‹ Madame de Warens et J.-J. RousseuaChapitre 29 sur 139 · i'errero, Madama ûi WtiTtns Ijiussim · texte numérisé non relu

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2. Le Mémoire contenait sans doute, outre les moyens d'exécution, les noms des principaux personnages sur lesquels d'Aubonne croyait pouvoir compter pour trahir son paye; c'est pour cela qu'il aura été détruit.

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la baronne au rôle de comparse, soit parce qu'il se défiait de sa discrétion, soit afin de n'avoir pas à partager les profits avec elle. Madame de Warens, née pour les grandes affaires, a dit Rousseau, aimant à les diriger, n'accepta pas cet amoindrissement. Elle sollicita et obtint la permission de quitter son compagnon et de se rendre à Turin.

Le 24 juillet (1730), M. Maffei écrit au comte Saint-Georges, premier président du sénat de Savoie à Chambéry, la lettre suivante ' :

Monsieur, Ce malin par le caresse, est partie d'icy (Paris) pour se rendre à Lyon madame la baronne de Warens de la Tour, pensionnée par Sa Majesté pour ensuite se rendre par Seissel n Annessy, sa demeure. Peut-être pourrait elle se rendre en droiture à Chambéry pour passera Turin. Je prends la liberté de donner avis à Vostre Excellence qu'il est du service du Roy qu'elle ne sorte pas des États, surtout pour se rendre en Suisse, pour quelque raison importante. Ainsi je prie Vostre Excellence d'écrire à Seissel qu'au cas qu'elle s'y présente on ait attention de l'observer et de faire en sorte qu'elle se rende h Annessy sans cependant lui donner aucun soupçon et en cas qu'elle passe a Chambéry, pour se rendre

1. Archiva du sénat. — Voy. aussi Burnier, Histoire du ténat de Savoie, t. Il, p. *8.

à Turin, pour lors il n'y a rien qui ne soit conforme au service du Roy et on n'a qu'a lui laisser poursuivre sa route, sans autre. C'est ce qui me donne * motif d'écrire à Vostre Excellence s'agissant du service de Sa Majesté en l'assurant du très parfait attachement, avec lequel j'ai l'honneur d'être le comte Maffei.

A Paris, le 21 juillet 1730.

L'ambassadeur, excité peut-être par d'Aubonne, qui était resté à Paris, se défiait aussi de madame de Warens. Il manifeste plus explicitement ce sentiment dans la dépêche qu'il adresse le 31 août au marquis del Borgo, ministre des affaires extérieures à Turin.

Par l'ordinaire de lundi dernier, j'ai écrit a M. le comte de Saint-Georges que madame de Warens étant partie d'ici dans le carosse de Lion pour se rendre de là aSeissel et ensuite aAnnecy, je croiois du service du roi qu'il eut la bonté de donner des ordres pour qu'en arrivant & Seissel, elle ne put passer en Suisse, mais de tacher, sans affectation, qu'elle se rendit à Annecy sa demeure. Que si elle voulait aller & Turin, on n'avait qu'à lui laisser continuer sa route, puisqu'il n'y avait rien de contraire au service du roi. J'ai jugé à propos de vous donner avis de celle démarche ; le motif vous en sera en quelque sorte connu sachant qu'elle a écrit au roi sur quelque article assez intéressant.

Il est arrivé un malentendu entre elle et la personne dont il est question, et comme sans savoir

le détail de l'affaire, elle en peut savoir assez pour eu donner une idée, je croirais du service de Sa Majesté qu'on devrait faire observer ses démarches et ses écrits et surtout empêcher qu'elle ait communication avec des personnes de sa nation. Je ne puis vous expliquer le sujet de l'affaire, j'enverrai au roi les mémoiret par une personne sûre qui doit partir dans sept ou huit jours et je vous donnerai avis de la personne qui vous remettra mon pacquet.

Le premier président n'avait pas perdu de temps. A la réception de la lettre du comte Maflei, il avait chargé un sieur Mitonet * avocat de Chambéry, ou juge subalterne de Seyssel ou des environs, de surveiller l'arrivée de madame de Warens. Les 30 et 31 juillet, il en reçoit ces deux lettres :

Monsieur,

Je viens de recevoir à neuf heures du soir la lettre dont m'a honoré Vostre Excellence, au sujet de madame de Voirans. Je la prie très humblement, d'estre persuadé que je ressens comme je dois la confiance dont elle m'honore et que si la ditte dame passe icy, je lui en rendray bien compte, sans m'écarter en aucune manière de ce qu'elle prescrit, trop heureux si je m'acquitte fidèlement

1. Il y avait alors à Chambéry, un avocat nommé François Mitonet, dont les affaires étaient mauvaises, car quelques années plus tard, sas biens et ceux de son frère furent vendus par expropriation forcée.

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de cette commission, d'en pouvoir mériter d'autres qui me procurent l'honneur de lui prouver le profond respect et la zélée soumission avec laquelle je suis, etc..

MlTOBBT. De Seissel, ce 31 juillet 1730.

Monsieur, J'ai l'honneur de dire a Vostre Excellence qu'en exécution de ses ordres, j'ai couché ce soir & Seissel et que j'y ai demeuré presque tout le jour. Le coche y est arrivé une heure après midy. La dame en question ne s'y est point trouvée ; il n'y avait que quelques fillettes dans le fond, et je ne crois pas même, monsieur, qu'il soit vraisemblable que madame de Woirans prenne cette voiture pour remonter le Rhône. Il faut huit jours pour faire le chemin qu'on fait en deux en descendant. J'ay eu l'attention de m'in former si quelqu'un pourrait passer à Seissel en chaise roulante ; on m'a assuré que cette voiture n'avait plus lieu depuis que messieurs de la Religion protestante avaient passé pour faire leurs cènes a Genève. J'ay sceu d'ailleurs adroitement que madame de Voirans avoit passé à Seissel, allant à Paris, qu'elle n'estoit entrée dans le coche que masquée, que deux étrangers s'estoient trouvés à point nommé à Seissel la veille de son embarquement, et que l'un d'eux s'appelait M. d'Auboone. Il m'est revenu encore que sa conduite est problématique; qu'il peut se faire qu'elle soit de bonne foy catholique, qu'il peut se faire aussy qu'elle regarde en arrière comme la femme de Loth. Ce n'est pas à moy d'en juger, mais seulement d'assurer Vostre Excellence que je n'ai rien négligé pour m'ac-

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quitter de la commission dont elle a daigné m'iionorer et que je ne négligerai jamais rien pour lui prouver le profond respect avec lequel etc...

MlTONET '.

De Seissel, ce 3t juillet 1730.

Non seulement madame de Warens avait adressé une lettre à Victor-Amédée II, mais elle s'était fait encore recommander auprès de lui par un ecclésiastique d'Annecy, l'abbé Coppier, qui jouissait de la faveur royale. Ce même jour, 31 juillet, où Mitonet l'attendait à Seyssel, M. Coppier écrivait de Turin, à M. de Bernex :

... Je viens encore de rendre mes meilleurs offices à la pauvre madame de Voirans *. Cette bonne dame a pris la liberté d'écrire au roi et de lui demander la permission de venir se mettre à ses pieds & Turin, ce qui lui a été accordé, mais il faudra quelle s'en retourne à Annessi et qu'elle prenne soin d'y mener une vie toujours plus exemplaire et toujours plus retirée afin de se rendre digne de la continuation de la pension dont Sa Majesté la favorise '.

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