‹ Madame de Warens, et J.-J. RousseauChapitre 96 sur 139 · Archives départementales de la Haute-Savoie · texte numérisé non relu

Archives départementales de la Haute-Savoie

■2. Le régisseur de la fabrique.

:i. Acte reçu par le notaire Pétroz (Areh. du Tabellion^.

intervention à la cour de Turin. Le dossier des Archives départementales en contient les brouillons écrits de sa main.

A Genève, ce 4e septembre 1755.

Monsieur, Je vous rends mes justes et sincères actions de grâce des soins que vous prenez de nos intérêts; Les offices généreux que vous m'avez rendus l'hiver dernier pour faire présenter un placet à Sa Majesté au sujet de notre demande de la rivière d'Arve pour le transport de nos charbons d'Arache auraient eu le plus heureux effet si sans interruption j'avais été secondée de vos soins généreux et d'ami sincère tel que vous l'êtes. Mais l'espérance que M. Porta avait donnée à Mrs mes associés de suffire à tout et d'obtenir par le crédit qu'il a chez M. Bruet, secrétaire de S. E. de St-Laurent tout ce qui pourrait être nécessaire à l'octroi de nos demandes, j'ai été forcée malgré moi de rester dans l'inaction et à laisser en suspens la suite de mes opérations qui, comme vous le savez, m'ont coûté tant de peines à établir. Enfin, mes associés lassés par les continuels renvois de M. Porta, leur ayant communiqué l'honneur de votre dernière du 11e août 1755, ils ont été sensiblement touchés de voir les peines que vous avez déjà prises à notre occasion et ils joignent leurs prières aux miennes par la plume de M. Alexandre Bérard pour vous demander vos bons offices sans perte d'un instant. Votre esprit et votre diligence et bonne conduite dans les affaires nous est connu. Ayez donc la bonté de partir pour Turin pour informer en notre faveur Mrs de la Chambre des

comptes, voir ce qu'il y a encore à faire dans l'état présent, savoir ce que notre placet est devenu dont je joins copie dans la lettre de M. le Président Bens avec le verbal du châtelain et syndic du lieu d'Arache. Comme le tout est à cachet volant, vous êtes prié d'en faire lecture... de faire usage du canal des grâces afin d'obtenir de ne pas passer après les gens que vous connaissez à Chambéry et à Genève qui se sont liés ensemble pour discréditer l'exploitation des bois de Faucigny et de les pouvoir conduire à Genève par la rivière d'Arve. La chose est à la veille de leur être accordée. Tout ce que nous désirons c'est d'être les premiers décrétés.

Vous savez, monsieur et cher et bon ami combien je vous suis attachée.

Puis cette note :

Faire observer à la Chambre des comptes que par suite des traverses qu'on nous a suscitées mal à propos, nous n'avons pu encore tirer un denier des travaux sur les charbons de pierre établis dans chaque province; — que le bois que nous prendrions pour faire des radeaux pourrit sur place...

Le même jour, elle écrit à une autre personne :

Si vous allez à Turin, comme j'ose m'en flatter, à la prière de M. Bérard, connaissant votre bon cœur pour moi, souvenez-vous que c'est le moment de parler au roi pour me conserver les droits qui concernent le travail du fer en Savoie. C'est votre

profit tout comme le mien, de prendre nos sûretés et de faire considérer que le fer étant purement matière mercantile et concessable, pourvu que je sois assurée de la protection du roi dans mes travaux que j'espère faire entrer cinq cent mille livres en Savoie de l'argent de l'étranger pour le soutien de nos travaux sur le fer.

Il faut demander que le privilège de ma fabrique en moulage me soit concédé personnellement puisque mes associés ont détruit mes ouvrages au lieu de les soutenir et que les mines de fer que j'ai découvertes en différents endroits de Savoie sont de préférence à moi qui les ai découvertes, [ce] qui est juste.

Je vous préviens que je ne puis éviter de dire dans mon avis au public que tous mes travaux sont sous la protection du roi et qu'il a eu la bonté de me confirmer personnellement mon privilège de poterie et toute sorte de moulage en fer coulé et que le roi verra avec plaisir que dans nos grands fourneaux et forges il s'y façonne des fers de tout calibre, ce qui n'avait pas été fabriqué jusqu'à présent en Savoie, et cela par le manque d'usage et de connaissances des ouvriers du pays auxquels nous donnons la lumière nécessaire pour augmenter en peu de temps la bonne main.

Quelle ardeur encore, quelle énergie dans la revendication de ce qu'elle croit être son droit! C'est bien la situation d'esprit de l'inventeur, toujours déçu, toujours illusionné.

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