‹ Madame de Warens et J.-J. RousseuaChapitre 1 sur 139 · I. Bibliothèque universelle et Revue tuitse, mai 188i · texte numérisé non relu

I. Bibliothèque universelle et Revue tuitse, mai 188i

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Piémont tout ce que les diverses archives, publiques ou privées, pouvaient contenir sur la dame vaudoise ainsi que sur l'artisan genevois recueilli par elle, et qui a payé sa dette de reconnaissance en lui donnant la célébrité au prix de l'honneur. Nous avons condensé et réuni en un ordre méthodique les éléments biographiques et critiques épars dans un grand nombre de publications, remis à leurs véritables dates des événements déplacés par inadvertance ou de parti pris et avons ainsi éclairci, nous l'espérons du moins, bien des points obscurs. L'histoire des trente premières années de Rousseau, la vie entière de madame de Warens seront, cette fois, définitivement connues. L'on pourra désormais étudier avec sûreté les origines littéraires du grand écrivain, mesurer plus exactement les qualités ou les défauts de son esprit et de son coeur. Les années de sa vieillesse recevront aussi une lumière plus grande. Jean-Jacques, que l'on a appelé le philosophe de Genève , aurait pu être dénommé avec plus de vérité le philosophe savoyard ou parisien, puisque, à Genève, il n'a passé que sa première enfance et quelques années d'apprentissage d'un métier manuel auprès d'un maître grossier. Il a vécu au contraire en Savoie depuis l'âge de seize ans jusqu'à sa trentième année... toute sa jeunesse. C'est là qu'il a acquis les connaissances qui ont formé son bagage littéraire et scientifique ; c'est en Savoie qu'il a appris à penser, qu'il a aimé et souffert de

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son- amour; mais c'est a Paris, au contact de Grimm, de d'Alembert et de Diderot, dans la fréquentation de mesdames Dupin, d'Épinay et d'Houdetot, de tant d'autres, écrivains, grands seigneurs ou grandes dames, que son génie a éclaté, a stupéfié ou enchanté l'Europe entière. Quoi qu'il en ait dit au premier livre des Confessions et au huitième, Rousseau n'a jamais été un fils de Plutarque, et jusqu'à quarante ans il a tout à Tait oublié qu'il était né citoyen de Genève. Ce n'est qu'en 1754 qu'il Tut pris de l'enthousiasme républicain en même temps que de velléités de retour au calvinisme. Lorsque, en 1762, il fut décrété de prise de corps par le conseil de Genève, il abdiqua ce titre de citoyen dont il avait aimé à se parer durant quelques années ; et si, a cette époque, il reçut un jour la cène des mains du pasteur Montmollin «afin de se retrouver parmi ses frères » (Confessions, livre XII), sa résolution s'évanouit bien vite devant les justes clameurs qu'elle avait soulevées.

Peu importe! Savoyard, Genevois ou Parisien, notre livre prouvera une fois de plus que Rousseau n'a pas dit vrai au frontispice des Confessions, dans cette page, monument d'une vanité insensée, où il s'écrie : « J'ose croire n'être fait comme aucun de ceux qui existent... J'ai dit le bien et le mal avec la même franchise. Je n'ai rien tu de mauvais, rien ajouté de bon : et s'il m'est arrivé d'ajouter quelque ornement indifférent, ce n'a jamais

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été que pour remplir un vide occasionné par* un défaut de mémoire. J'ai pu supposer vrai ce que je savais avoir pu l'être, jamais ce que je savais être faux. Je me suis montré tel que je fus : méprisable et vil quand je l'ai été; bon, généreux, sublime, quand je l'ai été.... Qu'un seul homme dise, s'il l'ose. Je fus meilleur que cet homme-là '. a

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