Renseigne m en Is dus u l'obligeance de M. A. de Moalel
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composait '. En attendant que la richesse lui arrivât de Turquie, et tout indique qu'elle n'en vint pas, madame de Warens se mit à la poursuivre énergiquement en Savoie, mais, hélas! sans plus de succès. Par intervalles, la question de la pension l'occupait aussi.
En février 1747, nous rencontrons deux lettres de Rousseau (lettres XXXVII et XXXVIII) qui y sont relatives. Dans la première, il voudrait, grâce à l'intervention de ses amis d'Espagne, faire établir pour toujours la pension par la cour de Madrid, de façon que madame de Warens put la manger où il lui plairait, car « mon opinion est que c'est une affaire désespérée du côté de la cour de Turin, où les Savoyards auront toujours assez de crédit pour vous faire tout le mal qu'ils voudront, c'està-dire tout celui qu'ils pourront ». Dans la seconde lettre , il s'agit d'un Mémoire qu'il
1. Procuration donnée, devant le notaire Pacorel, a Cliambéry le 3 février 1746, dans la maison de la baronne, laquelle > en qualité d'héritière du seigneur de Latour son oncle décédé à Constantioopte et ne pouvant se transporter au dit lieu à cause de ses indispositions, constitue le sieur Antoine Roubin, négociant à Marseille pour exiger et retirer du sieur Honoré Pelicot, négociant a Constat! ti no pie, tout les effets tant meubles qu'immeubles, or, argent, titres, dont il se trouvera saisi dépendants de la succession dudit seigneur de Latour, son oncle >.
avait rédigé pour demander une pension et qu'il avait ensuite envoyée madame de Warens et à l'abbé Léonard afin qu'ils le corrigeassent. On y énonçait, contrairement à ta vérité, que Jean-Jacques avait abandonné tous ses droits et prétentions, — sur son patrimoine sans doute. II semble y consentir; mais il se récrie parce qu'on lui fait dire qu'il désirerait n'être pas nommé :
C'est une fausse délicatesse que je n'ai point : la honte ne consiste pas à dire qu'on reçoit, mais à être, obligé de recevoir... Je sens pourtant le pris d'un tel ménagement de votre part et de celle de mon oncle. D'ailleurs sous quel nom, dites-moi, feriez-vous enregistrer la pension?
M. Musset-Patay ' suppose que « l'objet de ce Mémoire était une pension pour madame de Warens; mais comme elle en avait déjà une, il fallait l'obtenir sous un autre nom, et Rousseau mit le sien, espérant bien ne jamais en souiller ses mains. On lit aussi dans cette lettre :
Si ma fidélité était équivoque et qu'on pût me soupçonner d'être homme à détourner cet argent ou à en faire un mauvais usage, je me serais bien gardé de changer l'endroit aussi librement que je
a-rages de Jean-Jacquet Rout-
l'ai fait; et ce qui m'engage & parler de moi, c'est que j'ai cru pénétrer que votre délicatesse se faisait quelque peine qu'on pût penser que cet argent tournât à votre profit; idée qui ne peut tomber que dans l'esprit d'un enragé.
C'est après cela qu'il ajoute : « Quoi qu'il en aoit, j'espère bien n'en jamais souiller mes mains. »
Il parait donc certain que cette pension que Rousseau consentait à faire établir sous son nom n'était destinée ni à lui ni à madame de Warens. Elle l'était peut-être à Wintzinried qui finit, en effet, par en. obtenir une.
En août 1747, madame de Warens gagna au sénat de Chambéry un procès contre messire de Rossillon de Mont-Saint- Jean ' doyen de la collégiale de Sallanches héritier de l'évêque de Bernex et qui lui payait fort mal les cent cinquante livres de pension établies sur la terre de Challonges.
Dans une lettre du 25 décembre suivant, Rousseau explique â madame de Warens qu'il
i. Joseph- François-Jérôme, fils du marquis de Mont-Saiut- Jean et d'Antoinette de Rossillon, neveu de l'évêque qui avait institué héritiers de tes bien» de famille sus quatre Heurs ou leurs représentants. La terre dis Challenges était saos doute tombée dans le lot des enfants de la marquise de MoDl-Saint-Jean.
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a placé la lettre qu'il lui écrit sous l'enveloppe d'une autre adressée à l'abbé Giloz. Il la met en garde contre M. Descreux.
Il a beau dire, je ne crois guère sa bourse en meilleur état que la mienne. J'ai toujours regardé vos lettres de change qu'il a acceptées, comme un véritable badinage. Il en acceptera bien pour autant de millions qu'il vous plaira, au même prix, je vous avoue que cela lui est fort égal. Par rapport à moi je ne vous dis rien, c'est tout dire; j'espère toujours qu'un jour, vous me connaîtrez mieux et m'en aimerez davantage... Je remercie tendrement le frère de sa bonne amitié et l'assure de toute la mienne. Adieu trop chère et trop bonne maman.
Le frère, c'était de Gourtilles. Quelle différence de ton entre la Correspondance et les Confessions1*.
Depuis quelque temps madame de Marées, que son insuccès de Vevey et sa propre ruine n'avaient pas corrigée, paraissait vouloir tirer profit des travaux de ces prétendus chimistes que Jean-Jacques appelait archi-dnes et butors. Son activité s'était appliquée à l'industrie minière. Et même, si l'on en croit les énonciations d'actes du l*r février et du 18 mai 1752, elle était depuis 1737 , ou tout au moins depuis 1742, associée secrètement avec un sieur Mathieu Cash pour pratiquer clandesti-
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nement des fouilles en Maurienne dans les concessions du marquis Graneiï. Ce fut sans doute au vu de quelques échantillons merveilleux apportés par Cash qu'elle résolut d'acheter les mines du marquis.
Les montagnes de la Savoie, surtout celles des arrondissements de Moutiers et de Saint- Jean-de-Maurienne renferment de nombreuses et excellentes mines de fer, de plomb argentifère et de cuivre. Leur exploitation remonte à des temps fort éloignés, mais c'est au xviiie siècle qu'elle reçut la plus vive impulsion. Les mines de la Basse-Maurienne, de Saint-Julien à Aiguebelle, qui étaient les plus productives furent affermées alors à des étrangers, M. 0. Liège r Duplisson, de Bar-le-Duc, etc.
Celles de la Haute-Maurienne, de Saint-Julien au Mont-Cenis et aux confins du Piémont, appartenaient au comte Graneri, marquis de la Roche, qui habitait Turin. C'est de celles-ci que madame de Warens et M. Saittier de la Balme ou de la Fournache devinrent acquéreurs. Elles étaient situées sur les paroisses de Freney, Fourneaux, Orelle, Modane, Bramans, Termignon, etc. Les usines d'exploitation con-
struites par Gaspard Graneri, vers 1650, étaient à la Praz et à Fournaux. Il y avait dans le groupe de Freney-Foumaux-Orelle, des mines de fer apathique à grandes lames, de très bonne qualité, connues sous les noms du grand filon, à 2900 mètres d'altitude, de filons de Bissorte, du Freney; le fdon de fer oligiste métalloïde du Monioz, sur Modane ; un joli filon de cuivre très pur, mais avec beaucoup de quartz, à Orelle; — les mines d'ArpIanne, des Sarrasins.
La Colombière sur Bramans, dont il sera souvent question, doit être la couche de dolomie imprégnée de galène lamellaire, soit sulfure de plomb argentifère, de Saint-Pierre d'Extravache, à \ 750 mètres d'altitude (à 1 236 seulement à Bramans). On y voit encore les anciennes galeries.
A Lanslevillard il ne pouvait y avoir qu'un petit gisement de pyrite de cuivre, sur les escarpements de la rive droite de l'Arc.
Plus tard, madame de Warens et Gourtilles obtinrent la concession de toutes les mines de charbon fossile qu'il découvriraient dans la Savoie. Ils en exploitèrent dans les vallées tourmentées des Ullies, près de la Rochette. La houille maigre, ou anthracite, se trouvait
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à Presles. Au Pontet, au Bourgeten Ullie, à la Rochetle il y avait des filons de cuivre qui, à cette époque, étaient exploités.
A La Serraz, près du lac du Bourget les associés découvrirent du lignite quaternaire (bois fossile).
A Araches en Faucigny, c'était encore du lignite; on l'y trouva presque en poussière et tel que l'associé Bérard le dépeindra. Il s'agissait sans doute de la mine de Lépine à 2 500 mètres environ, à vol d'oiseau, de la rivière d'Arve. II n'y a pas là de véritables galeries, mais des excavations en forme de poches.
Près d'AHonzier (La Caille), où habitait M. d'Angeville, dont nous parlerons longuement, et où madame de Warens parait avoir fait opérer des sondages et des expériences, son émissaire ne put trouver que de petits gisements de fer hydraté dans le terrain néocomien; mais s'il est allé travailler dans les paroisses voisines de Cuvât et de Ferrières, il a pu en recontrer qui avaient et ont encore une importance réelle '.
Un peu au-dessus de Gruffy, au sortir du
territoire d'AHèves, le Chéran commence à rouler des paillettes d'or, et en quantité suffisante pour rémunérer les recherches des orpailleurs. La montagne de Gruffy (Semnoz) et les berges du Chéran ont, en conséquence, été de tout temps l'objet de fouilles et de recherches, surtout à l'endroit appelé la Combe des Tines, sur le territoire de Cusy'. Madame de Warens et Wintzinried connaissaient sanB doute ces détails par M. Léonard, mais ils auraient été bien aises d'en tirer profit sans lui. C'est vraisemblablement pour ce motif que Wintzinried s'abstint d'aller visiter le curé lorsqu'il alla à Gruffy en 17i5.
Madame de Warens, après des analyses qui avaient sans doute donné des résultats paraissant avantageux, se fit grande industrielle. Elle acheta des concessions, des fonderies de fer, des usines, et forma des sociétés par ac-
I. De nos temps, et surtout dans In période de 1850 à 1860, de nouvelles recherches furent pratiquées par des aventuriers de tous pays : d'abord M. Roy, de Tarenlaise, des Dauphinois, des Lyonnais, des Anglais, les sieurs Sutgè; puis M. Dulruit, madame Loriom, un prétendu comte ou marquis de Rocheford, M. Roudillon, etc. Enfin, comme si la bCliac humaine augmentait avec les Ages, les chercheurs dirigèrent leurs fouilles d'après les indications d'une somnambule de Chambéry. En 1SSS, une crue du Chéran balaya les travaux (Registres de la cure de Gru/fy).
Mons. Comme aujourd'hui les frais d'exploitation étaient onéreux, et bien qu'il y eût des débouchés suffisants, les bénéfices couvraient à peine les dépenses. Il aurait fallu à la tête d'une industrie si considérable des personnes plus expérimentées, plus fermes et surtout moins chimériques que la baronne. Ses connaissances n'étaient pas à la hauteur de ses prétentions. Nous ne pensons pas que, comme tous les lanceurs d'affaires, elle ne voulût constituer une entreprise, plus ou moins solide, que pour vendre ensuite et le plus tôt possible, les actions qu'elle se réserverait; nous croyons qu'elle avait la foi . Elle espérait faire de gros bénéfices et pouvoir désormais satisfaire ses goûts de générosité et d'ostentation. Nous allons la voir à l'œuvre.
Les grands seigneurs, propriétaires et exploitants des mines de Savoie, n'en retiraient que de minces avantages. Ils étaient donc bien aises de s'en défaire en échange d'un peu d'argent comptant, malgré la vogue dont jouissaient alors ces sortes d'entreprises. Mais, de l'argent comptant, madame de Warens n'en avait pas : elle dut par conséquent s'ef-
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forcer de s'en procurer au moyen d'associés bailleurs de fonds. Elle crut en trouver un, ou à peu près, en la personne de Jean- Guillaume Soulier de la Baime, seigneur de la Fournache, chambellan et capitaine au service de Son Altesse Électorale de Bavière, né à La Roche en Savoie, demeurant à Saint- Jean-de-Maurienne. Le 15 septembre 1747, le gentilhomme souscrivit en faveur de madame de Warens cet engagement :
Je soussigné m'engage en la meilleure forme possible de me rendre ea personne auprès de ceux qui voudront prêter dix mille écus (30 000 livres) à madame la baronne de Warens de la Tour pour être appliqués à l'acquisition des fabriques de M. le marquis de la Roche, comte de Granery. Je m'engage de cautionner par hypothèque sur la généralité de mes biens le remboursement de la dite somme au cas ou la dite dame ne pourrait pas le faire elle-même.
Signé le présent à Saint-Jean-de-Maurienne le 15 septembre 1747.
De la Baluk de la Fournacbe '.
Une fois munie de cette pièce, madame de Warens crut pouvoir marcher. Elle se rendit à Annecy avec M. de la Balme et, le 24 octobre, ils y achetèrent pour le prix de vingt-cinq mille livres, tant pour eux que pour leurs amis