elle ne l'a pas écrite à la légère, car on y voit deux corrections faites de la main d'un homme habile en affaires, connaissant la valeur des mots :
Monsieur et très honoré Protecteur
J'ay engage M. Moiroud de passer par Lyon avant de ce rendre à la Cotte-St-André afin qu'il ne fit aucune démarche que suivant les déterminations que vous aurez la bonté de prescrire (ce mot a été remplacé d'une autre main, par de luy donner). Je l'ay prié de vous rendre un comte véridique de ce qu'il a veu de nos afaire ; M. de Courtilles aura aucy l'avantage avec notre maître fondeur de vous rendre comte de l'état présent des chose, vous vairé les épreuve de nos filons, c'est-à-dire de ceux qu'il ont eu le tems de vérifier cette campagne. Les vivassités des bise et du gevry glassé (givre) qu'il y a déjà dans nos montagne en rend pour cet année les promenade impraticable, je conte qu'il y en a sufisentement de quoi bien s'occuper (en surcharge et d'autre main : tous ces hivers et pour des ciècles entiers) a ce qu'il ont veu et vérifié sur les lieux et ont fait les épreuve pour qu'il ne reste aucune insertitude; ajés la bonté Monsieur et bien cher Protecteur de continuer votre protection et vos bontés à une compagnie qui ne peut plus rien sans vous mais qui étant soutenue
ET JEAN-JACQUES ROUSSEAU. 25.ï
comme elle devrois l'être; vous donneras toutes sorte de satisfactions; j'espaire que vous aurez la bonté de porter une atentions à l'état presant de notre caisse, qui étant entièrement dépourvue de fonds, ne cadre pas avec les matières avantageuse que nous avons en main.
J'ai l'honneur d'être avec autant de dévouement que de parfaitte reconnaissance et de profond respect...
à M1' Perrichon — ce 4e novembre 1749.
Il convient encore de placer ici une lettre écrite en décembre 1749 à un associé habitant Grenoble, peut-être M. Mansord, que madame de Warens cherche à convaincre de la nécessité de lui procurer des fonds pour envoyer à M. Denervaux. Celui-ci était un chimiste homme d'affaires, habitant ordinairement Genève, et qui devint plus tard le mandataire de M. Perrichon.
Monsieur et cher associé,
Vous m'aviez promis de vos nouvelles et cependant je n'en ai aucunes, ce qui me fait bien de la peine ; vous verrez par la copie cy-jointe de la lettre que m'a écrit M. de Nervoz la tournure qu'il donne à nos propositions, voilà monsieur et cher associé ou vat nous conduire l'idée que vous avez de vouloir céder un droit positif pour engager, dites-vous, les intéressés à se prêter de meilleure grâce aux propositions. Pour moi je vous dis naturellement entre vous et moy que sy les fonds que nous de-
mandons avec tant de raison ne sont pas entré en caisse d'icy à la fin du mois prochain comme nous l'avons demandé; qu'il ne nous convient d'aucune façon entrer dans de nouveaux engagements. Et d'ailleurs vous sçavez que j'ai procuré à notre compagnie la découverte de tous nos filons et que j'ay donné l'industrie et le plant de toutes la fonderie et moulages sans avoir receu aucune récompense de la C'e ny à cet égard ny à celuy de la peine que j'ai journellement pour le soutiens de notre entreprise, vous savez que je suis la plus mal partagée de tous les Intéressés, ainsy j'ai bien des sujets qui me rebute entièrement et qui devroit m'engager a getter le manche après la coignée, je vous prie en grâce monsieur et cher associé de me dire au naturel ce que je dois penser de tout cecy et ce que vous me conseillez de répondre à M. de Nervoz sans quoy je ne luy feray aucune reponce, cependant le cas est d'autant plus pressent que la personne en question qui devait avoir dix mille livres dans ce pais ne peut pas les retirer quant à présent de ceux qui luy doivent, ainsy voilà une affaire comme manquée ou du moins renvoyée pour longtemps au diable vert l.
Je vous souhaite les plus heureuses fêtes et toutes sortes de prospérité dans la nouvelle année où nous allons entrer vous priant que la bonne amitié et union reigne toujours entre nous à quoy je contribuera}- toujours de mon pouvoir par le zelle sincère avec lequel je travaille sans relâche pour vos avantages comme pour les miens propres; je vous prie d'offrir à madame la Marquise les assurances de mon plus parfait dévouement et de tout mon res-